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Interview
parue sur le site
www.yafelman.com.
Il a le plaisir de vous faire découvrir Nora BOUDOU,
l'une des figures associatives émergeantes du Sud-Est marocain. Nous
l'avons contactée après les actions sociales et culturelles organisées en
faveur de la population de Tam Tatouchte qui ont visé principalement les
enfants. Voici l'entretien qu'elle a accepté de nous accorder :
Azul ! Pouvez-vous vous
présenter aux internautes et aux visiteurs du site ?
Nora : Azul fellawen, Je m'appelle Nora, je vis dans le
Sud-Est de la France mais je suis originaire des Cévennes et
originellement originaire du Sud-Est du Haut Atlas marocain. Je suis née
en France, j'y ai toujours vécue, mais je suis viscéralement attachée à
notre chère Tamazirt.
Vous présidez deux
associations, l'une au Maroc et l'autre en France. Racontez-nous un peu
sur ces deux expériences !
Nora : C'est exact, mis à part mon activité
professionnelle, j'ai crée deux associations, l'une basée à La Ciotat en
France : AFOUSS, une main tendue vers le développement; et l'autre basée à
Tam Tattouchte au Maroc : Association Amazigh Aït Merghad n Tam Tatouchte
ou 3AM2T.
L'association française a été enregistrée en novembre 2005, elle avait été
le fruit d'une longue réflexion ; toutefois, aucun souci majeur ne s'est
présenté lors de sa création.
Tandis que pour l'association marocaine, cela a été une autre histoire :
Je n'ai eu que des contretemps, des freins, des bâtons dans les roues et
j'en passe! J'ai voulu, par souci de cohésion et de rapprochement des
pseudos clans existant à Tam Tatouchte, rassembler des jeunes venant des
différents quartiers de ce village. Cela a été difficile de leur faire
comprendre la démarche et les finalités de 3AM2T. Certains ont directement
répondu par l'affirmative et d'autres ont eu peur du grand méchant loup,
sous prétexte que l'intitulé de l'association était trop politique et
ethnique. Bref, avant de réunir les 9 membres du bureau, il a fallu
attendre un an, s'en est suivi les contretemps de légalisation et co. Le
barrage ultime, c'était ce Tribunal de première Instance d'Imteghrene (Errachidia)
qui n'a cessé de renvoyer le dossier jusqu'à ce que notre ténacité
l'emporte ; alors, nous avions obtenu le récepissé de création le
27/01/2006. Bref, la morale de cette petite histoire c'est qu'il faut
toujours aller au bout de ses convictions.
Quelles sont les
principales actions des deux associations ?
Nora : L'association AFOUSS a une vocation de pont entre
la France et notre Sud-Est marocain, à savoir favoriser et promouvoir les
échanges culturels, humanitaires, socio-économiques et touristiques entre
la France et les villages amazighs du Haut Atlas marocain.
L'Association Amazigh Ait Merghad n Tam tattouchte, œuvre pour le
développement culturel, socio-économique et médico-sanitaire de Tam
Tatouchte, Aït Hani et des villages environnants afin d'améliorer les
conditions de vie et de santé de la population visée. Voilà en gros les
champs d'actions de nos deux associations.
L'année dernière, nous avons envoyé par le biais d'AFOUSS à l'Association
Amazigh Ait Merghad n Tam Tattouchte des médicaments qui ont été
dispatchés sur les deux dispensaires de Tam Tatouchte et d'Aït Hani;
d'autre part, nous avons offert des livrets scolaires pour des élèves qui
ne pouvaient pas se les payer.
Au mois d'août dernier, vous
avez organisé des activités intéressantes ; parlez-nous précisément de ces
événements !
Nora : Cette année, AFOUSS a lancé l'opération : Un
cartable pour tous. Les 16 et 17 août 2006, nous avons procédé à la
distribution de kits cartables aux élèves dans le besoin à Tam Tatouchte,
Aït Hani, Timoula, Tiidrine, Ikadmane, Tizgwarine et Assigne. Vers la fin
août, 3AM2T a organisé une journée artistique et culturelle amazighe (Ass
anaz'ur adelsan amazigh), avec une action profitant aux enfants de Tam
Tattouchte en matinée et une soirée artistique au public avec des chants
traditionnels et modernes ; des artistes de Tam Tattouchte ont participé
comme ceux de Tizi n Imnayen (Goulmima) et d'Amellagou .
Etait-ce satisfaisant comme
action ? Y avait-il des points d'ombre ?
Nora : Satisfaisant…Oui, et un grand oui, dans la mesure
où il n'y a aucune association locale qui s'activait dans la localité. Il
y a vraiment absence de culture associative à but non lucratif ; cela ne
fait pas encore partie du vocabulaire local. Il y a toujours des discours
contradictoires sur place mais pas d'action. Donc, déjà, le fait d'arriver
à faire comprendre à la population qu'il est possible de se tendre la main
pour faire évoluer leur situation et celle de leurs villages nous est
confortant. La fait d'avoir fait bouger les mentalités ne serait-ce que
d'un millimètre c'est déjà un grand succès pour moi !
Comment la population de Tam
Tatouchte vous regarde en tant que femme présidente d'une association
amazighe ?
Nora : C'est assez partagé, les femmes voient cela d'un
très bon œil. Elles voient en moi l'une de leurs représentantes. Les
jeunes sont divisés entre ceux qui me soupçonnent de vouloir « faire ma
belle » et prendre le dessus par ces actions associatives et ceux qui sont
heureux de voir que l'on parle enfin de leur région. Les adultes eux sont,
comme tous les montagnards, méfiants et dubitatifs, ils me suspectent
d'avoir des ambitions politiques alors qu'il ne s'agit pour moi que
d'expression concrète d'amour de ma culture ancestrale et des lieux qui
ont vu naître et grandir mes parents et mes grands parents.
