Séisme
d'Al Hoceima : La grande colère des sinistrés d'Al Hoceima
le 6/6/2005 19:38:14
Un an après le tremblement de terre, l'indemnisation traîne
Après l'AMDH (Association marocaine des droits humains), c'est au tour de
l'OMDH (Organisation marocaine des droits de l'Homme) de se rendre à
Tamassint. A 30 km d'Al Hoceima, les 15000 habitants de Tamassint et des
douars dispersés dans les montagnes (Zaouiat Sidi Issa, Aghlide,
Idadouchen, Aït Aziz, Aït El Cadi,...) vivent encore sous le choc du
tremblement de terre qui a secoué la région du Rif le 24 février 2004. Le
manque d'infrastructures, route, eau, électricité fait de cette région une
enclave difficile d'accès. Les populations n'ont pas bénéficié de l'aide
d'urgence car elle est difficile à acheminer.
Pour se défendre, les habitants de la région, dont la plupart des jeunes,
se sont organisés en association pour demander de l'aide et la
reconstruction par l'Etat de logements décents. Dans une pétition signée
par 2000 personnes, toutes victimes du séisme, l'accent a été mis sur le
refus de l'aide de 30.000 dirhams accordée aux sinistrés considérée
insuffisante pour la reconstruction. Elles ont également demandé le
recensement de l'ensemble des maisons sinistrées.
En dépit des sit-in et mouvements de protestation, le dialogue avec les
autorités locales fait encore défaut. L'association Tamassint, créée à cet
effet, est interdite et ses sit-in constamment sous haute surveillance.
Le 14 avril 2005, a été organisée une marche de protestation en direction
d'Ajdir. Le 11 mai, Moatassim Ghalbzouri, coordinateur de l'Association
Tamassint, est arrêté avec deux autres de ses amis pour atteinte à la
dignité d'un fonctionnaire en exercice de ses fonctions, incitation à la
transgression de la loi et de l'ordre public. Le 19 du même mois, la
population organise une marche de protestation vers Al Hoceima, qui n'a pu
se poursuivre suite à une intervention des forces de l'ordre.
Le bras de fer annoncé, tard dans la nuit, il a été procédé aux tirs des
balles à blanc. A cela, les manifestants ripostaient par des jets de
pierre. De nombreux blessés sont dénombrés, des voitures et camionnettes
des corps mobiles, endommagées. La gendarmerie, rapportent des témoins
avait lancé des bombes lacrymogènes par hélicoptère.
Deux membres de la section de l'AMDH (Association marocaine des droits
humains) à Al Hoceima (Omar Lamalem et Saïd Aachir) sont maltraités avant
d'être relâchés. Jusqu'à une heure tardive, la population était
pratiquement assiégée. Le lendemain, la région était coupée du monde : pas
de transport, pas d'école, cafés et commerces fermés. En vue de débloquer
la situation, l'AMDH appelle, le 21 à un nouveau sit-in à Al Hoceima.
Entre temps, plusieurs manifestants, de peur d'être arrêtés, prennent le
maquis dans les montagnes avoisinantes.
Le bilan de ces journées reste incertain : parmi les 35 arrestations, 9
personnes sont toujours détenues.
Un communiqué résume les doléances des contestataires dans quatre points :
- le droit à la reconstruction par l'Etat de logements décents
- le recensement de tous les logements sinistrés n'ayant pas bénéficié de
l'aide de l'Etat
- la libération de tous les détenus
- l'arrêt des poursuites judiciaires contre les manifestants du 19 mai
2005.
Le jeudi 26 mai, 300 personnes se sont rassemblées devant le tribunal de
Nador à l'occasion du procès des membres de l'association.
Deux jours plus tard, une manifestation est interdite et un rassemblement
devant le siège de l'AMDH est quadrillé par les autorités.
Le dimanche 29 mai, dès 9h du matin, une caravane de soutien est arrivée à
El Hoceima pour se diriger ensuite vers Tamassint, jour de souk dans cette
commune.
A 12 km d'Imzouren, en arrivant à 10h 45 à Tamassint, un groupe de
manifestants était déjà sur les lieux.
Quelques milliers de personnes ont manifesté durant 3 heures en scandant
des slogans qui réclamaient le droit à l'habitat, la libération des
détenus, le désenclavement de la commune, et la satisfaction des
revendications des sinistrés.
Dans une région quasi désertique, les maisons sont encore en chantier. Un
an et demi après le tremblement de terre, les tentes distribuées sont
encore dressées et les gendarmes continuent de pointer devant l'unique
épicerie, là où les affrontements du 19 mai ont éclaté.
En dépit de la tension qui prévaut dans la région, les membres de la
caravane ont été accueillis par des activistes qui scandaient des slogans,
dont notamment :
" Tamassint résiste, vive la solidarité ".
Les cadres de l'association toujours recherchés et réfugiés dans les
montagnes arrivent encadrés d'enfants. " Si le tremblement de terre est
une catastrophe naturelle, notre marginalisation est un choix politique ",
disent-ils.
La marche fait le tour du village jusqu'au souk. Elle rassemble, selon l'AMDH,
environ 3000 personnes puis rejoint le centre du village.
Lors d'un rassemblement, les manifestants ont violemment critiqué
l'irresponsabilité de l'équipe civile de reconstruction de la commune et
du conseil communal en leur attribuant la responsabilité de la dégradation
de la situation.
A l'issue de cet événement, les représentants des délégations de Nador,
Tanger, Tétouan, Casablanca, Agadir, Tata, Targuist et la délégation de
AFFA ont exprimé leur solidarité avec le mouvement de contestation.
L'association de Tamassint a, de son côté, réitéré ses doléances et
annoncé sa volonté de faire du 12 juin 2005 une journée de solidarité
nationale avec les sinistrés.
Source : Lematin.ma