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Le Maroc : douze siècles de luttes
789 à 1956
De tous les États musulmans actuels, le Maroc est l'un des très rares à avoir
préservé son indépendance pendant plus d'un millénaire.
Il n'y a guère qu'au XXe siècle que le pays a dû se soumettre à une puissance
étrangère, la France. Encore ce protectorat n'a-t-il duré qu'un demi-siècle à
peine, de 1912 à 1956 (moins longtemps par exemple que l'occupation de la
Pologne par les Soviétiques et les Allemands de 1939 à 1989 !).
Une Histoire agitée
Les Romains, qui ont soumis à leur loi tous les rivages de la Méditerranée,
n'ont pas épargné le Maroc, que l'on appelait à l'époque Maurétanie
tingitane (autrement dit le pays des Maures de la région de Tanger). Ils
ont bâti au pied du massif du Zehroun la cité de Volubilis dont il nous
reste de belles ruines.
Dans les montagnes qui couvrent la plus grande partie du pays, les tribus
berbères ont résisté aux Romains comme elles résisteront à tous les envahisseurs
qui leur ont succédé. D'ailleurs, dès le règne de l'empereur Dioclétien, à la
fin du IVe siècle, les Romains ne maintiennent plus qu'une maigre présence sur
la côte, autour de Tanger. C'est l'époque où le christianisme pénètre et se
diffuse dans la région. Un à deux siècles après viennent les Vandales, des
Barbares d'origine germanique, puis les Byzantins ou Romains d'Orient. Les uns
et les autres ne font que passer...
Il en va différemment des Arabes qui déferlent au VIIe siècle, peu après la mort
de Mahomet, amenant avec eux leur langue et surtout la religion musulmane. Leur
chef, Oqba ben Nafi, atteint l'océan Atlantique en 684. Selon la
légende, il y fait baigner son cheval en s'excusant devant Dieu de ne pouvoir
aller plus loin.
La soumission des tribus berbères est le fait de son successeur Moussa ibn
Noceir. L'un des chefs berbères ralliés à l'islam, Tariq ibn Ziad, traverse
en 711 le détroit qui porte aujourd'hui son nom (Gibraltar) et va soumettre
l'Espagne.
Dès le VIIIe siècle, par esprit de contradiction, les Berbères se rallient en
masse à une hérésie musulmane, le kharidjisme... mais cela ne durera
pas et ils reviendront assez rapidement au sunnisme majoritaire.
– Les Idrissides (789 - Xe siècle)
Tandis que se reconstituent de petits royaumes berbères au sud du pays,
notamment dans le Tafilalet, un prince arabe de la famille des Ommeyyades se
réfugie dans le Moyen Atlas et les Berbères locaux le portent à leur tête en 789
sous le nom d'Idriss 1er.
Il est assassiné par un agent du calife mais son fils posthume, Idriss II,
arrive à fonder la première dynastie royale du Maroc, avec Fès pour capitale.
Peu avant l'An Mil, les Idrissides disparaissent, victimes des Fatimides,
envahisseurs arabes venus d'Égypte, et des Ommeyyades de l'émirat de Cordoue, en
Espagne. Une nouvelle dynastie, proprement berbère, se lève dans les dunes du
Sahara, au sein de la tribu des Sanhadja, proches parents des Touaregs.
– Les Almoravides (1069 - 1147)
Les Sanhadja sont organisés sous la forme d'une confrérie religieuse et
combattante. On les appelle Almoravides, de l'arabe el-morabitum
qui veut dire : ceux du ribât, le ribât désignant une sorte de
monastère musulman. Ils détruisent le royaume africain du Ghana, sur les bords
du Niger, en 1058, avant de remonter vers le nord sous la conduite de
Youssef ben Tachfin (ou Youssouf ibn Tachfin).
Dans une oasis au pied du Haut Atlas, le chef des Almoravides fonde Marrakech,
deuxième ville impériale du Maroc, qui donnera son nom au pays. Puis il
conquiert la moitié de l'Afrique du Nord. Il traverse enfin le détroit de
Gibraltar pour secourir les émirs omeyyades, en butte à l'offensive du roi
chrétien de Castille Alphonse VI (assisté d'un fameux chevalier, le Cid).
Les Almoravides écrasent les Castillans à Zallaca (aujourd'hui Sagrajas) en
1086.
Marrakech devient la capitale d'un empire immense, du Niger au Tage, mais
celui-ci est fragilisé par le dogmatisme et l'intolérance religieuse des
Almoravides.
