Empreinte digitale, 2002.
CD1 / Chants de l’Atlas
CD2 / Chants archaïques de la Alberca
CD3 / Incantations, méditations, danses sacrées berbères
CD4 / Chants berbères de la meule et du berceau
CD5 / Concert au théâtre de la ville (Paris, 1975)
Taos, la « clairchantante », peut enfin continuer à se faire
entendre : le label Empreinte digitale propose une réédition
de tous ses anciens vinyles sous la forme de cinq cédés, accompagnés
d’un livret qui reprend les textes essentiels qui ont accompagné sa
carrière. Ainsi la mission qu’elle avait choisie est accomplie,
puisqu’elle voulait perpétuer la tradition orale des chants berbères.
Cette femme née en 1913 n’aura vécu que pour transmettre la culture
kabyle à travers ses romans comme à travers ces chants que son frère
Jean (dit « El-Mouhouv Le-prestigieux ») avait collectés et
transcrits. Le vaste répertoire qui nous est ici présenté semble
puiser aux mêmes thèmes que ceux que l’on retrouve dans son œuvre
d’écrivain : l’amour malheureux et l’exil. Comme si l’exil pour le
Kabyle faisait partie d’une réalité ancestrale bien antérieure à
l’émigration vers la France. Mais qu’elle fasse revivre le travail des
femmes à la meule ou les cortèges de noces, les mélopées anciennes ou
les chants satiriques, les danses sacrées berbères ou les chants
populaires archaïques recueillis au Sud de l’Espagne, en Estremadure ,
l’auditeur demeure bouleversé par cette voix pathétique et grave qui
conserve son pouvoir incantatoire à travers les ans (les
enregistrements remontent de 1966 à 1975). Cet aspect magique de sa
voix se traduit par exemple par de longues tenues de sons suivis d’une
petite note ajoutée ou par des fluctuations de tempo ou des nuances
inattendues, des pianissimi soudains, des ornementations
originales. Il ne sert à rien d’ailleurs d’essayer d’expliquer cette
voix étrange et belle, pleine de graves qui s’envole pourtant avec
aisance dans l’aigu : elle plonge ses racines dans les cimes du
Djurdjura et à travers elle on entend la mère Fathma, la grand-mère
Aïni et toute une lignée de femmes berbères Le livret, illustré de
photographies en noir et blanc, nous offre à lire non seulement les
textes qui présentaient les vinyles mais aussi une introduction
originale, une discographie, une filmographie, une bibliographie et
une trentaine d’extraits de lettres ou d’articles qui sont autant
d’hommages et de témoignages sur cette femme qu’André Breton comparait
à la reine Néfertiti.