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le pouvoir choisit la répression à Tkout (Aures)
Une centaine d'arrestations  16 mai 2004 (lire les deux papiers ci-dessous)

 

le pouvoir choisit la répression à Tkout
Une centaine d'arrestations
De notre bureau de Constantine
Le bras de la répression s'abat de tout son poids depuis samedi sur la ville de Tkout, bastion du mouvement citoyen des Aurès. La ville est encerclée, en effet, par les renforts de gendarmes et de CNS, envoyés suite aux événements qui se poursuivent depuis l'assassinat du jeune de Taghit, mais les dérapages qui s'enchaînent ont fini par instaurer un climat de terreur sans précédent. Entre les journées de dimanche et lundi, il y a eu près d'une centaine d'arrestations qui cache une véritable chasse aux délégués du mouvement citoyen, dont la plupart sont actuellement en fuite. Plusieurs citoyens ont été passés à tabac et des domiciles violés au mépris de l'honneur des familles et en l'absence de toute autorisation réglementaire. L'ampleur de cette expédition ferait penser à une situation de guerre. L'Etat frappe fort dans une bourgade pauvre et isolée pour mater une population qui ne revendique que le respect et la dignité. L'incendie de la caserne de la garde communale, survenu samedi, est une réaction à l'assassinat de jeudi soir et dont est coupable un élément de la garde. Auparavant, la population avait bien averti les autorités civiles et militaires afin d'évacuer dans l'immédiat cette caserne et tenu des sit-in pacifiques devant le siège de la gendarmerie et de la police. Le scénario est presque identique à celui qui a été à l'origine de l'embrasement de la Kabylie en avril 2001, mais les bavures se répètent et le pouvoir réagit une nouvelle fois de la même sorte. La commune de Tkout, située à près de 80 km au sud du chef-lieu de la wilaya de Batna, est, rappelons-le, entrée en dissidence depuis plus d'une année avec les autorités locales. Attachée aux valeurs citoyennes et théâtre de lutte pour la revendication berbère, elle participe depuis le début au Printemps du mouvement et implique les meilleurs de ses enfants dans le combat pour faire aboutir la plate-forme d'El Kseur. Combien sont-ils à tomber sous le coup de la justice, à l'image du délégué Selim Yezza dont le procès n'a pas encore abouti ? La population de Tkout a appris le langage pacifique de la rue et ne cède devant rien pour s'exprimer en toute liberté, tout en faisant barrage aux manuvres des autorités qui tentent à chaque fois de diviser le mouvement pour l'anéantir ou de recruter des collaborateurs, comme pendant l'élection présidentielle, afin de créer des relais et faire avorter le boycott. Combien de fois le wali ou l'un de ses émissaires ont-ils essuyé l'échec ? A Arris, Tighanimine et même dans les communes frontalières de Khenchela, partout, la contestation a pris forme et s'est organisée autour des mots d'ordre qui expriment les idées fortes de la revendication et rendent hommage aux victimes du Printemps noir. Veut-on punir une région qui a refusé de voter pour Bouteflika ? Ou alors couper ce lien de plus en plus fort qui se tisse entre la Kabylie et les Aurès autour des revendications de liberté et de citoyenneté ? En tous les cas, le dérapage a encore eu lieu et le pourrissement est à craindre de nouveau car rien ne dit que les Chaouis vont subir la hogra en silence. Ailleurs, cela n'a jamais été le cas.
Nouri Nesrouche

Nouri Nesrouche  16-05-2004

 

   
 

 

 
                           

