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LE BATIK BERBERE


Mustapha Hansali
27 September 2001
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Le batik n'est pas une peinture, mais un décor obtenu par teinture. On dessine un motif sur l'étoffe à décorer, on applique ensuite de la cire chaude sur les parties que l'on réserve ; c'est-à-dire les parties que l'on ne veut pas mettre en couleur. On trempe la pièce de tissu dans un bain de teinture. Seules les parties non enduites de cire prendront la couleur ; c'est ce que l'on appelle le batik. Comme le batik, la teinture à la réserve est une pratique de décoration des étoffes par teinture. Les réserves de couleurs sont obtenues par des nœuds, des ligatures ou des coutures.
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Ce procédé est pratiqué dans de nombreux pays depuis longtemps. Bien que l'on ne connaît pas l'origine exacte ni la date de son invention, les premières données à ce sujet viennent de l'Inde et datent des VI et VII siècle de notre ère. On a trouvé des soies chinoises, teintes par nœuds, dans des tombes sur l'ancienne route de la soie de Turkestan Oriental. Les marchands qui parcouraient en Caravane l'Extrême-Orient, et l'Asie, transportaient parmi d'autres marchandises, des étoffes teintes par ce procédé. De l'autre bout du monde, au Pérou, on a trouvé des pièces de tissus, teintes de cette façon, dans des tombes Incas, ce qui prouve que cet art était pratiqué dans cette région avant la conquête espagnole du XV siècle. Dans l'Arizona et le nouveau Mexique, on a découvert des tissus précolombien teints par le procédé des nœuds. La teinture par nœuds est connue et pratiqué dans de nombreux pays africains. Au pays des berbère, c'est surtout au Maroc que de belles réalisations issues de ces techniques sont reconnues.
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Reprenant Prosper Ricard, 'le Batik berbère' serait, ici, pour désigner le procédé de la teinture à la réserve appliquée aux tissages berbères. Les réserves sont faites par des cordonnets qui nouent une partie du tissu et l'empêchent de prendre la teinture sur les surfaces correspondantes. Notons en passant que Prosper Ricard a déjà signalé, en 1925 l'existence de tissus berbères batikés sur tout le territoire berbère, en Haute Egypte, en Libye, en Tunisie, en Algérie et au Maroc.
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Jusqu'ici, on ignore encore, en l'absence d'une recherche sur le terrain, les tissages berbères de l'Egypte, de la Libye et de l'Algérie. Toutefois, une chose est sûre : Des documentations sur ce sujet indiquent l'existence de tissages teints à la réserve chez les berbères de ces pays. On remarque qu'en Tunisie, la quasi-totalité des enveloppements des femmes berbères sont batikés. Leur procédé de teinture à la réserve s'avère, néanmoins, plus simple. La forme des réserves est réalisée ici par des rayures et des motifs géométriques réalisés par le moyen du tissage. Ce sont des fils de coton blancs ou teints, non soumis à un mordançage approprié qui conservent leurs nuances initiales dans des tissus de laine trempés complètement dans un bain de teinture.
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Le procédé de la teinture à la réserve à proprement dit pratiqué en Tunisie est celui appliqué au châle de tête des villages berbères du sud. Il s'agit de 'Tamendilt', un foulard d'une surface d'environ un mètre carré, de couleur verte tachetée de rouge, jaune, et quelque fois rechaussée de broderies de soies de couleurs. A côté de ce foulard batiké il existe un bandeau batiké en rouge et noir dont les femmes du sud tunisien entourent leur tête. Ces bandeaux de têtes se trouvaient également, chez les berbères du Maroc, mais sous un autre aspect. Les femmes des Aît Telt des Beni Ouarain portaient une bande de tête ornée de dessins géométriques en coton qui apparaissent en réserve sur un tissu en laine teint en marron foncé.
