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 v Les journalistes face à la « démocratie travestie »

 

 v  ALGERIE : SOS DISPARUS     Le dossier ouvert à l’ONU
 

 

Les journalistes face à la « démocratie travestie »

 


(Le Matin d'Algerie 05/05/2008)


Intervention à la conférence de Casablanca « Quelle stratégie pour faire face aux attaques contre la presse en Afrique du Nord ?» organisée les 2 et 3 mai 2008 à l’occasion de la Journée de la liberté d’expression, par l’Association mondiale des journaux (AMJ), le Wgfena (Groupe de travail pour la liberté de la presse en Afrique du Nord) et le magazine Tel Quel.

Chers confrères,

Je commencerais par une question absurde : existe-t-il une liberté d’expression et une presse libre en Tunisie ?

La réponse aujourd’hui est évidemment « oui » !

La liberté d’expression est-elle harcelée en Algérie et au Maroc ?

La réponse aujourd’hui est évidemment « non ».

Non, puisque officiellement, il n’y a plus de journalistes emprisonnés au Maghreb même s’il y croupit encore quelques uns ; qu’il n’y a plus de journaux suspendus et que ces Etats du Maghreb sont devenus des « Etats démocratiques » répondant aux nouveaux standards factices de l’Occident.

Et inutile de me lancer laborieusement dans l’explication de la « démocratie travestie » et à essayer de vous en convaincre de l’existence : Nicolas Sarkozy s’en est chargé, avec brio, en Tunisie.


C’est donc vrai : nous faisons face à un nouvel adversaire redoutable : la « démocratie travestie ». Pour l’avoir ignorée, nous sommes en train de perdre la bataille de l’opinion publique. Pendant que nous éprouvons des difficultés à convaincre de la réalité de la persécution, les pouvoirs au Maghreb passent pour des champions de la liberté de la presse tout en parvenant à l’avorter là où elle n’est pas encore née (Tunisie), à la paralyser là où elle vient de naître (Maroc) et à la récupérer là où elle existait (Algérie)

Aussi, riposter aux attaques contre la presse aujourd’hui, c’est obligatoirement le faire à l’intérieur d’une riposte générale à « la démocratie travestie » parce qu’elle est, aujourd’hui, notre principal obstacle : elle met un écran de fumée entre nous et les opinions publiques ; elle nous rend « illisibles » ; elle nous isole ; elle a rendu les dictateurs respectables sans abolir les dictatures.

LA DEMOCRATIE TRAVESTIE

« La démocratie travestie » est élaborée par des ethnologues politiques occidentaux, régit aujourd’hui les rapports internationaux, et répond aux intérêts supérieurs de la diplomatie et des affaires. Son but de est de permettre des rapports d’affaires avec les dictatures sans fâcher les opinions publiques occidentales.

Rien de moins sot : on va adapter superficiellement les dictatures aux exigences de l’opinion publique afin d’en éviter les critiques et on les dotera de critères factices d’exhibition démocratique : c’est la création d’une réalité politique parallèle, de l’illusion du pluralisme, qu’ils offriront à admirer au monde, une “démocratie sans représentation.

Les pouvoirs du Maghreb vont remodeler, de façon plus globale, l’autoritarisme pour le mettre à l’heure de la démocratie. Ils vont porter les bijoux de la démocratie qu’on exhibe aux opinions occidentales et qui permettront au président Ben Ali de dire qu’il respecte les droits de l’homme et à Sarkozy de saluer l’avancée de la Tunisie de Zine El Abidine Ben Ali dans le chemin étroit et difficile, mais essentiel, celui de la liberté et du respect des individus. »

Premier critère : puisque dans ce monde, le pluralisme et les élections sont devenues la seule source de légitimité reconnue, alors on organisera des élections à satiété, mais elles n’assureront aucune alternance ! Elles ne feront que légitimer le pouvoir en place. L’important est que les médias en parlent…

Deuxième critère : puisque la violence, en tant qu’instrument de perpétuation du pouvoir, a fini par délégitimer les régimes, alors on va arrêter la répression .

Troisième critère : fabriquer les acteurs de la “démocratie sans représentation”. C’est l’époque des partis sans personnel, ni membres, ni siège... ; avec ses initiés bien rémunérés qui se font passer pour les opposants les plus bruyants au régime..C’est l’époque, aussi, d’une presse qui a toute l’apparence d’une presse libre mais qui n’en est pas une.

