Tinariwen, le groupe touareg qui porte
la musique berbère sur la scène musicale internationale vient de sortir
un nouvel opus intitulé « AMAN IMAN » que nous vous invitons à écouter.
En attendant leur prochaine tournée à
Paris prévue pour Avril, voici un portrait de ce groupe dont vous
trouverez une biograpraphie complète sur www.tinariwen.com
Imaginez une tribu de nobles guerriers du
désert, vêtus de djellabas bigarrées et armés de guitares électriques
pour psalmodier un blues qui n’a rien à envier à celui de B.B. King ou
de Ry Cooder. Une musique hypnotique, lancinante, ponctuée de riffs
acérés et de percussions aquatiques, comme la rencontre des Rolling
Stones des débuts avec une chorale de muezzins survoltés. Après tout,
ainsi que l’a toujours affirmé Ali Farka Touré, regretté griot des
douze mesures, le blues est né en Afrique... Et Tinariwen, les hommes
bleus à l’âme blues, le prouvent. Héros de la rébellion touareg du
début des années 90 contre le pouvoir malien (on en a vu monter à
l’assaut kalachnikov en main et guitare en bandoulière) ils demeurent
aujourd’hui les hérauts d’une résistance opiniâtre contre toute forme
d’oppression. Leurs chants de révolte, d’errance et d’amour sont
entrés dans la légende locale et ont conquis la planète. Des stars du
rock comme Carlos Santana, Robert Plant, Taj Mahal ou Elvis Costello
ne jurent que par eux, Thom Yorke, leader de Radiohead, a même avoué
s’être inspiré de leur musique pour composer une partie de son album
solo, The Eraser.
Après avoir tourné dans le monde
entier, les Tinariwen publient enfin leur troisième album. Il
s’intitule « Aman Iman », l’un des dictons favoris des Touaregs, fiers
nomades sahariens pour qui « l’eau c’est la vie ». Enregistré en une
dizaine de jours à Bamako, sous la houlette du producteur Justin
Adams, le disque est sans conteste le meilleur du groupe. En douze
morceaux tournoyants et voluptueux, on retrouve, intacts, ces éclats
de guitare que ne renieraient point un Keith Richards ou un Jeff Beck,
ces mélopées envoûtantes qui évoquent la douceur d’un coucher de
soleil sur le désert, ce mélange de langueur sensuelle et d’âcre
énergie. Bref, tout ce qui faisait l’essence du blues, puis du rock,
restitué ici avec une pureté immaculée. Entre chants de lutte et
d’espoir, poésie insurgée et ballades amoureuses, les Tinariwen, ces
fils des sables et du vent, réinventent une musique originelle,
limpide, une musique des racines, qui parle au corps, au cœur et à
l’âme. Et si c’était eux, le meilleur groupe de rock du monde ?
Philippe Barbot