Une traduction en langue amazighe du « Code de la famille » (asadûf n takat)
vient d’être publiée au Maroc.
Cette traduction effectuée par Lahbib Fouad, auteur en langue amazigh,
peintre et chercheur à l’Institut royal de la culture amazighe (IRCAM) a
pour but de vulgariser les dispositions du Code de la famille. Nous avons
rencontré Lahbib à Rabat.
Il a répondu très volontiers à nos questions.
Pourquoi cette traduction
C’est suite à la demande de l’organisation Tamaynut que j’ai décidé de
traduire le code de la famille. J’ai profité de cette occasion pour le
lire et découvrir son contenu que je ne connaissais pas auparavant.
Et en quoi peut-elle aider à
vulgariser les droits de la femme au Maroc ?
Vu le pourcentage de l’analphabétisme des marocains en général et de la
femme en particulier, ni la version arabe ni la version amazighe ne peut
vulgariser le code de la famille. Et sachant que la langue amazighe est
essentiellement orale, cette traduction ne sera utile que si elle est
enregistrée sur des supports audio et diffusée dans les foyers par radio
ou autres.
Quels sont les problèmes que vous
avez rencontrés lors de ce travail ?
C’est le texte qui a été le plus difficile pour moi à traduire ! Bien que
je sois l’auteur de plusieurs traductions d’œuvres littéraires, le code de
la famille était pour moi d’une énorme complexité à traduire. Ceci du fait
de sa nature juridique, inspirée essentiellement de textes de la charia et
du Coran. Le vocabulaire lié à ce domaine n’existe en langue amazighe que
sous forme d’emprunts à l’arabe !
La première difficulté était d’abord de comprendre les articles du code !
Étant écrits en arabe classique, renvoyant directement au droit islamique
et à la charia, la compréhension n’était toujours pas évidente, même en
maîtrisant suffisamment la langue arabe. Souvent, je rencontre des
articles opaques et incompréhensibles. Un lecteur non spécialisé ne peut
comprendre la quasi-totalité des articles du code. Il n’y a que les foqaha
et les juges qui peuvent comprendre le texte de la Moudouwana. Pour
essayer de remédier à ce problème, j’ai cherché la traduction du Code de
la Famille en français. Je n’ai trouvé qu’une version non officielle dans
le site web du ministère de la justice. Bien que cette traduction m’ait
beaucoup aidé à saisir le sens des articles et les comparer à ceux de la
version arabe, le problème du lexique reste entier puisque, dans la
traduction française, une grande partie du vocabulaire de la charia est
gardé en langue arabe.
Le problème était donc : comment vulgariser le contenu de la moudouwana en
une langue amazighe très accessible, sinon a un lecteur, du moins à un
auditeur amazighophone à qui en lirait les articles. La tâche étant
évidemment très pénible.
J’ai bien entendu, grader le vocabulaire de la charia en langue arabe,
tout en puisant dans le socle amazigh le correspondant de certaines
notions populaires. Cette traduction m’a permis de découvrir un lexique
important des termes juridiques en amazighe, et de tester les limites de
mes capacités à traduire un texte de nature très particulière : la charia.
A votre avis, le code de la famille
actuelle réponds-il aux aspirations des défenseurs des droits de la
femme ?
On assiste souvent à une multitude de détours pour ramener le texte de la
moudouwana afin qu’il soit conforme à la charia....
« Bien que la Moudouwana actuelle protège certains intérêts et certains
droits légitimes des conjoints et des enfants, elle demeure encore
méprisante envers la femme dans plusieurs articles ».
« Malgré que l’article 19 stipule que l’âge obligatoire de mariage est 18
ans, les articles suivants donnent au juge de la famille le droit
d’autoriser le mariage d’une mineure... »
« L’article 84 prévoit un « don de la consolation Moutâa » comme l’un des
droits dus à l’épouse divorcée. Reléguant ainsi la femme à un « objet de
plaisir » comme si la femme ne réjouissait d’aucun plaisir avec son
ex-époux !! » ...
Entretien réalisé par Lhoussain Azergui
source: kabyleS.com