Plusieurs centaines d'ex-rebelles touaregs intégrés dans l'armée ou en
rupture de ban ont repris le chemin du maquis à la suite de la prise mardi
de deux camps militaires maliens vidés de leurs armes et de leurs
munitions à Kidal (nord-est).
Les premières manifestations de cette nouvelle rébellion touarègue
remontent à la mi-février lorsque le lieutenant-colonel Hassan Fagaga, un
ex-combattant rebelle touareg incorporé à l'armée, a repris le chemin du
maquis avec une poignée d'hommes armés. Il exigeait notamment des mesures
en faveur de la région de Kidal et des ex-rebelles intégrés dans l'armée à
la suite des accords de paix de 1996.
Iyad Ag Agali, une figure emblématique
de la rébellion touarègue des années 90, s'est rallié ces derniers jours à
la nouvelle rébellion et en est devenu « le chef » selon Erlass Ag Aguida,
un des porte-parole du mouvement.
La nouvelle rébellion se
constitue en effet autour des anciens membres du Mouvement populaire de l'Azawad
(MPA, ex-rébellion touarègue), dont M. Agali était le chef, et plusieurs
dizaines d'anciens combattants du MPA, intégrés à l'armée régulière, ont
déserté pour rejoindre les forces rebelles ces derniers jours.
Dans un document intitulé
« Pour un
Statut Particulier de la région de Kidal », tout en apportant leur
soutien au pacte national signé le 11 avril 1992 entre le gouvernement du
Mali et les mouvements et fronts unifiés de l’Azawad, les insurgés
attirent « l’attention des autorités sur les spécificités de la région de
Kidal ».
Ce document présente tous
les aspects de la gestion et de la vie économique, administrative. Ainsi
il est rappelé que Kidal est la région « la plus pauvre du Mali avec un
taux pauvreté de 92% », qu'elle est « la plus enclavée elle n'a aucun
accès fluvial, ni goudron ni aéroport », qu'elle est « située dans une
zone entièrement désertique » et qu'elle est « la seule région à avoir
subi de plein fouet les conséquences de deux grandes sécheresses (1973 et
1984) et deux rébellions (1963 et 1990) ».
Ce document est assorti
de propositions. La problématique de la self-gouvernance en est la
pricipale: comment développer sinon administrer les régions nomades de la
région de Kidal, « après un lourd cumul de retards, en gardant pour
seul modèle le mode de vie sédentaire qui reste par essence l’opposé du
mode de vie nomade? ».
Selon le document, «
il importe d’adopter une stratégie pragmatique, flexible, respectueuse des
us et coutumes des populations autochtones dans le cadre institutionnel
réglementé » par une législation adaptée aux conditions de ceux qui
sont concernés.
« Entre
l’intransigeance sur la souveraineté nationale par laquelle pourrait être
tenté l’Etat malien et la volonté de l’affirmation de l’identité des
touareg de la région de Kidal, il nous semble que seul un statut
particulier dûment réfléchi, accompagné d’une réelle volonté nationale de
résorber le retard accumulé par les populations autochtones et le
déséquilibre de développement entre la région de Kidal et le reste du
pays, pourra intégrer la minorité touareg dans la construction d’un état
unitaire, moderne et démocratique
», conclut le document.
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Lire l'intégralité des
revendications des Touaregs de kidal.
Pour un Statut Particulier de la
région de Kidal
Désireux
d'aboutir à une solution pacifique négociée, juste et définitive des
différents problèmes qui surgissent de façon récurrente dans la région de
Kidal, une solution qui tienne compte des diversités culturelles,
géographiques et socio-économiques qui existent dans
la République
du Mali et, en même temps, une solution qui tende à la consolidation de
l'unité et de l'intégrité nationales.
