Avant de sombrer injustement dans l’oubli, elle a
indéniablement marqué la chanson amazighe au début des années
90. Et pour cause. Elle est l’une des rares femmes
auteurs-compositeurs au Maroc et même en Afrique du Nord.
D’autant plus qu’elle a été très originale, révolutionnaire
même, avec son jeu de guitare, ses textes engagés et sa voix
incroyablement belle. Pour une artiste amazighe, elle peut
s’enorgueillir d’avoir un CV pour le moins impressionnant. Si
vous ne l’avez pas deviné, il s’agit de la fille terrible du
Moyen-Atlas Saida Akil, plus connue sous son nom d’artiste
Titrit. Nous l’avons contactée pour s’enquérir de ses nouvelles.
Avec beaucoup d’amabilité, elle a bien accepté de répondre à nos
questions.
L. Oulhadj :
cela fait des années que l’on ne vous a plus entendu...
S. Akil : c’est vrai, cela fait longtemps que l’on n’a plus
entendu parler de moi. Tout simplement parce qu’on ne m’invite
plus. C’est malheureusement aussi simple que cela. Pendant tout
ce temps-là, aussi injuste que cela puisse être, une seule
association amazighe, et je l’en remercie infiniment, s’est
rappelé mon bon souvenir.
Mais qu’avez-vous donc fait pendant toutes
cette période ?
Je reconnais quand même que j’ai arrêté un moment pour consacrer
mon temps à mon mari et mes enfants. Mais j’ai repris exactement
ma carrière après la mort de Maâtoub Lounès en 1998. D’ailleurs
j’ai gardé précieusement sa lettre dont laquelle il m’invite,
personnellement, à chanter avec lui. Mais comme vous le savez,
il est mort avant que l’on puisse réaliser ce projet. Toujours
est-il que je n’ai pas oublié son geste envers moi. En guise de
reconnaissance, je lui ai rendu hommage lors d’une conférence
animée par M. Arezki Hammami, un grand militant kabyle, au siège
du Journal Agraw le 31 juillet 1998. Aït Mengellet a eu une
petite pensée pour moi. Lui aussi m’a écrit pour me dire tout le
bien qu’il pensait de mon travail.
Avez-vous produit du nouveau ?
En effet, j’ai un nouvel album tout prêt tout frais. Il faut
juste l’enregistrer.
Avez-vous contacté des producteurs ?
Bien sûr que je ne suis pas restée les bras croisés. J’en ai
contacté plusieurs, mais bizarrement, au dernier moment, ils se
défilent sans aucune raison valable. Mais à force de
persévérance, j’en ai trouvé un. Je vais donc commencer
l’enregistrement dans le courant de cette même semaine.
Et les différents festivals du Maroc,
avez-vous réellement effectué des démarches pour y participer ?
Bien évidemment. Par contre, là aussi, je n’ai eu que des fins
de non-recevoir. Même si je ne suis pas paranoïaque, j’ai
vraiment la nette impression que l’on me boycotte. J’espère que
je me trompe ! Mais une chose est sûre, pour un artiste, ma
situation n’est pas vraiment l’idéal. Mais rassurez-vous, je ne
vais pas déposer les armes aussi facilement. De fait,
paradoxalement, toutes ces épreuves ne m’ont donné que plus de
force pour aller de l’avant. Je suis sûre que je vais en sortir
encore plus forte. En tout cas, ce que je possède est un don de
Dieu, et c’est sa volonté qui décide du destin de chacun et non
pas un quelconque être humain.
Quel est le titre de ce nouvel album et
qu’est-ce que vous y abordez ?
Je n’ai pas encore décidé de son titre. Même si j’en ai deux,
mais je préfère attendre son enregistrement et voir l’avis
d’autres musiciens. Il comprend six chansons : la première est "
smuqqel iyyi ! " ( regarde-moi !). Interprétée sur les rythmes
gnawa, c’est à la fois une invite à l’espoir dans la vie et une
sorte d’appel à l’attachement à son identité et ses racines,
surtout à cette époque de mondialisation uniformisante.
Et les autres titres ?
Ils sont une sorte de folk songs sur des textes amazighes. " A
tamettut a ur tettut awal nem " ( ô femme, n’oublie pas ta
langue !) est une ballade spécialement dédiée à la femme
amazighe qui souffre beaucoup, énormément. Je l’invite à
s’ouvrir pour s’enrichir et surtout à ne pas faire l’erreur
d’oublier sa langue et sa culture. Car si c’est le cas, c’est
comme si elle était symboliquement morte. Pour ce qui est "
tagitart inu " ( ma guitare), comme son titre l’indique, je
chante en fait ma guitare à laquelle j’ai un attachement très
particulier. Car elle fait partie de mon moi le plus profond et
mon cœur vibre à ses rythmes qui m’arrachent, souvent,
continuellement, à ma solitude et à mes soucis. En fait, pour
tout vous dire, c’est ma meilleure amie.
Ensuite...
Quant à " maxx ? " ( pourquoi ?), elle traite du fléau du
terrorisme qui, comme vous le savez, est une terrible menace
pour la planète tout entière. J’en parle avec mes propres mots,
selon ma vision des choses en tant que femme amazighe et en tant
qu’artiste. Dans " icirran Ityattun " ( les enfants
abandonnées), c’est une complainte où j’évoque la désastreuse
situation des enfants délaissés, qui vivent aux marges de la
société. J’y décris leur détresse, leur rêves, leurs espoirs.
Elle constitue par-là, un appel urgent aux âmes charitables pour
que ces pauvres enfants puissent bénéficier d’un minimum
d’amour, de tendresse et de soins.
Et le dernier titre ?
Avec " mani c tella tiddet ? " ( où est la vérité ?), je me
laisse emporter par une méditation en posant un certain nombre
d’interrogations quasiment existentielles, philosophiques à
laquelle je ne trouve d’ailleurs aucune réponse. Mais j’ai quand
même le mérite de les poser.
Interview de L.Oulhadj
Source: souss.com