LA RESISTANCE DES CULTURES     

LA  BERBERE  ATTITUDE cliquez I CI

Pour decoloniser Tamezgha de l'ideologie arabo-islamiste

 

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- Amazigh Tu Redeviendras  

   
       

    KATEB YACINE ET L'IDENTITE BERBERE 

   

Les paroles restent ...

             " On croirait aujourd'hui, en Algérie et dans le monde, que les Algériens parlent l'arabe. Moi-même, je le croyais, jusqu'au jour où je me suis perdu en Kabylie . Pour retrouver mon chemin, je me suis adressé à un paysan sur la route.

               Je lui ai parlé en arabe. Il m'a répondu en Tamazight. Impossible de se comprendre.  Ce dialogue de sourds m'a donné à réfléchir. Je me suis demandé si le paysan kabyle aurait dû parler arabe, ou si, au contraire, j'aurais dû parler Tamazight, la première langue du pays depuis les temps pré-historiques ...

                 Pourquoi cette véhémence ! C'est que tamazight notre langue nationale depuis des millénaires, est à peine tolérée, pour ne pas dire proscrite dans l'Algérie indépendante ! ...

                 On pourrait citer d'autres exemples comme l'interdiction aux parents de donner des prénoms berbères à leurs enfants. On parle d'une liste de prénoms prohibés, mais cette liste n'a jamais été rendue publique.

                  Comment se fait -il qu'un membre de notre troupe à Alger n'ait pas pu appeler son fils Amazigh ! l'employé de l'Etat Civil lui a répondu que ce prénom ne pouvait être enregistré. Pourtant, nos manuels scolaires parlent de nos ancêtres Imazighen, le pluriel d'Amazigh.

                   S'il fallait suivre cette logique, il faudrait aussi exclure Hannibal, Massinissa et Jugurtha ! On voit l'absurdité d'une censure bureaucratique qui opère dans l'ombre et fait d'autant plus mal qu'elle atteint le citoyen au plus profond de lui même, en occultant ses origines...
 

                 Avant l'indépendance, quand un enseignant français interdisait l'emploi de Tamazight ou de l'arabe à l'école, il était dans son rôle car il oeuvrait pour l'Algérie française.

                  Aujourd'hui, quand un enseignant algérien et parfois un coopérant arabe prétend nous interdire la langue de nos ancêtres, est-il encore dans son rôle ! C'est la négation de l'indépendance car l'indépendance signifie liberté d'expression, et l'expression commence par la langue maternelle c'est-à-dire Tamazight pour beaucoup d'Algériens qui ne parlent pas l'arabe ou ne le parlent que par obligation, comme nous étions obligés d'apprendre la langue française.
 

                    Les fossoyeurs de l'unité nous parlent d'unité, le voleur crie au voleur.

L'unité de la nation ne peut se faire que sur une base positive, une base historique. On ne peut falsifier impunément l'histoire .

                     L'unité de la nation doit se faire par l'enseignement de Tamazight, non par son ignorance. Beaucoup d'Algériens sont encore aliénés. Ce n'est pas de leur faute. Mais le pouvoir a les moyens d 'enseigner cette langue et de lui offrir en priorité la télévision, puisqu'on l'ouvre bien plusieurs fois par semaine à la langue anglaise...
 

                      Les envahisseurs étrangers n'ont cessé de la refouler .Il y a eu les siècles de domination romaine, arabo-islamique, turque, et enfin française. Tous ces envahisseurs ont voulu imposer leur langue au détriment de Tamazight.


                       Aujourd'hui, par les armes, nous avons mis fin au mythe ravageur de l'Algérie française, mais pour tomber sous le pouvoir d'un mythe encore plus ravageur : celui de l'Algérie arabo-musulmane, par la grâce de dirigeants incultes.
 

                        L'Algérie française a duré cent trente ans. L'arabo-islamisme dure depuis treize siècles ! L'aliénation la plus profonde, ce n'est plus de se croire français, mais de se croire arabe. Or il n'y a pas de race arabe, ni de nation arabe. Il y a une langue sacrée, la langue du Coran dont les dirigeants se servent pour masquer au peuple sa propre identité ! C'est ainsi qu'ils se justifient en disant qu'il est important de s'adresser au " monde arabe " dans une langue protocolaire et archaique même si le peuple n'y comprend rien ; ils avouent ainsi qu'ils préfèrent s'adresser à une élite hypothétique, au Caire ou à Baghdad, plutôt que d'avoir recours aux langues populaires, car il existe aussi brimé comme Tamazight, un arabe algérien que le peuple comprend. Mais ces messieurs n'en veulent pas, pour la bonne raison qu'ils veulent écarter les masses populaires du débat politique.

                     Voilà pourquoi nos bulletins d'information à la TV et à la radio sont en arabe littéraire, et voilà comment un gouvernement s'isole de lui-même en croyant isoler un peuple qui lui échappe.

                     Et comme l'ignorance engendre le mépris, beaucoup d'Algériens qui se croient arabes - comme certains s'étaient crus français - renient leurs origines ...