Les enfants ont été aux anges, ils se sont enfin sentis pris en
considération et dès le lendemain de la distribution des cartables, je les
entendais scander : « Tamazight » et « Azul ». L'apogée a été atteinte
après la journée artistique et culturelle organisée sur place. La matinée
a été réservée aux enfants, elle a réellement provoqué un déclic au sein
des petits en faisant prendre conscience de leur AMAZIGHITÉ. Et c'est pour
cela que je tiens à remercier chaleureusement le groupe composé d'Omar
DEROUICH, Youssef ZIZI, Mustapha TOUALI et Nourdine AGNAOU qui ont animé
cette matinée.
Pour ce qui est des autres associations fébriles de Tam Tatouchte, leurs
membres se cachent derrière des motifs tel que le manque de moyens, donc
ils ne font rien. C'est un peu à cause de certaines expériences négatives
que l'associatif garde cette mauvaise image de marque.
Bref, Awal illa, illa ! Les habitués aux critiques peuvent jouer leur
rôle; et quand la critique est constructive je la prendrai avec plaisir et
me remettrai en cause. Pour les pics et les brimades d'une minorité en mal
de parlotte, son blabla ne m'affectera jamais !
N' y a-t-il pas de jaloux de la
part des hommes surtout membres de votre association ?
Nora : A Tamazirt, c'est possible, mais dans la mesure où
là-bas on ne dit pas ouvertement ce que l'on pense, cela finit bien par me
parvenir indirectement. Du genre « cette bourgeoise de France », ce que je
ne suis pas du tout ou encore des reproches sur mon implication et mon
investissement dans l'animation de notre culture amazighe. Ou encore,
certains membres - devenus ex-membres- qui se sont retirés par peur du «
serpent noir » car, lors de la soirée, nous avons affiché le drapeau
amazigh. Sur le moment, cela ne les a pas gênés ainsi que les photos et
les vidéos ; mais, le lendemain, miraculeusement, ils se sont complètement
métamorphosés en opposants : « Il ne faut plus le remettre (ce drapeau) !
», « Il faudra changer le nom de l'association sinon on démissionne ! »,
et ils ont démissionné…ce qui est dommage d'en arriver là.
Avez-vous des projets pour l'année
prochaine ou prochainement ?
Nora : Nous avons des projets pour cette fin d'année et
pour l'été à venir. Nous n'avons pas distribué de kits cartables aux
villages d' Ayt Daoud, Ayt Lahcen et Toumlilte. Donc, l'été prochain,
notre association devra leur faire parvenir leur part. Pour la fin de
l'année,une fois sur place, je pourrai peut-être envisager une animation
visant les enfants ou bien une diffusion sur grand écran de la soirée au
public ; bref, de ce côté-là, je ne sais pas encore…
Pour ce qui est de l'année prochaine nos actions vont se tourner vers le
médical et l'éducatif (toujours l'éducatif). Pour répondre aux questions
que j'ai reçu par mail comme : « Y aura-t-il un autre festival à Tam
Tatouchte ? » je dis et crois que oui.
Vous avez certainement un
message à donner aux femmes et filles amazighes de la région ! N'est-ce
pas ?
Nora : Nekremt !!!!! Réveillez-vous !!!!! Pour être plus
sérieuse, la fille amazighe est reléguée à l'état de citoyenne de seconde
catégorie. J'ai réussi à en réveiller quelques unes qui sont venues
d'elles-mêmes demander l'adhésion à l'Association Amazigh Aït Merghad n
Tam Tatouchte (3am2t). Et leur geste, pour moi, vaut toutes les victoires
! Et je tiens également à remercier toutes celles et ceux qui ont cru en
"mes idées" qui sont devenues "nos idées" en s'investissant dans
l'organisation de la journée culturelle amazighe.
Est-ce que le net a joué un
rôle dans vos actions sociales et culturelles ?
Nora : Oui, en grande partie, ça était notre premier
moyen de communication, ensuite s'est mis en route un petit réseau
téléphonique. Maintenant, nous sommes retournés à notre bon vieux
bouche-à-oreille. Le super paradoxe : passer du macro vers le micro, comme
quoi on ne fait rien comme les autres.
Vous avez une anecdote à raconter aux internautes et qui est
survenue lors de vos activités ?
Nora : Oh ! il y en a plusieurs. Ce qui m'a le plus
marquée et touchée lors de la matinée réservée aux enfants c'est leur
vivacité et leur intelligence. S'ils avaient un cadre éducatif cohérent,
je suis sûre qu'ils feraient tous et toutes des merveilles ! Et les
improvisations qu'ils ont faites en fin de matinée en chantant et jouant
des percussions m'ont particulièrement marquée. En soirée, tout s'est bien
passé dans la joie et la bonne humeur. Je n'avais jamais vu les gens comme
ça ; ils étaient comme emportés par un enthousiasme extraordinaire. Un
truc sensationnel aussi au début de la soirée : 7 femmes se sont mises à
chanter Warru, et pendant le chant, le portable de l'une d' elles s'est
mis à sonner, et fou rire dans l'assistance !
Izlan voués à Tamazight m'ont plus particulièrement touché, ainsi que le
chant en hommage au héros de Tam Tatouchte : Zayd Uhmad.
Un dernier mot !
Nora : Ce n'est que le début !
Tanemmirt-nnem !
Entretien réalisé pour
www.yafelman.com
par Akennud
Tizi-n-Imnayen le 12- 09- 2006
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