Réaffirmant leur
attachement à
la Constitution
de
la République
du Mali en date du 12 janvier 1992,
Soulignant les
dispositions de
la Constitution
de
la République
du Mali par lesquelles elle souscrit à
la
Déclaration Universelle des Droits de l'Homme du 10
décembre 1948 et à
la Charte
Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples du 27 juin
1981, et proclame sa détermination à défendre les droits de la femme et de
l'enfant ainsi que la diversité culturelle et linguistique de
la Communauté
Nationale,
Considérant le pacte
national signé le 11 avril 1992 entre le Gouvernement du Mali et les
Mouvements et Fronts Unifiés de l'Azawad et ses difficultés d'application,
Nous attirons l'attention
des autorités sur les spécificités de la région de Kidal:
La Région
de Kidal
La région de Kidal
s'étend sur une superficie de 260 000 km2 et occupe 21.27% de la
superficie totale du pays.
. C'est la région la plus pauvre du Mali avec un taux pauvreté de 92%
. C'est la moins peuplée du pays et est occupée par une minorité.
. Elle est la plus enclavée elle n'a aucun accès fluvial, ni goudron ni
aéroport.
. Elle est située dans
une zone entièrement désertique
. Elle est la dernière née des régions du Mali (1993)
. Elle est la seule région à avoir subi de plein fouet les conséquences de
deux grandes sécheresses (1973 et 1984) et deux rébellions (1963 et 1990)
. Elle est la seule à vivre exclusivement de l'élevage
. Elle est la plus éloignée du centre de décisions nationales (1600
Km).
1.
Le pouvoir traditionnel
Nous avons toujours eu un
pouvoir traditionnel fort qui gère la région de façon consensuelle. Il est
important que l'état le reconnaisse et qu'il mette à sa disposition les
moyens nécessaires à l'exercice de son autorité sur son territoire.
2.
De l'administration
La bonne gouvernance ne
doit pas être considérée que sous l’angle de la finalité économique mais
aussi sous l’angle social. « La réduction des inégalités devrait être
aussi un élément constitutif de la bonne gouvernance ». Afin de réparer
ces inégalités, les administrations comme celle des Etats Unis d’Amérique
ont procédé à « la discrimination positive » des minorités touchées, et
d’autres comme
la France
ont adopté « un statut particulier » pour les régions concernées.
La marginalisation des
nomades est ressentie comme un désintéressement de l’administration à leur
sort. Les administrateurs sont dans la plupart des cadres sédentaires et
ne se rendent pas chez les nomades, ces derniers méfiants évitent
l’administration. Il est difficile d’administrer les nomades à partir d’un
bureau. Faire chercher les nomades quand on a besoin d’eux n’est pas la
solution, un proverbe touareg dit : “ awa tarhed itart awa wartarhed
soutart ”. Pourquoi ne pas insérer dans les tâches mensuelles des
administrateurs une tournée obligatoire dans les campements d’au moins
quelques jours pour mieux connaître le territoire et les populations
qu’ils administrent ?
Les administrateurs
civils sont formés pour administrer les sédentaires et non les nomades
donc les autochtones sont mieux placés pour comprendre, appuyer et
conseiller les nomades. Les critères de diplômes doivent être considérés
au même titre que ceux de l'expérience dans le milieu.
Aussi la représentation
des touaregs de la région de Kidal, en tant que minorité visible et peuple
autochtone, dans le gouvernement et tous ses démembrements, garantie par
la constitution de façon irréversible, est une revendication légitime.
3.
Système électoral
Faut-il repenser le
système électoral en zone nomade ? Il est difficile d'accéder aux
nomades, par leurs occupations, le système classique d'élections ne leur
est pas accessible. Les élections en milieu nomade impliquent plus de
charges qu'en milieu sédentaire. Les bureaux de vote itinérants supprimés
lors des dernières élections législatives de 2002 par la cour
constitutionnelle sont très adaptés à la région et au mode de vie nomade.
4.