La gestion de la presse dans le système de « démocratie travestie » répond au besoin de l’illusion du pluralisme et de la réalité parallèle. - On entretient des rapports de courtoisie avec la presse. On ne la frappe plus, on la récupère. On passe de la phase de la répression dure à une autre phase : la répression molle et la manipulation dure. - On crée sur le plan formel une « presse libre » qui épouse les normes de la « démocratie travestie » : (presse libre = presse privée même sans indépendance = presse diversifiée, comme la presse tunisienne, ce qui autorise Ben Ali à se prévaloir de la liberté de la presse).
Chez nous en Algérie, cette phase commença en 2005.

Elle prenait le relais d’une première phase qui s’étala de 2001 (nouveau code pénal) à fin 2004 (emprisonnements et suspension du Matin), et qui fut celle de la répression frontale destinée à la liquidation ou la domestication de la presse par la force. M. Bouteflika, qui postule au Nobel de la paix, comprend que la condamnation nationale et internationale de mon incarcération a beaucoup nui à l’image du pouvoir algérien. Il va passer d’une phase de damnation de la presse à celle de son instrumentation. Obtenir par la manipulation des esprits ce qu’il obtenait jusque-là par la répression : la stérilisation du verbe certes, mais aussi sa récupération.

Alors, la seconde (2005-2007) fut celle de « la répression molle, manipulation dure » destinée à corrompre et récupérer la presse comme acteur principal de la comédie du pouvoir, chargé de la « représentation médiatique » d’une démocratie de façade.
Dès janvier 2005, il prend la décision : il ne frappera plus la presse, il va s’en servir. S’en servir pour rester au pouvoir. Soucieux de préserver ses positions dans un contexte où les pressions populaires venues “d’en bas” deviennent de plus en plus fortes, il découvrira tout l’intérêt qu’il y aurait à se servir des journaux algériens non seulement comme éléments de décor de sa démocratie de façade, mais aussi comme acteurs actifs ! Il va leur confier une tâche primordiale : assurer la représentation médiatique d’une réalité politique inexistante, celle-là même que le régime entend substituer à la représentation politique de valeurs, d’intérêts et d’idées, c'est-à-dire aux attributs fondamentaux de la vraie démocratie. Le phénomène n’est pas propre à l’Algérie : la peoplisation de la presse est devenu un procédé international. On préfère des journaux qui s’attardent sur Carla Bruni et le sexe des anges plutôt que sur les inégalités sociales.

Mes amis directeurs vont alors être invités à se soumettre à la grande manœuvre, celle qui consiste à téléguider des éléments institutionnels de la démocratie, comme les partis politiques, les élections et les médias, à la seule fin d’aider ceux qui sont au pouvoir à y rester. La démarche des hommes de Bouteflika est un cocktail détonant de postmodernisme français et de manipulation façon Sécurité militaire ou KGB. Ce qu’ils ont emprunté aux postmodernes, c’est leur intuition de “l’irréalité de la réalité”. Ce qu’ils ont emprunté à la riche tradition de la police secrète algérienne ou du KGB soviétique, c’est la capacité des technologies à rendre réel l’irréel.

Ainsi naquit l’arrangement tacite entre le pouvoir de M. Bouteflika et les dirigeants de journaux durant mon incarcération : le journalisme convivial en échange de l’amnistie et de la garantie de prospérer sans obstacles.

Cette seconde phase fut marquée par :

- Rapports de clémence : une grâce aux journalistes en juillet 2006 et arrêt du harcèlement

- Un rapprochement entre la presse et le pouvoir : collaboration active dans le cadre des brainstormings entre les directeurs de journaux et le ministre de la communication Hachemi Djiar. (des séances de réflexions communes absolument inutiles mais dont l’insigne avantage est de donner au directeur du journal l’illusion d’avoir participé à la définition d’une politique de l’information en Algérie.)

Des directeurs de la presse libre organisent des colloques sous le haut patronage du président Bouteflika et se photographient en première page avec le premier ministre Belkhadem

On a même célébré le 3 mai , Journée internationale de la liberté de la presse,

par un match de football entre les directeurs de journaux et les membres du gouvernement !