Kateb Yacine
(
1929/1989)


 

 

  Entretien avec Kateb Yacine 
 
  Tassadit Yacine 


   http://tamusni.tripod.com/kateb_yacine_1.htm
 
 *Hommage :
http://tamusni.tripod.com/hommage.htm>  

 

 

 

             
 
                               *Aux origines des cultures du peuple*
 

             *Cet entretien a été réalisé en octobre 1987 à Ben-Aknoun au  domicile de Kateb Yacine. M'étant toujours intéressée aux itinéraires  des intellectuels, je voulais remonter aux sources de la prise de
 conscience de Kateb Yacine. Qu'est ce qui faisait qu'un arabophone  s'intéressât à la culture berbère sachant par ailleurs qu'il y avait  très peu d'arabophones à manifester un intérêt pour cette culture.
Il y  a bien sur des exceptions, car Bensédira (berbérisant connu à la fin du  XIX^e siècle) compte parmi les premiers autochtones à travailler sur les  langues populaires. Ce qui a caractérisé la fin du XIX^e siècle va
 disparaître peu à peu, en particulier à partir des années 20.*

          Il serait intéressant de réfléchir sur les causes de ce recul  ---en ce qu'il est remarquable --- dans domaine de recherche et  d'impulsion des langues parlées en Algérie. C'est en fait l'histoire de  la recherche, l'histoire des idées qui a contribué à la réalisation de  ces deux entretiens. Le lecteur trouvera des opinions bien connues de  Kateb Yacine. Elles ne concernent guère le sujet traité ici, même
si  certains points sont d'actualité (problèmes sociaux). si je les  reprends, c'est par fidélité à l'auteur et aussi parce que Kateb Yacine  nous fait découvrir son enfance et nous relate lui-même la genèse
de son  intérêt pour les langues populaires.*
 
 *Tassadit Yacine : Si vous voulez bien, essayons de définir ce que vous  appelez la patrie, l'Algérie.*
 
 *Kateb Yacine : /Nedjma/, c'est l'Algérie, la quête de l'Algérie.
Est-ce  que nous l'avons trouvée ?  A mon avis, non. Nous ne sommes même pas  capables d'appeler notre pays par son nom. L'Alérie ce n'est pas le vrai  nom de notre pays. C'est un terme touristique. /Ldjazaïr/, c'est quoi ?*
 
 *T.Y : les îles.*
 
 *K.Y : Vous avez vu un pays qui s'appeler les îles ? Ce sont les arabes  qui l'ont appelé ainsi.*
 
 *T.Y : oui.*
 
 *K.Y : nous continuons à nous désigner en termes étrangers, parfois  hostiles et même méprisants ou sinon indifférents.*
 
 *T.Y : vous l'auriez appelé comment ?*
 
 *K.Y : moi, je préférerais l'appeler Tamazight (ou Tamazirt).*
 
 *T.Y : Tamazgha, c'est le lieu ou se pratique la Tamazight qui est la  langue...Je crois que Tamazgha a déjà été employée par quelques-uns pour  désigner, semble-t-il, un ensemble plus vaste.*
 
 *K.Y : / Ldjazaïr/ ne peut pas être le nom de notre patrie ! C'est  touristique.*
 
 *T.Y : Même par rapport au nom ancien de l'Algérie il y a comme une  amputation. Au X^e siècle, c'était /Djazaïr Bani Mazghan/a. Les îles ou  les îlots des /Mazghana/ ( qui est la forme arabisée de
Imazighen) ; et  le prince Ziride qui régnait à l'époque s'appelait / Bologhine/  (/Bolokine/, il est difficile d'avoir l'orthographe exacte) s'appelait /  Bnu ziri/ . L'adjectif actuel de / Dziri / en arabe populaire pourrait
 sains doute plutôt rappeler l'éponyme / Ziri/ (/ziri/ pourrait être le /  Dziri/ actuel). En berbère de la Kabylie septentrionale, on dit /  Lezdayer./ Et l'on sait parfaitement la volonté de certains de ramener à
 des racines connues et de falsifier consciemment ou inconsciemment les  toponymes ou les anthroponymes. Il n'y a qu'à voir / Amechras/ qui  devient / Mecht aras/, / In U Mennas/ (/ain oum nnas/...), / Tit  tameqqrant//Ain kbira/), / Asif amellal/ qui devient / Oued El Abiod/ et  j'en passe. ( Je connais même des Algérois « de souche » comme ils  disent, eux, qui s'appelaient /Maziri/. Ils récusent leur
appartenance  au monde ancien. Pour se démarquer des anciens berbères, ils prononcent  / Maziri/ avec un r emphatique). Emphase ou pas, la racine est d'origine  berbère. Cela peut être /Mazighi /(de amazigh), /Amazir/( de /  Tamazirt/ : le champ). Il en est de même des /Zougaghi/(avec emphase ou  pas : c'est un terme berbère qui peut vouloir dire rouge ou bien  jujubiers...) De même qu'à saint-Eugène berceau des anciens / hadri/  (citadins) il y a un quartier qu'on appelle encore aujourd'hui /  zouagha/, nom d'une fraction de tribu berbère dont Ibn Khaldoun faisait  mention au XIV^e siècle. Tout comme le prénom Houari signifie
descendant  des / Houara/.* *Pour revenir à ce que je voulais dire, c'est que le / Mezghana/ avec le
 temps a complètement disparu, seul le terme de / El Djazaïr/ est resté.*
 