 Au lendemain des émeutes de batna


     En arrivant au village, à partir de Batna, les terres arides et le sol rocheux de la rive droite de la chaussée vous rappellent la dureté des Aurès. Mais ici, la localité n’a pas eu encore son printemps.
L’hiver s’éternise, enveloppant le village, en cette mi-mai, de froid et de nuages.  Le burnous est toujours de rigueur. Ce qui est considéré comme le centre du village n’est autre qu’une mosquée et un cantonnement de la garde communale, ou ce qu’il en reste, que sépare la route nationale qui mène vers Biskra. Mitoyenne à la mosquée, une boutique-café fait office de lieu de rencontre des jeunes du village.
Des jeunes qui se font rares. On les compte sur les doigts d’une seule main en cette fin de journée. Pourtant, la bourgade est habitée par quelque 600 familles et elle n’est réputée par aucune activité économique à même de retenir les jeunes de fréquenter la rue à cette heure-ci. Pour l’un d’entre eux rencontrés, “le reste de la population juvénile de Taghit, à l’instar de celle de tout Tkout est soit en détention à Tkout ou à Aris, soit au maquis”. Le mot est lâché. Un autre jeune nous explique que “par peur d’interpellations, plusieurs jeunes de la région sont entrés dans la clandestinité. Certains ont pris carrément le maquis”. Comment en est-on arrivé là ?
Selon les récits concordants des villageois, la genèse de l’affaire remonte à jeudi dernier. Ce jour-là, des jeunes ont volé de la confiserie dans une boutique du village de Tifelfel.
La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre dans le tout-Tkout. 
Par civisme, le jour même, un habitant de Taghit d’un certain âge et connu pour son esprit de solidarité, a informé les membres du détachement de la garde communale de Taghit de la présence d’objets volés dans une cache au lieu-dit Izintaka. Une petite palmeraie traversée par un oued au bas la route nationale.
Le même jour, à la tombée de la nuit, les éléments de la garde communale ont tendu une souricière dans ces lieux afin de surprendre les voleurs qui devaient y retourner, à la pénombre de la nuit, récupérer leur butin, sinon pour le manger.
Vers 20h 30, le village fut déchiré par des tirs de feu nourris, selon les témoignages. Un des villageois, qui semble être aux faits des événements, essaie de donner la version des faits des autochtones tantôt en chaoui, tantôt en arabe. “Les deux jeunes suspects, Remili Ali et Argabi Choeib sont effectivement revenus sur les lieux. Une fois à hauteur des gardes communaux, l’un d’eux déchargea son kalachnikov sur Choeib alors que les autres s’acharneront, avec leurs ceinturons sur Ali”, raconte-t-il.
Un autre villageois, continue “c’est à ce moment-là qu’ils ont décidé de maquiller le meurtre. Laissant Choeib gisant dans son sang, les gardes se sont dirigés vers la caserne de Tighanimine pour faire croire aux militaires qu’ils venaient de tuer un terroriste et d’en arrêter un autre.
Ce n’est qu’à 2h du matin que le cadavre a été acheminé vers la morgue de l’hôpital de la ville d’Arris”.
Le lendemain, les habitants de Tkout ont protesté demandant le départ des gardes communaux et la traduction du “garde assassin”, pour reprendre leurs termes, devant la justice.
Dans un premier temps, les jeunes en furie ont procédé à la fermeture de la route menant vers Biskra. Un comité de citoyens s’est improvisé et a pris langue avec les responsables locaux. Ces derniers ont rejeté l’idée de délocaliser le détachement.
Ouverte durant la nuit, la route sera fermée durant toute la matinée de samedi.
Après l’enterrement de jeune Choieb, à 13 h, la protestation reprendra de plus belle. Excédés, les jeunes finiront par mettre le feu à la caserne du détachement vers 20h, “juste après el-aïcha”, nous précisera l’un des villageois.
Des renforts de CRS, rameutés de Aïn Yakout, ont été dépêchés sur les lieux. Ils procèderont durant la nuit de samedi à dimanche à près de 200 arrestations, selon les témoignages.
Les interpellations se feront au niveau des barrages d’entrée à Tkout. Tous les jeunes qui ont emprunté ces barrages ont été emmenés à la brigade de Tkout. Pour un jeune de Taghit, dont un des frères a été interpellé à l’entrée de Ghassira : “De minuit à 2h du matin, on n’a pas cessé d’entendre les cris fusant des locaux de la brigade où les CRS bastonnaient les interpellés”, enchaînant, “actuellement, ils sont nombreux ceux qui sont encore détenus dans cette brigade. Avant-hier, dimanche, seuls 18 d’entre eux ont été transférés à la prison d’Arris”.
Nous quittons Taghit et ses villlageois qui vivent sous la hantise de tomber sur des contrôles de CRS.
Cette dernière est ville morte. Les commerces sont fermés et la seule activité qui y règne est la chasse aux délégués des archs de Tkout qu’on accuse d’être les meneurs des événements du week-end.
Ces derniers sont entrés  désormais dans la clandestinité. 

 

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