- Transformation de certains titres en porte-voix du régime avec nomination d’agents du pouvoir à la tête de certains journaux indépendants

- Choix de ne pas fâcher le régime :

a) Disparition des grands sujets nationaux et de préoccupation populaire au profit des sujets people et des sujets de diversion

b) Collaboration à l’isolement de Mohamed Benchicou emprisonné mais aussi, parfois, de ses propres journalistes emprisonnés !

Aucune référence aux confrères emprisonnés

Aucune solidarité (Des journaux ont préféré remettre un prix à une journaliste européenne ex-otage en Irak plutôt qu’à des journalistes de leur pays toujours otage du clan au pouvoir)


Fin de la deuxième phase : l’échec

Ces deux étapes ont néanmoins fini par un échec du pouvoir : une presse libre existe toujours en Algérie.


Où lire, autrement, que des Algériens observent des grèves, manifestent, crient leur colère ? Où lire les épisodes d’un pouvoir corrompu, où suivre le combat syndical, où apprendre la saga du wali prévaricateur et de ces notables concussionnaires, si ce n’était dans ces pages de journaux indépendants ? Dans un pays où les grands médias sont entre les mains du pouvoir, où peut s’exprimer une société mécontente et interdite de télévision et de radio ?

Oui, en 2008, il existe toujours un îlot invincible qui nargue l’océan du mensonge et de la censure, cette presse indépendante qu’on a voulu acheter, effrayer, tuer et déshonorer.

Mais alors qui a sauvé la presse libre algérienne du déshonneur et du destin de troubadour du roi ? La société, la vraie, celle qu’on ne remarque pas, celle, majoritaire, qui n’entend pas renoncer à un droit arraché au prix du sang : le droit de savoir.

Car, par bonheur, la liberté de la presse et une belle montagne à deux versants : le droit d’écrire pour le journaliste, le droit d’être informé pour le citoyen. Que le premier décide d’abdiquer de son droit ne suffit pas pour perdre la montagne : il y aura toujours une communauté d’esprits déterminés pour la défendre sur l’autre versant, et généralement cette troupe têtue a toujours le dernier mot.

Rien n'est plus imbattable, en effet, qu'une société qui a veut savoir, et qui entreprend d'ouvrir les yeux sur les écuries gouvernementales.

« Une société n'est forte que lorsqu'elle met la vérité sous la grande lumière du soleil », a dit Emile Zola en pleine affaire Dreyfus.

Les journaux qui se sont prêtés à la représentation médiatique de la « démocratie travestie » ont été vidés de leur sens et se sont rendus compte de leur appauvrissement et de leur dépersonnalisation

Certains sont revenus à une voie professionnelle.

D’où la colère du pouvoir qui a repris le harcèlement en 2008 (Chawki Amari)

Alors je conclus ainsi :

1) Nous portons notre part de responsabilité dans le déclin

2) C’est aussi à nous de faire des choix : opter pour les lecteurs pas pour le pouvoir

3) Substituons les critères du pouvoir par un rapprochement avec la société La fabrication d’un journal, la lutte pour la liberté d'expression, dans nos pays du Maghreb, est un acte de construction démocratique. Le besoin de savoir est devenu vital, porté par de larges couches de la population. On ne reviendra plus jamais en arrière.

4) Dire et redire ce qu’est une presse factice, la désigner du doigt

La presse algérienne amorce une troisième phase vers la consécration de son indépendance et qui promet d’être pénible à l’approche des présidentielles.

Aussi, si on veut, comme le veut cette conférence, élaborer une stratégie pour faire face aux attaques contre la presse en Afrique du Nord, alors, à mon sens, il ne faut pas se tromper de diagnostic : il faut s’adapter à cette nouvelle doctrine, avec ses armes et ses subtilités. Car il s’agit d’une stratégie d’un type nouveau, qui ne se voit pas, ne se remarque pas et qui normalise LA NON LIBERTE, l’absence de liberté en la remplaçant par une norme factice mais acceptable de FAUSSE LIBERTE.