 *K.Y : un jour l'Algérie retrouvera son véritable nom.*
 
 *T.Y : vous pensez réellement qu'il est bon de revenir sur un fait  établi et largement admis.*
 
 *K.Y : nécessairement. Il suffit de le savoir.*
 
 *T.Y : De ne pas rester dans l'ignorance, c'est bien cela ?*
 
 *K.Y : l'ignorance n'est rien quand on commence à savoir. L'ignorance,  c'est quelque chose qu'il faut secouer, jusque-là il y a des gens, ça ne  leur venait même pas à l'idée. Notre tâche, c'est de leur mettre
la puce  à l'oreille.*
 
 *          C'est de poser enfin ces problèmes là. Autrefois on nous  disait : non, ce n'est pas le moment. Les gens qui nous disaient cela au  nom de quoi ? Au nom de l'unité. On nous disaient : il ne faut pas  deviser. On parle toujours d'unité. Je veux régler ce problème une fois  pour toutes.*
 
 *T.Y : Sur quelles bases voulait-on réaliser cette union ? De plus,  parler d'union voulait dire qu'il y avait désunion. Je ne comprends pas  pourquoi ce problème s'est posé à votre génération en ces termes ?*
 
 *K.Y : Est-ce qu'on doit s'unir sur la base du mensonge et de  l'ignorance ou bien sur celle de la connaissance et de l'espérance ? Il  faut poser le problème comme ça. Est-ce qu'on doit s'unir pour tuer une
 langue ou pour la faire vivre ? Est-ce qu'on doit s'unir pour connaître  son histoire ou pour l'ignorer ? C'est nous qui sommes pour l'unité, ce  ne sont pas eux ; encore faut-il qu'elle se fasse sur quelque chose de
 vrai ! A ce moment-là tous ces ennemis même de l'Algérie, parce que,  s'ils étaient des patriotes, il ne leur viendrait pas à l'idée de se  nier eux-mêmes, de nier l'essence même de la patrie ; justement, en tant
 que bourgeois, ils ont besoin de l'arabo-islamique parce qu'ils veulent  continuer à dominer ce peuple. Ils ne veulent pas que ce peuple  comprenne parce qu'ils savent que la conscience est une chose qui va
 loin. Si la conscience s'éveille, elle aboutira nécessairement à la  perte de leur pouvoir. Mais la conscience à s'éveiller, ça y est, c'est  parti.*
 
 *T.Y : Vous êtes peut-être optimiste.*
 
 *K.Y : C'est sûr que c'est parti.*
 
 *T.Y : La méconnaissance de l'histoire, c'est une méconnaissance de soi,  vous voulez dire ?*
 
 *K.Y : C'est un complexe d'infériorité.*
 
 *T.Y : Il est peut-être difficile de voir les choses en face ?*
 
 *K.Y : justement dans ce sens.*
 
 *T.Y : votre /Nedjma/, c'est à la fois le pays, l'histoire, la  conscience. En arabe /Nedjma/, c'est le nom d'une femme. Dans le même  ordre idée, on peut dire que l'histoire est aussi niée. Comme on a  oubliée aussi le rôle des femmes pendant la guerre. Ils nient  l'existence des femmes comme êtres humains. Il y a par conséquent, à mon  anis, ce refus de voir les femmes chez nous telles qu'elles sont. Le  refus de reconnaître les femmes participe aussi de ce refus de soi. On  ne peut pas bâtir une société, une nation sans l'autre qui est aussi une  partie de soi ; comment amputer une partie de soi ? Comment amputer ce
 pays de ce qui le fait ? Ça revient comme vous le disiez tout à l'heure  à le nier et à se nier soi-même par la même occasion.*
 
 *K.Y : Qu'est-ce qui est  à la base de ça ? Pourquoi en sommes-nous là ?  Comment a commencé le malheur ? Il a commencé par les invasions  étrangères et ça a été une suite d'invasions étrangères.*
 
            *Les Romains. Commerçons par là, car c'est une période  relativement connue. N'oublions  pas qu'à un certain moment l'Algérie a  été dite romaine. Combien  de temps les Romains sont-ils restés ?*
 
 *T.Y : Cinq siècles.*
 
 *K.Y : L'Algérie  romaine. L'Algérie chrétienne, on en a parlé.*
 
            *On a présenté saint Augustin comme un Algérien et moi, j'ai  eu la terrible surprise, après l'indépendance, de voir des personnages  officiels faire des conférences à / Souk-A hras// / sur saint Augustin. *
 
 *T.Y : Et alors ! Est-ce une surprise agréable ou désagréable ?*
 
 *K.Y : Moi, j'ai ressenti ça comme un crachat. Pour moi, saint   Augustin, c'est Massu parce qu'il a massacré les donatistes, ceux qui  étaient des chrétiens sincères. Ils avaient pris position pour les
 insurges et les ouvriers agricoles qui se battaient contre la  latifundia, contre les colons romains, exactement comme nous ontre les  français. Saint augustin a appelé à la répression et la répression
été  atroce. Ça a été des massacres.*
 
 *           Fêter saint augustin, qu'est-ce que cela veut dire ?  Pourquoi ? Parce qu'il est né en Algérie. Dans ce cas-là, Camus aussi  est né en Algérie. Et beaucoup de gouverneurs généraux.*
 