– Les Almohades (1147 - 1248)
Dans le Haut Atlas, un lettré du nom d'Ibn Toumert prêche le retour à une foi en
l'unicité de Dieu. Lui-même se présente comme un «Mahdi» (envoyé de
Dieu). Après sa mort, ses disciples, les Almohades (d'un mot arabe
qui désignent ceux qui proclament l'unicité de Dieu) partent en guerre contre
les Almoravides sous la conduite d'Abd el-Moumin.
Celui-ci défait les Almoravides en 1147 et, s'arrogeant le titre religieux de
calife, s'occupe de consolider l'administration de son État et de fonder des
universités. On lui doit la célèbre Koutoubia de Marrakech. Ses
descendants vont régner avec brio sur l'empire marocain pendant un demi-siècle,
jusqu'à ce qu'ils soient eux-mêmes défaits par les chrétiens en 1212 à Las Navas
de Tolosa.
Les Mérinides (1248 - 1548)
Au Maroc proprement dit, le chef berbère Abou Yahia chasse les derniers
Almohades et fonde la dynastie des Mérinides. Après quelques belles réalisations
dans les domaines artistiques et culturels, les Mérinides manifestent leur
faiblesse face à l'expansion des Portugais qui occupent le port de Ceuta, près
du détroit de Gibraltar, en 1415, et commencent de grignoter le littoral.
– Les Saâdiens (1548 - 1660)
Au début du XVIe siècle, les Saâdiens, des Berbères venus de la vallée
du Draâ, exaspérés par les offensives chrétiennes, se révoltent contre les
Mérinides et chassent ceux-ci du pouvoir.
Fondant leur propre dynastie, ils entament une guerre sainte contre les
Portugais. C'est ainsi qu'Agadir est reprise en 1541... Dans le même temps, les
Saâdiens s'allient aux Espagnols pour faire face à la menace turque !
Le bouquet final a lieu le 4 août 1578, près de Ksar el-Kébir (ou Alcazar Quivir),
au nord du pays, quand Sébastien (24 ans), roi du Portugal, se porte avec 20.000
hommes à la rencontre du sultan saâdien Abd el-Malik, lui-même à la
tête de 50.000 hommes. Sébastien a un allié en la personne d'un ancien souverain
du Maroc, El Motaouakil. La bataille tourne au désastre pour le
Portugais et son allié. Leurs armées sont battues et eux-mêmes se noient dans
l'oued el Makhazen. Leur adversaire n'a pas lui-même l'occasion de savourer sa
victoire car il est tué au combat. Cette bataille, appelée «bataille des Trois
Rois», allait entraîner deux ans plus tard l'annexion du Portugal par l'Espagne
!
Ahmed IV el-Mansour, successeur d'Abd el-Malik, va porter la dynastie saâdienne
à son apogée. Une expédition victorieuse contre l'empire africain du Songhaï, en
1591, va lui permettre d'enrichir sa capitale avec l'or du Soudan.
– Les Alaouites (1660 -)
Les Saâdiens ne tardent pas à être victimes de nouveaux-venus, les Alaouites
du Tafilalet, qui tirent leur nom d'une lointaine parenté avec Ali, le gendre du
Prophète ! C'est l'héritier de cette dynastie, en la personne de Mohamed VI, qui
dirige aujourd'hui le Maroc.
Le fils du fondateur, Moulay Ismaïl, contemporain de Louis XIV, déplace sa
capitale à Meknès, à 60 kilomètres de Fès et non loin de l'antique Volubilis. Il
repousse différentes offensives européennes et lutte avec un certain succès
contre les tribus berbères insoumises des montagnes.
– Parenthèse du protectorat français (1912 - 1956
Ses héritiers, moins vigoureux, vont devoir faire face à la pression des
Européens, qui se fait menaçante après la conquête d'Alger par les Français en
1830. Les Espagnols ripostent en 1860 à des attaques contre leurs villes de
Ceuta et Melilla en battant à plate couture l'armée marocaine. L'indépendance du
Maroc est désormais en suspens. À la veille de la Première Guerre mondiale, en
1912, le pays devient officiellement un protectorat français cependant que la
région de Tétouan, au nord, et celle d'Ifni, au sud, sont tenues par l'Espagne.
Résident général auprès du sultan, le général Hubert Lyautey modernise hardiment
les infrastructures tout en respectant les institutions du sultanat.
Mais après son départ, Paris tente par le dahir berbère du 16 mai 1930
de soustraire les tribus berbères à l'autorité du sultan.
C'est le début d'une agitation nationaliste qui ne cessera qu'un quart de siècle
plus tard avec le retour du pays à l'indépendance.
André Larané
source: www.herodote.net
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