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En parlant des Beni Ouarain, on pense inévitablement aux Aît Telt et à leur belles réalisations artistiques sur des tissages batikés. La 'Taritat', cette sorte de foulard dont les femmes se couvraient la tête, à l'époque, témoigne d'un goût au même temps raffiné, simple et ancien qui est resté attaché dans ses nuances à la couleur marron-foncé, couleur de la terre des Beni Ouarain. Il est étonnant que malgré que les berbères des montagnes demeurent toujours en butte aux changements modernes qui affectent leur mode de vie, les femmes ont su et pu conserver ces tissus pour plus d'un siècle. Il ne faut pas s'étonner, non plus, que même les femmes des environs de soixante ans ne se rappellent même pas de la dénomination berbère de ce voile de tête.
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Rare même sont celles qui se souvenaient de l'existence de ce type de tissage. Seules celles qui ont pu le conserver jusqu'aux derniers temps puissent garder les renseignements qui l'entourent. Selon des renseignements parvenus de chez les femmes des Beni Ouarain, aucun foulard ne fut confectionné, sans doute, après le protectorat. Il s'agit d'une étoffe confectionnée sur le métier habituel. Elle sort entièrement en laine écrue et ne comporte aucun dessin, à l'exception faite, parfois, de quelques listels transversaux, vers les extrémités tramés de coton blanc. C'est un tissu toile assez fin, qui se soumet aux opérations de la teinture à la réserve : la pièce reçoit une première teinture légère en rouge-jaune de henné et de garance. Elle est ensuite garnie souvent de cinq grands nouets qui font cinq poches distants les unes des autres de 10 à 15 centimètres. Ces dernières sont rassemblées en un grand nouet qui serait trempé dans un bain de teinture obtenu en faisant bouillir des feuilles de noisettes, la cendre, la suie de la fumée et une sorte de terre noire dans l'eau. La partie inférieure opposée au grand nouet serait également trempé de la même façon. Seule la partie qui les sépare et qui est serrée par un fil serait impérmiable au noir. Après séchage et dénouage des cordonnets, la pièce se voit comme des sortes de cercles et de demi cercles noirs distants les uns des autres par des distances jaunes. Au moyen d'une plume de coq, les parties jaunes seraient garnies de dessins à la couleur foncée d'un jaune brun de henné, la pièce, définitivement préparée, se porte par la femme mariée et se serrait par le bandeau déjà signalé.
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Dans les deux dernières années, les recherches commerciales dans le domaine des tissages, au Maroc, vont plus vite que les recherches de documentation. Il est difficile même de mener une étude exhaustive pour chaque genre de tissage arrivée sur le marché. Bien que l'on remarque que pour chaque dialecte et même pour chaque accent linguistique, il y a une forme de batik propre, cela ne fait, toutefois, qu'affirmer encore une unité artistique qui évoque une unité linguistique réelle.
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De la Haute Egypte, de la Libye, de la Tunisie, en passant par l'Algérie pour arriver au Maroc, les tissages batikés sont d'une grande et riche variété qu'il est impossible de décrire chaque prototype sans sortir du cadre de cette leçon.
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Des Ida ou Zeddout dans l'Anti-Atlas (signalons aussi que la teinture à la réserve est pratiquée sur la quasi-totalité des tissages décorés au henné dans l'Anti-Atlas où l'on trouve des dessins en coton blanc réservés et ressortis sur un champ blanc de laine par la couleur du henné), des Ida ou Zeddout, en passant par les Ait Atta et les Ait Hadiddou dans le Haut-Atlas, pour arriver aux Beni Ouarain dans l'Est du Moyen-Atlas, sans oublier les ceintures batikés des Jabla du nord du Maroc, une variété de tissages batikés parcourent le territoire de la Berbérie comme les berbères le parcourent.
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Bref, cette intervention serait à prendre et à entendre comme une sorte d'introduction au sujet du 'Batik Berbère'. C'est aussi une invitation au public pour une grande exposition sur ce thème que "Riad El cadi"abritera dans les ombres de la médina de Marrakech au sein de l'ICOC, Marrakech, 2001. 
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Mustapha Hansali
B.P 3690 - Amerchiche
40000 Marrakesh
Morocco
T: +212 61 58 16 83
E: mhansali@yahoo.fr
 

 
 
 
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