 *T.Y : Vous pensez toujours la même chose ? Dans tout les pays du monde,
 il n'a pas que les bons, les purs, les courageux qui sont les citoyens.*
 
 *K.Y : Bien sûr. Mais, pour moi, c'est un ennemi et c'est tout.*
 
 *            **Il faut rejeter ça avec la plus grande énergie. Bien sûr  qu'il ne suffit pas de naître en Algérie pour être un Algérien, surtout  si on travaillé contre son histoire, contre ceux qui l'étaient vraiment.*
 
 *T.Y : À vous entendre, il y aurait encore de nombreux saints augustin  aujourd'hui.*
 
 *K.Y : Et l'aliénation vient de la religion encore une fois. De la même  manière, quand on présente la kahéna comme une juive, qu'est-ce que cela  veut dire ? Ça, c'est une invention des arabes.*
 
 *T.Y : Ce serait donc d'après vous une reconstruction d'après la  dominante, des vainqueurs ?*
 
 *K.Y : Oui, parce que pour les arabes et pour les musulmans, être juif,  c'est être le diable. C'est une manière de lui coller une autre  religion. Et de toute façon, elle n'est pas entrée dans l'histoire comme
 ça. Si elle était rentrée dans l'histoire comme juive, ça se saurait. La  Kahéna n'est pas entrée dans l'histoire parce qu'elle lutté pour le  judaïsme, à ma connaissance, non. Elle est entrée dans l'histoire
comme  nationaliste.*
 
 *T.Y : Lutter pour une religion peut être aussi une forme de  nationalisme. Pour ceux qui ont la fois, c'est déterminant.*

 *K.Y : Il faut réfuter ça énergiquement. C'est pour ça que je suis  contre les mythes. Il y a l'histoire quand même.*
 
 *T.Y : De toute façon, il faut aussi admettre que ce peuple avant  l'islam a connu les religions qui étaient là.*

 *K.Y : Mais ces religions on toujours joué un rôle néfaste. Il faut s'y  opposer avec la dernière énergie. On les voit maintenant à l'oeuvre. On  les voit en Israël, en Palestine, on les voit partout. Ces trois  religions monothéistes font le malheur de l'humanité. Ce sont des  facteurs d'aliénation profonde. Voyez le Liban. ça se passe devant nous.  Regardez le rôle des chrétiens, des musulmans et des juifs. Il n'y  pas  besoin de dessin. Ces religions sont profondément néfastes et le malheur  de nos peuples vient de là. Le malheur de l'Algérie a commencé là. Nous  avons parlé des Romains et des chrétiens, maintenant parlons de la
 relation arabo-islamique la plus longue, la plus dure, la plus difficile  à combattre.*
 
 *T.Y : Parce qu'elle est constitutive de la culture du peuple ?*
 
 *K.Y : C'est dur de lutter contre une telle couche d'aliénation. Pendant  ces treize siècles, on a arabisé le pays, mais on a en même temps écrasé  tamazight forcément. Ça va ensemble. L'arabisation ne peut jamais être  autre chose que l'écrasement de tamazight. L'arabisation, c'est imposer  à un peuple une langue qui n'est pas la sienne et donc combattre la  sienne, la tuer.*
 
 *           **Comme les français quand ils interdisaient aux écoliers  Algériens de parler l'arabe ou tamazight parce qu'ils  voulaient faire  l'Algérie Française. L'Algérie arabo-islamique, c'est une Algérie contre  elle. C'est une Algérie imposée par les armes parce que l'islam ne se  fait pas avec des bonbons et des roses. Il s'est fait dans les larmes et  le sang, il s'est fait par l'écrasement, par la violence, par le mépris,  par la haine, par les pires abjections que puissent supporter un peuple.  On voit le résultat.*
 
 *            **Quand on prend Ibn Khaldoun, pourquoi on n'a jamais fait  une édition populaire de Ibn Khaldoun ? Je vous propose ça maintenant.  Prenez L'histoire des berbères, faites une édition populaire de Ibn  Khaldoun. On me dit que c'est dur, etc. Il y a des pages lumineuses sur  l'histoire. Tenez, par exemple quand on dit que ce peuple a apostasie  douze fois. Ça prouve bien que la pilule n'est jamais passée.*
 
 *T.Y : Il y a eu le phénomène des / Bergwata/ qui est une prise de  conscience manifeste de ce que certains ont appelé une forme de  nationalisme nord-africain. Mais vous ne pouvez pas dire que  ces faits
 culturels islamiques, et par voie de conséquences arabes ne sont  pas  assimilés par le peuple. Ils sont partie intégrante---que vous le  vouliez ou non---de la culture algérienne et du Maghreb.*
 
 *K.Y : Je ne suis pas d'accord. Les gens croient parce qu'ils n'ont rien  d'autre. il y a beaucoup de choses à dire. Nous sommes pris dans un  océan de mensonges. Nous avons un fil pour retrouver la vérité, il y a
 des siècles de mensonges et Ibn Khaldoun, c'est très important parce  qu'il était en plein arabo-islamique, mais il avait l'esprit scientifique.*
 
 *T.Y : Il voyait la réalité telle qu'elle était.*
 
 *K.Y : pour nous c'est une source extraordinaire. Il la répandre. Il  faut qu'Ibn Khaldoun, L'histoire des berbères s'enseigne.*
 
