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Au lendemain des émeutes de batna
En arrivant au village, à partir de Batna, les terres
arides et le sol rocheux de la rive droite de la
chaussée vous rappellent la dureté des Aurès. Mais ici,
la localité n’a pas eu encore son printemps.
L’hiver s’éternise, enveloppant le village, en cette
mi-mai, de froid et de nuages. Le burnous est
toujours de rigueur. Ce qui est considéré comme le
centre du village n’est autre qu’une mosquée et un
cantonnement de la garde communale, ou ce qu’il en
reste, que sépare la route nationale qui mène vers
Biskra. Mitoyenne à la mosquée, une boutique-café fait
office de lieu de rencontre des jeunes du village.
Des jeunes qui se font rares. On les compte sur les
doigts d’une seule main en cette fin de journée.
Pourtant, la bourgade est habitée par quelque 600
familles et elle n’est réputée par aucune activité
économique à même de retenir les jeunes de fréquenter la
rue à cette heure-ci. Pour l’un d’entre eux rencontrés,
“le reste de la population juvénile de Taghit, à
l’instar de celle de tout Tkout est soit en détention à
Tkout ou à Aris, soit au maquis”. Le mot est lâché. Un
autre jeune nous explique que “par peur
d’interpellations, plusieurs jeunes de la région sont
entrés dans la clandestinité. Certains ont pris
carrément le maquis”. Comment en est-on arrivé là ?
Selon les récits concordants des villageois, la genèse
de l’affaire remonte à jeudi dernier. Ce jour-là, des
jeunes ont volé de la confiserie dans une boutique du
village de Tifelfel.
La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre
dans le tout-Tkout.
Par civisme, le jour même, un habitant de Taghit d’un
certain âge et connu pour son esprit de solidarité, a
informé les membres du détachement de la garde communale
de Taghit de la présence d’objets volés dans une cache
au lieu-dit Izintaka. Une petite palmeraie traversée par
un oued au bas la route nationale.
Le même jour, à la tombée de la nuit, les éléments de la
garde communale ont tendu une souricière dans ces lieux
afin de surprendre les voleurs qui devaient y retourner,
à la pénombre de la nuit, récupérer leur butin, sinon
pour le manger.
Vers 20h 30, le village fut déchiré par des tirs de feu
nourris, selon les témoignages. Un des villageois, qui
semble être aux faits des événements, essaie de donner
la version des faits des autochtones tantôt en chaoui,
tantôt en arabe. “Les deux jeunes suspects, Remili Ali
et Argabi Choeib sont effectivement revenus sur les
lieux. Une fois à hauteur des gardes communaux, l’un
d’eux déchargea son kalachnikov sur Choeib alors que les
autres s’acharneront, avec leurs ceinturons sur Ali”,
raconte-t-il.
Un autre villageois, continue “c’est à ce moment-là
qu’ils ont décidé de maquiller le meurtre. Laissant
Choeib gisant dans son sang, les gardes se sont dirigés
vers la caserne de Tighanimine pour faire croire aux
militaires qu’ils venaient de tuer un terroriste et d’en
arrêter un autre.
Ce n’est qu’à 2h du matin que le cadavre a été acheminé
vers la morgue de l’hôpital de la ville d’Arris”.
Le lendemain, les habitants de Tkout ont protesté
demandant le départ des gardes communaux et la
traduction du “garde assassin”, pour reprendre leurs
termes, devant la justice.
Dans un premier temps, les jeunes en furie ont procédé à
la fermeture de la route menant vers Biskra. Un comité
de citoyens s’est improvisé et a pris langue avec les
responsables locaux. Ces derniers ont rejeté l’idée de
délocaliser le détachement.
Ouverte durant la nuit, la route sera fermée durant
toute la matinée de samedi.
Après l’enterrement de jeune Choieb, à 13 h, la
protestation reprendra de plus belle. Excédés, les
jeunes finiront par mettre le feu à la caserne du
détachement vers 20h, “juste après el-aïcha”, nous
précisera l’un des villageois.
Des renforts de CRS, rameutés de Aïn Yakout, ont été
dépêchés sur les lieux. Ils procèderont durant la nuit
de samedi à dimanche à près de 200 arrestations, selon
les témoignages.
Les interpellations se feront au niveau des barrages
d’entrée à Tkout. Tous les jeunes qui ont emprunté ces
barrages ont été emmenés à la brigade de Tkout. Pour un
jeune de Taghit, dont un des frères a été interpellé à
l’entrée de Ghassira : “De minuit à 2h du matin, on n’a
pas cessé d’entendre les cris fusant des locaux de la
brigade où les CRS bastonnaient les interpellés”,
enchaînant, “actuellement, ils sont nombreux ceux qui
sont encore détenus dans cette brigade. Avant-hier,
dimanche, seuls 18 d’entre eux ont été transférés à la
prison d’Arris”.
Nous quittons Taghit et ses villlageois qui vivent sous
la hantise de tomber sur des contrôles de CRS.
Cette dernière est ville morte. Les commerces sont
fermés et la seule activité qui y règne est la chasse
aux délégués des archs de Tkout qu’on accuse d’être les
meneurs des événements du week-end.
Ces derniers sont entrés désormais dans la
clandestinité.
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