Du développement
La région de Kidal n'a
pas toujours bénéficié d'investissements à la mesure de sa spécificité; ni
de priorité dans l'allocation des ressources. La politique nationale
d'investissement héritée de la colonisation a continué de privilégier et
de fonder la localisation des activités économiques sur le potentiel
naturel, d'où une tendance à investir dans les zones à fortes
potentialités électorales du sud.
Lors de la table ronde
des bailleurs de fonds de Tombouctou, il a été fait le constat suivant :
-
* A
aujourd'hui il est reconnu qu'une des causes fondamentales de la rébellion
au Nord est la mauvaise gouvernance et l'insuffisance des actions de
développement dans ces régions considérées comme déshéritées.* De sorte
qu'aujourd'hui, à la problématique immédiate de l'éradication des causes
profondes du conflit du Nord, s'ajoute celle, plus latente, de la
réhabilitation du développement économique de ces régions. Autrement
formulée, cette problématique a une double nature:
-
celle, économique
d'une meilleure coordination entre partenaires en vue de la relance
économique des régions du Nord;
-
celle,
institutionnelle, de la recherche de formules adaptées de programmation et
de financement des actions de réhabilitation de développement dans le
cadre de la décentralisation.
Pour les planificateurs
centraux, en disposant d’une enveloppe financière qui peut sauver soit 100
enfants d’un village ou 20 enfants nomades, la décision à prendre va pour
le grand nombre. Cependant, la faible densité, les longues distances entre
les différents campements et leur dispersion font qu’il est difficile de
gérer une fraction nomade comme un village, sans tenir compte des
spécificités et des particularités du mode de vie nomade dans le domaine
de la santé publique et de l’éducation. Dans la région de Kidal, jusqu’à
présent, certaines personnes vulnérables font plus de
200 kilomètres
pour recevoir les premiers soins.
La soif tue des citoyens
chaque année dans la région et la barrique d'eau de 200l coûte 1000FCFA en
moyenne dans la ville de Kidal.
La quasi-totalité des
produits de première nécessité nous viennent de façon informelle du pays
voisin, avec lequel aucune garantie par les accords trans- frontaliers
n'est assurée.
La rentabilité économique
est aussi importante que la rentabilité sociale car l’exclusion est la
source de conflits.
-
Pastoralisme
Au Mali le pastoralisme,
victime de la législation est sans cesse repoussé par l’agriculture vers
des zones peu productives. Il est couramment admis que toute terre non
cultivée est vacante de sorte que pour peu qu’un agriculteur plante
quelques tiges de mil quelque part, la terre lui revient et il pourra y
exercer un droit foncier. Quant à l’éleveur, ses territoires de pâturage
ainsi que celles de ses ancêtres ne lui étaient reconnus par aucun texte
juridique.
Quelque soit la richesse
d'un éleveur, son cheptel ne lui sert d'aucune garantie contrairement au
cultivateur pour son lopin de terre, au niveau des institutions
financières.
Pourquoi ne pas créer des
secteurs d’éleveurs, au niveau de chaque commune rurale nomade, reconnus
par la législation et consacrant l’appropriation de l’espace pastorale par
ses utilisateurs ? Ces secteurs pourront être dirigés dans la plus part
des cas par des chefs de fractions influents, ce qui fera le compromis
entre l’organisation traditionnelle autochtone de la société et la
nécessité moderne de l’exigence démocratique et de développement
décentralisé.
-
Education et Culture
Le système éducatif
national n'est pas adapté au mode de vie et aux besoins des populations de
la région. De religion musulmane et de culture arabo-berbère , les touareg
préfèrent être scolarisés dans les trois langues ( Français, arabe et
tamazight). Jusqu'à présent l'handicap majeur pour la scolarisation des
enfants est le manque d'éducation islamique à l'école et la séparation des
garçons et des filles.