*          C'est elle qui nous concerne le plus. C'est ça son oeuvre  fondamentale. Quand on lit ça, on peut arriver aux autres questions aussi.*
 
 *T.Y : Pouvez vous nous en dire plus ?*
 
 *K.Y : On peut arriver aux femmes. Comment se fait-il que ce
peuple ait
 été dirigé par une femme. Et puis attention ! Ce peuple, ce
n'était pas
 seulement l'Algérie.*
 
 *T.Y : C'est normal puisque l'Algérie, la Tunisie, le Maroc sont des  créations récentes.*
 
 *K.Y : C'était l'Afrique du nord. Une Afrique du Nord bien plus large  que celle qu'on nous apprend parce qu'elle allait de la Libye jusqu'à  l'Afrique. Le Maghreb---lui-même---est trop restrictif. C'est africain  qu'il faut se dire. Nous sommes Africains. Tamazight, c'est  une langue  africaine :la cuisine, l'artisanat, la danse, la chanson, le mode de  vie, tout nous montre que nous sommes africains.  Le Maghreb arabe et  tout ça, c'est des inventions, de l'idiologie, et c'est fait pour nous   détourner de l'afrique. A tel point qu'il y a maintenant une forme de  racisme. D'ailleurs moi, j'ai découvert, avec vraiment beaucoup  d'étonnement ici---ce qu'on appelle le Bureau arabe de travail où l'on  organise des séminaires---cette partie de l'Afrique. Un jour, j'ai  entendu la musique des malienne, j'étais bouleversé d'ignorer ça. C'est  honteux. Et pourtant avec le Mali nous sommes sur le même palier. Il y a  le Niger, le Mali, l'Afrique. Là aussi on voit l'arabo-islamique
sous sa  forme maghrébine nous occulter l'Afrique, occulter notre dimension  réelle, profonde. C'est ce qui est important.*
 
 *T.Y : Revenons un peu aux femmes, voulez-vous ?*
 
 *K.Y : En ce qui concerne la femme, comment se fait-il que ce pays, ce  sous-continent, ait pu être dirigé par une femme, comment se fait-il que  la femme en soit là aujourd'hui ? Ce n'est pas difficile, c'est
 l'arabo-islamique qui a abouti à l'asservissement et à la dégradation de  la femme chez nous.*
 
 *T.Y : Je crois que ce n'est pas aussi clair que vous le dites. Les  raisons sont hélas multiples et les problèmes complexes.*
 
 *K.Y : C'est très clair. Je ne vois d'autre source que celle-là. Je n'en  vois pas d'autres. Au nom de quoi ? Comment se fait-il qu'un peuple qui  a été dirigé par une femme puisse aujourd'hui être ce qu'il est ?
Je  connais une femme qui veut divorcer parce que son mari a pris une  seconde femme et qu'il veut la lui imposer chez elle. Elle va demander  le divorce. Or jamais le procureur n'a voulu la recevoir.*
 
 *          J'ai vu une fois de mes propres yeux, ici, au / Clos  Salembier/, une femme sauvagement battue, en pleine rue, à coups de  pieds dans le ventre, devant tout le monde, à midi. Personne n'a bougé.
 Pourquoi ?*
 
 *          Parce qu'elle lui appartient, c'est sa femme. Il en fait ce  qu'il veut. On ne pourrait jamais voir ça dans aucun pays du monde. Ici  on appelle ça « être un homme » ! Est-ce que ça fait partie de ce
que  nous sommes réellement ?*
 
 *T.Y : Je ne crois pas, mais peut-être qu'il faut prendre la
question
 autrement : la misère, l'inculture, le passé colonial, la perte de ses  racines, etc., tout ça contribue à travestir la culture.*
 
 *K.Y : ça, c'est l'apport de l'arabo-islamique. C'est ça la fameuse /  redjla/, le culte de la virilité, le culte de la force.*
 
 *T.Y : Mais ce culte de la virilité existe aussi ailleurs.*
 
 *K.Y : On pourrait trouver d'autre exemple : le fait d'assimiler le  travail à la prostitution et beaucoup d'autre choses qui se passent chez  nous qui montrent bien comment l'arabo-islamique devient la chaîne
qu'il  faut briser :il est ce  qui corrompt tout, ce qui souille tout.  Evidement les gens maintenant, le socialisme n'as plus la même force  chez nous  les pouvoirs publics ne s'en réclament pas. Ils ont
besoin  pour exister de lutter contre les forces de progrès. Ces forces  nationales et populaires peuvent être représentées grosso modo par les  syndicats, les ouvriers et les kabyles, les Chaouis, les Imazighens,
 voilà les deux ennemis du pouvoir. Puisque ces deux forces  à l'heure  actuelle on veut les combattre, eh bien ! Il ne reste plus qu'à  s'appuyer sur l'arabo-islamique. C'est ce qu'on a fait, même si le  pouvoir, à l'heure actuelle, craint que les démagogues religieux ne lui  prennent le pouvoir. En définitive, le véritable ennemi, c'est nous. Et  ça, c'est une logique à laquelle personne ne peut échapper  parce que ce
 pouvoir a peur de deux forces : il a peur du mouvement national et il a  peur du mouvement ouvrier. Il a peur qu'il y ait un éveil réel dans les  montagnes. Il a peur  d'un deuxième Tizi-ouzou mais à l'échelle
 algérienne. Devant les difficultés économiques et évidemment les  inévitables conflits sociaux qui se profilent à l'horizon, il a peur des  syndicats, des ouvriers. A ce moment-là le pouvoir est condamné à
faire  le jeu de ses ennemis. Il est condamné à se diviser en forces  antagonistes, s'arracher le pouvoir et c'est comme ça qu'on voit le  mouvement intégriste attaquer des écoles de police. C'est comme ça qu'on  voit dans les rues des quêtes pour les mosquées, c'est ainsi qu'on voit  des privés construire des mosquées, et le pouvoir renchérir, à son tour,  en construisant des mosquées et les privés de renchérir à leur tour, ça  devient aveuglant mais il y aura tôt ou tard un  phénomène de rejet. Ce  peuple a subi bien des assauts de forces qui se croyaient plus grandes  et qui apparemment étaient invincibles, mais il n'y avait rien à faire.  Le peuple reste lui-même, car les forces sont là.*
 
