Bazigh Lahcen
12 août 2003 Al Bayane, quotidien marocain
Parmi les droits fondamentaux qu’a tout être humain, on
retrouve le droit des parents de choisir pour leur nouveau-né un prénom
convenable et respectable, qui le distingue d’autres personnes. C’est ce
que reconnaît tous les traités internationaux des droits de l’homme que
notre pays a en effet ratifié. Le traité du 16 décembre 1966 (Pacte
relatif aux droits économiques sociaux et culturels, http://www.droitshumains.org/Biblio/Txt_Univer/Pact3.htm)
reconnaît à tout un chacun le droit d’utiliser sa langue maternelle dans
tous les domaines privés ou publics, de l’écrire, de l’enseigner, de
l’apprendre et l’utiliser pour donner des noms aux personnes, aux
quartiers, aux rues, aux places, etc.
Pour autant, la Haute commission de l’état civil et à sa
tête messieurs Abadelwahab Benmansour en tant que président, Saad
Elbouanani en tant que représentant du ministère de la Justice et le
représentant du ministère de l’Intérieur, Abdelghali Ellahbabi, voit
tout le contraire de tout cela. Cette commission avait mis une liste de
prénoms où seuls les prénoms amazighs sont frappés d’interdiction. Son
but ultime est d’arracher l’identité amazighe de ses racines.
Cette situation a été rapportée par plusieurs organismes
internationaux dans leurs rapports annuels. Le dernier rapport sur les
droits de l’homme du département d’état américain a évoqué cette
interdiction des prénoms amazighs. Le bureau central de l’association
marocaine des droits humains a publié un rapport le 21 octobre 1997 où
elle appelle la Haute commission de l’état civil de donner toute la
liberté aux citoyens de choisir les prénoms pour leur progéniture en
conformité avec les principes les plus simples des droits de l’homme.
Dans le rapport adressé par l’organisation marocaine des droits humains,
le 4 juillet 1996, on y lit : " Il est patent que certaines exigences de
cette loi va à l’encontre du respect au droit à une vie privée ; elle
met plusieurs embûches devant la volonté des parents et des tuteurs de
donner le prénom de leur choix à l’enfant. Ainsi, le préposé du bureau
de l’état civil un droit de regard important sur ce choix. "
Beaucoup de citoyens n’ont pas hésité à critiquer cette
loi depuis son application au travers des multiples plaintes à son
encontre. Les associations amazighs ne sont pas en reste. Des
communiqués de leur critique de cette loi, ont été publié dans
différentes sortes de média. Elles l’ont considérée comme une loi
raciste et amazighophobe voire une façon d’exclure progressivement
l’amazighité.
L’affaire de l’enfant Amassin à la ville de Tata est le
premier épisode de la politique gouvernementale d’interdiction des
prénoms amazighs. Cet épisode a commencé avec la demande du poète
amazigh Brahim Oubella d’une attestation de naissance auprès des
services de l’état civil de la ville de Tata pour l’enregistrement de
son nouveau-né et à qui il a choisi un prénom authentiquement amazigh et
ancré dans les traditions marocaines, Amassin. Celui-ci a été choisi en
souvenir du Roi amazigh Masnissa qui a vécu au 3e siècle avant J.C.
d’autant plus que son sens dans la langue amazighe veut dire l’homme
généreux. La fameuse expression " l’Afrique aux Africains " est de ce
grand Roi.
Cependant, les services de l’état civil ont refusé sa
requête sous prétexte que ce prénom n’est ni arabe, ni marocain. Ce qui
n’est pas vrai bien sûr. Il faut savoir qu’il est très répandu dans le
sud marocain. Une tribu amazighe à l’est de Tiznit, sur la route de
Tafraout, porte bel et bien ce nom. Il y a aussi la tribu amazighe
Amachin qui se trouve au sud du mont de Sirwa et qui est surtout connue
par la qualité des ses tapis…
Tout cela confirme que le refus de ce prénom est un acte
arbitraire. Après moult péripéties, Brahim Oubella a été obligé
d’intenter un procès à l’état civil marocain. Une décision de justice
lui a permis finalement de donner le prénom Amassin à son fils qui est
resté quand même deux ans sans enregistrement officiel pendant deux ans.
Dans la province d’Errachidia, le professeur Omar Taous
a enduré la même chose. Il avait voulu de donner à son fils le prénom d’Akli,
mais l’état civil l’a catégoriquement refusé. Il est à signaler que ce
prénom est très répandu chez les Amazighs touarègues. Toutefois, après
quelque temps la haute commission a été obligée de l’accepter.
À peu près la même histoire a eu lieu à Casablanca et
plus exactement à la commune urbaine d’Elfida. Les services de l’état
civil on opposé à un refus à la demande de Me Abdallah Bahi d’appeler
son enfant, Idir. Un autre prénom, Sifaw, a eu le même sort. On a même
proposé au père le prénom Mounir qui est en fait sa traduction arabe. La
justice encore une fois a donné raison au père et les services de l’état
civil ont été obligés d’accepter d’inscrire le prénom, Sifaw. Idem pour
Me Belhoussain Abdellah dont la fille, Tunaruz, est restée sans
enregistrement officiel pendant trois ans à Ain Chok.
À Ahlelghoulam, dans le territoire d’Elbernoussi, à
Casa. Le cas de Me Bouhouch Mohamed est édifiant. Après le refus du
prénom Anir par les services de l’état civil, le président de la
municipalité a fait une sortie médiatique incongrue. Sur les colonnes du
journal Elbidaoui, il n a pas hésité à insulter les Amazighs , à les
traiter de racistes et de séparatistes. Ce qui est bien évidemment n’est
pas pour plaire aux Associations amazighes et aux Amazighes eux-mêmes.
À Tigzirt dans la région de Beni-Mellal, le professeur
Lhoussaine Mbarki a vécu la même mésaventure. Il a voulu choisir à son
fils un prénom amazigh en l’occurrence, Amassin. Mais après de multiples
tracasseries, Me Mbarki a décidé de renoncer à finalement donner ce
prénom à son fils.
Il regrettable de constater que plusieurs enfants sont
restés à ce jour sans prénom officiel. Leur seul tort est de porter un
nom en souvenir de leurs glorieux ancêtres. Il est à signaler que la
liste est en contradiction flagrante avec la loi en rapport avec le
choix des prénoms. Dans l’article numéro 6 du dahir de 8 mars 1950, nous
trouvons ceci : " Le demandeur d’un enregistrement dans l’état civil,
choisit un prénom convenable. Il ne faut pas qu’il soit un, prénom
étranger, un surnom, risible, il ne faut pas qu’il touche pas à la bonne
moralité ou à l’ordre public, et finalement, il faut qu’il soit
authentiquement marocain. "
Ce qui n’est pas, comme vous pouvez le remarquer, le cas
des prénoms amazighs qu’on a systématiquement exclus de la fameuse liste
du ministère de l’Intérieur. Il apparaît donc que celle-ci est destinée
exclusivement interdire les prénoms amazighs. De plus, les décisions de
la haute commission de l’état civil sont contradictoires. Plusieurs
prénoms sont refusés dans une région et acceptés dans d’autres. Bien
pire, la justification du refus d’un prénom amazigh peut parfois une
dimension on ne peut plus dangereuse : on n’hésite pas à dire que tel ou
tel prénom est étranger.
Le gouvernement doit agir immédiatement et mettre fin à
l’application de cette fameuse circulaire pour mettre fin à cette autre
forme d’exclusion des Amazighs et de leur culture.
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