Le Tifinagh est
l'écriture authentique des touaregs. Il est regrettable que le pays
s'investi dans de vastes projets d'alphabétisation fonctionnelle utilisant
les caractères latins au bénéfice d'un peuple qui possède sa propre
écriture! “ Il est certain qu'une telle politique ne fera que contribuer,
à long terme au déclin et à la disparition du Tifinagh ”.
La promotion de la
culture régionale n'est pas faite par l'état à travers ses médias. Les
populations ne font que subir les agressions des autres cultures.
-
Santé
La région est la seule à
n'avoir aucune structure sanitaire fiable (hôpital, laboratoire,
pharmacie…). Elle ne dispose que de 4 centres de santé, c'est-à-dire 1
pour 60 000 km2. Le système de santé doit être adapté au mode de vie des
populations par des équipes mobiles d'intervention en milieu nomade.
-
Emploi
Le principal malaise
ressenti par les populations est le chômage. Environ 70% des jeunes sont
en chômage. Les conditions de recrutement sont identiques pour le nord et
pour le sud, sans tenir compte du retard socio-éducatif accumulé par la
région depuis plus de 40 ans.
5.
De la sécurité
Les services techniques
classiques chargés de la sécurité intérieure ont montré leurs limites
opérationnelles dans les zones nomades. De sorte que la nature ayant
horreur du vide, certains leaders ont prouvé leur efficacité dans des
contrés d'accès difficile et éloignés. Pourquoi ne pas intégrer ces
ressources humaines disponibles et responsables dans le dispositif
sécuritaire de la région en leur donnant les moyens matériels et
financiers pour mener à bien leurs missions?
Le système sécuritaire au
niveau de la région est à reformuler, compte tenu de l'étendue du
territoire, la dispersion des populations et la porosité des frontières.
6.
De
la Justice
Les différents litiges
sont réglés par le qadi et en dernier recours l'autorité traditionnelle
selon la jurisprudence islamique.
7.
Conclusion
Pendant la dernière
décennie, le Mali a connu des grands changements dans son environnement
sociopolitique et économique dus à des réformes tendant à une plus large
vision de la démocratie, de la décentralisation et une réflexion qui se
veut participative pour l’élaboration d’une stratégie nationale de
développement durable. Ainsi la pauvreté, la santé, l’éducation et la
justice ont été autant de thèmes qui impliquent désormais des acteurs à la
base pour une gestion saine et équitable des affaires publiques. La
cheville ouvrière de toute cette chaîne demeure les collectivités
territoriales décentralisées qu’il faut absolument préparer aux rôles qui
leurs sont dévolus et renforcer leurs capacités à travers une société
civile forte pour réussir la mise en œuvre de tout le processus de
décentralisation et du développement.
Dans ce contexte comment
développer sinon administrer les régions nomades de la région de Kidal,
après un lourd cumul de retards, en gardant pour seul modèle le mode de
vie sédentaire qui reste par essence l’opposé du mode de vie nomade?
Ce faisant, il importe
d’adopter une stratégie pragmatique, flexible, respectueuse des us et
coutumes des populations autochtones dans le cadre institutionnel
réglementé par une législation adaptée aux conditions de ceux qui sont
concernés.
Entre l'intransigeance
sur la souveraineté nationale par laquelle pourrait être tenté l'état
malien et la volonté de l'affirmation de l'indenté des touareg de la
région de Kidal, il nous semble que seul un statut particulier
dûment réfléchi, accompagné d’une réelle volonté nationale de résorber le
retard accumulé par les populations autochtones et le déséquilibre de
développement entre la région de Kidal et le reste du pays, pourra
intégrer la minorité touareg dans la construction d’un état unitaire,
moderne et démocratique.
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Date: |
Tue, 30 May 2006 17:43:38 +0000
(GMT) |
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De: |
Azzedine Ait Khelifa |
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À: |
touaregs@yahoogroupes.fr |
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Objet: |
[touaregs] l'intégralité des
revendications des Touaregs de kidal : "Pour un Statut
Particulier de la région de Kidal" |