 *T.Y : pour ce qui est de Tizi-Ouzou. Avant d'arriver à Tizi-Ouzou,  voulez-vous dire comment vous avez pris conscience pour la première fois  du fait cultuel berbère ?*
 *K.Y : C'est quand j'avais neuf ou dix ans. Nous sommes partis du pays  Chaoui, c'est-à-dire par l'est puisque les arabes sont arrivés par l'est  (ils sont arrivés plutôt chez nous), l'est est arabisé plutôt
aussi. A  Sedrata, où j'ai passé ma petite enfance, je n'entendais pas parler  tamazight. On le parle (plus loin) mais pas à Sedrata. Ce que je savais  sur les kabyles, quand j'étais petit, c'était plutôt péjoratif. Le
 kabyle c'était presque un juif, c'était un étranger, quelqu'un pas comme  nous. On ne le percevait pas comme ça. Il y avait même des mots pour les  désigner. Tenez :*
 */Leqbayel, leqbayel/*
 
 */Tous, tous/*
 
 */Lgemla ged lfellus/*
 
 *T.Y : Qu'est-ce que ça veut dire ?*
 
 *K.Y : / Les kabyles/*
 
 */         Tous, tous/*
 
 */         Le pou gros comme le poussin/*
 
 *C'est vraiment péjoratif et pourtant c'est des Chaouis qui disent ça.  C'est des Imazighen eux-mêmes qui disent ça. ça  peut s'expliquer de  mille manières.*
 
 *T.Y : Comment l'expliquer-vous ?*
 
 *K.Y : Il faut le comprendre. Ce qu'on sait des Kabyles là-bas.*
 
 *T.Y : On leur reproche d'être paysans, frustes, un peu sauvages.*
 
 *K.Y : Non, souvent c'est des bourgeois. A Sedrata, il y avait un nommé  / Azouaou/, c'est une grande ligne d'autocars. Donc ça suscite des  jalousies. Les Kabyles qu'on voyait là-bas ce sont des Kabyles qui
ont  réussi. Il  y avait une espèce d'animosité bâtie sur l'ignorance. Je  suis parti  avec cette enfance-là.*
 
 *T.Y : Quand les avez-vous perçus autrement ?*
 
 *K.Y : Plus tard, mon père étant /oukil/, il était muté très souvent. On  l'a envoyé à Sétif. Près de Sétif vers Bougaâ, en Kabylie. Là aussi,  c'est un peu arabisé, on ne parle plus tamazight. On arrive au village.  Je me souviens, ma mère a vécu ça comme un exil. Elle est éloignée de sa  famille. Allez chez les Kabyles, là-bas, c'est un peu dur.*
 
 *          Il n'y a pas de fontaine à la maison. Il y avait une fontaine  publique. Une jeune fille nous amenait de l'eau. Elle ne parlait  que  tamazight. Elle vient et dit à ma mère :*
 
 */A d-awigh  aman smmat /ou quelque chose comme ça.*
 
 *T.Y : Oui. Je vais apporter de l'eau fraîche.*
 
 *K.Y : Mais non. Ma mère a compris /samet/ (saumâtre, fade).*
 
 *T.Y : À Bougaâ le d avec emphase se prononce t avec emphase, bien
sur.*
 
 *K.Y : Quand mon père est rentré, ma mère lui dit : « Tu vois, tu m'as  emmenée en exil dans ce pays. Il y a une fille qui m'a proposé de l'eau  fade, saumâtre... » Mais, heureusement, mon père parlait bien la
langue  et il parlait même l'hébreu. Il avait un don pour les langues. Il lui a  expliqué. Pour moi, ça a été une espèce de coup de foudre. J'ai  découvert mon vrai peuple. J'ai découvert la générosité, la beauté  aussi. Tout ce que nous sommes.*
 
 *T.Y : Vous avez vécu dans un village Kabyle. Est-ce que ce n'est pas ça  qui vous a mené vers le marxisme ? Vous avez été sans doute marqué par  cette espèce d'égalité apparente, mais trompeuse, qu'il y avait.*
 
 *K.Y : ça change tout alors, car  dans les villages des montagnes,  c'était un peu une forme d'égalitarisme « primitif » mais qui cachait de  grandes inégalités sociales. Le berger, le forgeron, le boucher n'oint
 pas le même statut que le paysan.*
 