Mohamed Benchicou

Casablanca , le 3 mai 2008

 

 

v  ALGERIE : SOS DISPARUS     Le dossier ouvert à l’ONU

 


L’acceptation du Comité des droits de l’homme des Nations unies des plaintes de familles de deux
Algériens portés disparus pendant les années de braise, en l’occurrence Salah Saker et Riad Boucherf,
et les constatations qu’il a faites sur non seulement la responsabilité mais aussi la culpabilité de l’Etat
algérien dans la disparition de ces deux individus ouvrent la voie à d’autres familles se trouvant dans
la même situation de porter leurs affaires auprès de cette instance onusienne.

L’association SOS disparus, qui a tenu hier une conférence de presse à Alger, a considéré la sentence
prononcée par cet organisme mondial des droits de l’homme à l’égard de l’Etat algérien comme « un
précédent ». Dans son rapport rendu public le 30 mars dernier, le comité a effectivement souligné « les
graves violations » des droits des victimes des disparitions forcées. C’est pour la première fois que
cet organisme, composé de 18 experts indépendants, condamne l’Etat algérien pour atteinte aux
dispositions du pacte international relatif aux droits civils et politiques qu’il a ratifié. Rejetant les
arguments des autorités algériennes pour manque de consistance, l’instance onusienne demande à l’Etat
algérien de diligenter des enquêtes approfondies sur les conditions de disparition de Salah et Riad, de les
libérer s’ils sont toujours en vie et de poursuivre les auteurs en justice, les juger et les punir, comme
il est souligné dans le rapport de constatations. Le comité onusien souhaite « recevoir de l’Etat algérien,
dans un délai de 90 jours, des renseignements sur les mesures prises pour donner effet à ses constatations
».
 L’intervention du comité dans ces deux affaires est rendue possible grâce à la ratification par l’Algérie
du pacte international sur les droits civils et politiques.

L’avocat Sofiane Chouiter, qui a porté en février 2000 l’affaire de la famille Saker devant le comité
onusien, a indiqué que les familles Saker et Boucherf n’ont saisi cette instance que pour faire valoir un
droit reconnu par leur Etat.
 Après le succès des deux premières plaintes, Me Chouiter se montre « optimiste » quant à d’autres
plaintes qui ont été déposées récemment auprès de la même instance. Par là, il invite d’autres familles à
saisir cet organisme afin de faire valoir leurs droits. « C’est pareil même pour les autres atteintes
aux droits de l’homme », lâche-t-il au cours de la conférence de presse. Selon lui, en demandant à
l’Algérie d’engager des poursuites pénales contre les auteurs des disparitions forcées, le comité remet en
cause l’ordonnance du 27 février 2006 portant mise en œuvre de la charte pour la paix et la réconciliation
nationale qui interdit tout recours à la justice des familles victimes de « la tragédie nationale », selon
bien entendu le jargon gouvernemental. A ce propos, Me Amine Sidhoum a évoqué « l’impunité » consacrée dans
la charte. « Pour percevoir leurs indemnités, les familles des disparus sont contraintes de présenter un
certificat de constatation établi par les services de sécurité et dans lequel ces derniers attestent que la
personne recherchée a été tuée dans une attaque contre un groupe terroriste.
 Or les familles ont même des témoins que leurs enfants (ou proches) ont été enlevés par des policiers
en civil », atteste-t-il, avant d’ajouter que « le but recherché est de classer rapidement et définitivement
ce lourd dossier des disparus ». Il a indiqué en outre que la charte est en porte-à-faux avec non seulement
la constitution mais aussi les conventions internationales des droits de l’homme. Sos disparus et
le Collectif des familles des disparus en Algérie (CFDA) ont déjà saisi le chef de l’Etat par rapport à
cette contradiction le 28 mars dernier. Un délai de trois mois lui a été accordé. « Si, d’ici le 28 du
mois courant, nous ne recevons aucune réponse, nous allons saisir le conseil constitutionnel. Dans le cas
où ce dernier ne réagirait pas, nous allons recourir à l’ONU », explique Me Nacéra Dutour du CFDA.

M. A. O
 

 

Date:  Mon, 19 Jun 2006 08:26:49 -0400 (EDT)
De:  Moises Bibany
À:   <amazigh-net@yahoogroups.com>
Objet:  [Amazigh-Net] Comité des droits de l’homme des Nations unies : Dossier ouvert
 

       

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