PARIS (AP) - Christophe Boltanski, envoyé spécial de "Libération" qui
enquêtait sur un récent tabassage de militants des droits de l'homme en
Tunisie a été agressé vendredi soir en plein Tunis par quatre individus pour
des raisons inconnues.
Contacté par l'agence Associated Press, le journaliste a précisé qu'il avait
été roué de coups de pieds et qu'il avait reçu un coup de couteau dans le
dos. Il a pu rentrer à son hôtel, et un médecin lui a fait quatre points de
suture. Les agresseurs, dont on ignore dans l'immédiat les identités, lui
ont pris son sac avec ses carnets de reportage.
Les autorités tunisiennes ont confirmé cette agression à la suite de
laquelle le journaliste a déposé plainte samedi matin auprès de la police.
Dans un communiqué, elles déclarent qu'aussitôt après l'agression, une
enquête a été diligentée et que deux suspects ont déjà été arrêtés.
Les autorités "assurent qu'elles ne ménageront aucun effort pour que le ou
les auteurs de cette agression criminelle soient arrêtés et traduits devant
la justice conformément à la loi".
Vincent Brossel, un représentant de RSF (Reporters sans frontières), a
précisé pour sa part que le journaliste de "Libération" avait été agressé à
seulement quelques mètres de l'ambassade de République tchèque et que
personne n'était intervenu pour lui venir en aide.
"Au vu des circonstances de l'agression, sous le regard passif de policiers
tunisiens, nous pensons qu'il faut chercher les agresseurs du côté des
services de sécurité tunisiens. Il s'agit d'une intimidation très claire
adressée par le pouvoir tunisien aux journalistes étrangers qui osent encore
s'intéresser à la situation déplorable des droits de l'homme en Tunisie", a
souligné plus tard dans la journée RSF dans un communiqué.
"Le climat répressif qui règne à Tunis ne garantit en rien le bon
déroulement du Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI). Les
Nations-Unies si elles ne veulent pas se fourvoyer, devraient tout
simplement organiser le SMSI ailleurs qu'en Tunisie", ajoute RSF.
RSF précise que le jour même de l'agression, Christophe Boltanski signait
dans les colonnes de "Libération" un article intitulé "Manifestants tabassés
par la police à Tunis" dans lequel il relatait le passage à tabac par des
policiers tunisiens de militants des droits de l'homme qui tentaient
d'organiser une manifestation de solidarité avec sept personnalités de
l'opposition qui observent une greve de la faim depuis le 18 octobre
dernier. AP