 *K.Y : La démocratie peut-être pas, surtout la générosité.*
 
 *T.Y : La solidarité ?*
 
 *K.Y : La générosité, c'est-à-dire que c'était un bon peuple ; Mais mon  père était aussi très généreux, c'était un peu l'avocat des pauvres.  Très souvent, il ne faisait pas payer ses clients. Chez nous, par
 exemple, à la période de /lekhhrif/ (automne).*
 
 *T.Y : Vous receviez des corbeilles de figues ?*
 
 *K.Y : On n'arrivait pas à rentrer à la maison, c'était plein de guêpes.  On était envahi de fruits. Tous les fruits de la Kabylie atterrissaient  à la maison, des produits de la chasse (perdrix...). Mon père lui-même
 aimait beaucoup les Kabyles et puis lui-même était Chaoui. On l'appelait  d'ailleurs le Chaoui. J'ai commencé à comprendre mais je ne peux dire  que j'ai tout compris. En tout cas, je sentais que l'Algérie,
c'était ça  et pas autre chose, par la suite j'ai mieux compris.*
 
 *T.Y : A quelle période ?*
 
 *K.Y : Surtout dans l'émigration, comme par hasard à chaque fois que les  gens me soutenaient, c'était toujours des Kabyles ou des Chaouis.*
 
 *T.Y : Pouvez-nous nous relater un des moments?*
 
 *K.Y : Quand je suis arrivé à Paris, j'avais un peu d'argent, mais je  l'ai tout de suite dépensé. Un matin, je me suis retrouvé sans un sou,  je devais quitter l'hôtel. Je ne savais pas quoi faire. J'ai rencontré  un copain qui sortait de prison. J'étais catastrophé. Il me dit : ne  t'en fais pas, il y a des compatriotes ici. Les Algériens de ce temps-là  se connaissaient tous entre eux. Ils étaient regroupés presque par  quartier. Les gens de la Petite Kabylie, c'était le XIII^e 
C'était rue  du Château des Rentiers. C'était quelqu'un de l'Etoile Nord-africaine,  un vieux militant, analphabète, tuberculeux, vivant avec une femme de  l'ancienne France, aristocrate qu'il appelait Madame Jeanne. Elle était  très cultivée. Elle était paralytique.*
 
 *          C'était formidable. Ils avaient un café dans une espèce de  cave. C'était le refuge de tous les Algériens en Europe : les chômeurs,  les malades, les tuberculeux.*
 *T.Y : C'est une rue qui porte bien son nom.*
 
 *K.Y : C'était au n° 213. En ce temps-là, il y avait beaucoup de  bistrots algériens. La plupart, c'était des kabyles. C'étaient les plus  pauvres qu'on retrouvait dans l'émigration. Petit à petit avec la  chanson et tout ça, je commençai à me sentir bien parmi eux ; Je suis  devenu l'écrivain public.*
 
 *T.Y : Il s'appelait comment le marie de Mme Jeanne ?*
 
 *K.Y : Slimane. C'était pathétique. Il avait plus de soixante ans. Il   m'a pris chez lui, c'était très pauvre, on mangeait des pois chiches  sans viande, etc. Il n'empêche que tous les jours, il me payait un   paquet de Gauloises, mes journaux. Il était assoiffé d'informations de  politique, de  nouvelles du pays. Et, comme il a vu que je m'intéressais  à la politique, nos intérêts convergeaient. Il se serait ruiné rien que  pour m'acheter des journaux. En retour, je sentais aussi ça, j'écrivais  des lettres, je leur lisais les journaux et puis, petit à petit, on  s'était organisé pour le front. A l'époque, c'était le parti communiste  algérien qui voulait créer le Front national démocratique (une des  préfigurations du F.L.N.). Un jour j'ai décidé de faire un meeting
et  les nationalistes (les messalistes) me sont tombés dessus à coups de
 bâtons. Bref, l'expérience a mal tourné, mais à ce moment-là l'ai vu  ceux qui avaient eu maille à partir avec le parti parce qu'ils étaient  berbéristes. Il y avait un grand du parti (qui était dans le Nord et de
 l'Est de la France) qui s'est jeté dans la Seine après l'indépendance.  Il y avait beaucoup de choses : plus ça allait, plus je commençais à  comprendre. Une des choses les plus terribles, c'est que le vieux,
je ne  l'ai plus revu par la suite. J'ai quitté la France, je suis venu en  Algérie ; Quand je suis reparti en France, la cave n'existait plus, j'ai  retrouvé Slimane garçon de café dans un autre truc du XX^e  : il
m'a  était tout tremblant.*
 
 *T.Y : Il vous a reconnu?*
 
 *K.Y : Bien sûr, c'est terrible. Quand on rencontre des gens comme ça,  on voit où est l'Algérie. Evidemment, après l'indépendance, je voyais ce  problème et naturellement comment le poser. J'ai pensé à le poser au  théâtre puisque je voyais que dans la chanson il y avait un très fort  mouvement. C'était au temps où il y avait Idir (/A bab inou ba/). C'est  là que j'ai compris le rôle de la chanson en Algérie. En
tamazight,
 c'était frappant, c'est dans cette langue-là qu'il y avait un très fort  mouvement. Ce n'est pas un hasard, je connais bien ça. Et puis je voyais  à Alger. Qu'est-ce que c'est Alger ? C'est la kabylie. C'est la
 différence avec l'Aurès a la même sensibilité, mais seulement l'Aurès  est loin d'Alger. Ici, si quelque chose se passe en Kabylie, une demi  heure apres, une heure après, tout Alger l'apprend.*
 *T.Y : C'est-à-dire que l'Aurès n'a pas investi de façon systématique  les grandes villes de l'Est.*
 
 *K.Y : oui, même si c'est des grandes villes, ce n'est pas la capitale  et puis c'est plus loin. L'Aurès de Annaba, c'est loin et même de  Guelma. Mais ici, la montagne est à coté, si quelque chose se passe ici
 les montagnards une heure après sont là. Ça, c'est une force. C'est  ainsi, avec ma troupe, j'ai pris contact avec les étudiants et j'ai  compris que ce problème devait être posé. Ainsi, pour le XX^e  anniversaire de la Révolution, on a fait /la guerre de deux mille ans/.
 On a mis l'histoire de la /kahéna/ au théâtre. On l'a traduite en  tamazight. Il y a eu même une expérience en tamazight de /Mohamed prend  ta valise/ et qui a été jouée avec le plus grand succès à Tunis. Il faut
 reconnaître que c'est mon séjour au Vietnam qui m'a renforcé dans cette  idée. En revenant du Vietnam (en 70), je suis allé en Syrie et en plein  Damas. Pourquoi ? Les Kabyles, les vrais compagnons de Abdel Kader, c eux  qui l'ont suivi dans l'exil jusqu'à la mort, ils sont là-bas. Ce sont  les femmes, les vielles femmes qui ont sauvegardé la langue et c'est  comme ça qu'on continue à parler tamazight à Damas. Toutes ces choses se  retrouvent.*
 
 *T.Y : Des Kabyles, c'est à croire qu'on les retrouve partout : en  Tunisie, (émigrés au siècle dernier), au Maroc, depuis l'entrée des  Turco Ottomans et ensuite des Français, en Syrie, et même en
 Nouvelle-calédonie.*
 
 *K.Y : Une autre fois, je revenais de Bulgarie. Dans l'avion, au retour,  l'avion s'arrêtait à Alger mais il allait aussi au maroc. J'étai assis à  coté d'un Marocain. On a commencé à parler, on a parlé de Tizi-Ouzou. Il
 m'a dit qu'au Maroc Tizi-Ouzou avait été un v rai coup de tonnerre. Ça a  beaucoup frappé le peuple, le fait que le peuple algérien ait bougé pour  sa langue. Là-bas, c'est la langue par excellence, surtout dans
les  montagnes : le Rif.*
 
 *          J'ai appris très récemment qu'à Toulouse il y a une forte  activité en tamazight. Ils ont fait salle comble dans un théâtre. Un  type m'a dit que là-bas il y avait des Algériens, des Marocains. Et même
 des libyens. Tous ça c'est très prometteur. Maintenant c'est à nous de  concrétiser cette force, de lui donner une expression, de la rendre  évidente pour tous. Ça ne fait que commencer. De toute façon nous,
ce  n'est pas le pouvoir qui nous intéresse, c'est plutôt la conscience, la  prise de conscience de tout un peuple. Que faire du pouvoir si on ne  sais pas où on doit aller et qu'est-ce qu'on doit faire ? Et que
 sommes-nous exactement ? Il faut expliquer inlassablement les choses,  les mettre au clair. Tout en sachant que ça durera certainement  longtemps, car c'est une lutte de longue haleine et les choses
vont  certainement plus vite qu'on ne le croit. Il faut aussi compter avec les  erreurs de nos ennemis. Rappelez-vous ce qui a été à l'origine de  Tizi-Ouzou, c'est cette balourdise incroyable d'un /ouali /qui ose
 interdire une conférence sur la poésie ancienne des Kabyles. C'est les  erreurs de ennemis qu'il faut comptabiliser. Quand on fait des bêtises  comme ça, nos ennemis parfois nous donnent de l'espoir. Oui, ils
ne  manquent pas de faire des bêtises, d'humilier les gens, de manifester  leur mépris, leur ignorance, leurs préjugés et c'est ça qui va préparer  le terrain à la prise de conscience, puisqu'ils  continuent. Ils
sont  condamnés à commettre toujours les même erreurs.*
 
 *T.Y : Vous croyez ?*  : Ah oui ! Les choses vont beaucoup plus vite à notre époque  qu'autrefois. Il faut apprendre à manier les armes que nous avons. Il y  a des armes comme le magnétophone.*
 
 *T.Y : La caméra, la vidéo.*
 
 *K.Y : La révolution a été beaucoup aidée par le transistor, la radio.  etc.* *Puisque nous avons ces armes entre les mais, il faut s'en servir.*
 
                                                                    
                                                  
 Tassadit Yacine

 


 

Date:  Mon, 1 May 2006 19:04:59 +0200 (CEST)

De:  Aziz Gouali

 À:  amazigh-net@yahoogroups.com

Objet:  RE: [Amazigh-Net] Re: Amechras qui devient Mecht aras

 

 

 

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