Le président du Congres Mondial Amazigh, organisation sensée défendre
les intérêts des Berbères de part le monde s’est récemment rendu à
Tripoli où il a rencontré le colonel Kadhafi. Belqacem Lounes, le
président du CMA, se félicite même (lire
ici) du succès de cette entrevue au cours de laquelle le président
libyen se serait engagé à défendre et promouvoir les droits culturels
et linguistiques des Imazighen. A priori, ceci serait donc une bonne
nouvelle.
Les berbérophones sont l’une des cibles de ce
régime qui n’admet pas que l’arabité de la Libye soit remise en cause.
Cependant, nous sommes dans l’obligation de remarquer que Kadhafi ne
s’est officiellement engagé à rien de concret dans le domaine de la
promotion de l’amazighité. Comme à son habitude, il s’est contenté de
grandes déclarations et de formules à l’emporte pièce sur la
fraternité africaine. Comment croire à sa bonne volonté alors qu’il
n’a pas émis le moindre début de regret, de remords ou d’excuse pour
la répression féroce qu’il a fait s’abattre sur les Imazighen de Libye
depuis son accession au pouvoir ? Comment compte-t-il aider
l’amazighité sans dénoncer au préalable le régime d’apartheid
anti-Berbère qu’il a lui même instauré ? Pire, Kadhafi a ajouté devant
le président du CMA qu’il pensait jusqu’à maintenant que c’étaient les
Berbères qui étaient racistes vis-à-vis des Arabes ! Le comble !
Autant de questions auquel M. Belqacem Lounes n’apporte pas de
réponses et qui jettent une certaine équivoque sur sa visite en Libye.
Comment peut-on se mettre à table et discuter tranquillement avec des
personnes qui ont fait torturer et tuer des personnes, simplement
parce qu’elles voulaient parler la langue originelle de l’Afrique du
Nord ? Comment peut-on s’attabler avec un chef d’état girouette, qui
est en fonction de ses humeurs, arabiste puis anti-arabe, africaniste,
puis anti-africain et qui après avoir torturé et décimé les
populations berbères de son pays, se prétend maintenant « amazir » ?
Rappelons qu’aujourd’hui encore en Libye toute opposition ou toute
voix tentant d’exprimer des points de vue différents de ceux dictés
par le régime de Kadhafi sont réprimées. Les berbérophones sont l’une
des cibles de ce régime qui n’admet pas que l’arabité de la Libye soit
remise en cause. Ainsi, les Berbères qui refusent l’assimilation et
qui tiennent à leur langue et à leur culture se trouvent
quotidiennement menacés par le régime libyen.
En Libye, le peuple berbère, est considéré par
Kadhafi comme étant une atteinte au nationalisme arabe
Concernant les Berbères et leurs droits linguistiques, culturels,
Kadhafi affirme que "les Berbères sont des Arabes
venus du Yémen avant l’Islam. L’essentiel des mots qu’ils utilisent
ressemble à l’arabe. Leur dialecte est minoritaire. Le problème
berbère existe dans d’autres pays mais pas en Libye..." il estime
que "les Berbères font partie de la société libyenne,
arabe et musulmane, et sont entièrement assimilés et intégrés...".
Ils s’interrogent, par ailleurs,
"sur les visées
politiques racistes et raciales des questions relatives aux
Berbères...".
Club De dictateurs Nord-Afric

Kadhafi et ses amis dictateurs amazighophobes, Bouteflika
et Ben Ali
Aussi lorsque nous constatons que certains vont congratuler des
monarques ou des chefs d’état qui ont tout fait pour réduire à néant
la population berbère de leurs contrées, nous sommes en droit de nous
poser des questions.
A-t-on le droit d’occulter tout ce qui a été fait par Kadhafi ?
Faut-il passer sous silence la répression et la torture ainsi que les
exécutions sommaires et le terrorisme d’Etat qui sont des pratiques
courantes de ce dictateur ?
La Libye est complètement fermée au monde extérieur, et les
informations en sortent difficilement, personne ne peut obtenir les
chiffres exacts des exactions commises, à l’encontre des berbères, par
Kadhafi depuis sa prise de pouvoir. Lorsque l’on tente de contempler
l’histoire récente du régime de Kadhafi, on se rend compte que ce
n’est que de justesse que le peuple berbère de Libye a pu échapper au
carnage culturel historique et linguistique mené contre lui par ce
régime ubuesque qui a pratiqué l’apartheid à leur égard.
Libye : Meurtres de Berbères en série
L’absurde est d’aller serrer les mains d’un dictateur encore pleines
du sang d’innocentes victimes sans avoir le courage d’évoquer devant
lui la souffrance occasionnée aux familles de ces pauvres innocents.
Il semble que le CMA fasse dans l’absurde en allant visiter avec une
certaine complaisance les royaumes (Maroc) et les états (Libye) qui
font tout pour voir disparaître les peuples qu’il est supposé
défendre.
Pour illustrer la difficile vie que mènent les Berbères en Libye, nous
donnerons quelques exemples de répressions subies par les populations.
Ces faits sont tirés du rapport remis ce mois-ci par l’association
Tamazgha aux Nations Unies et intitulé
Les Berbères en
Libye.
- Durant les années 1970, Ali Yaya Maa Mar, un berbère de confession
ibadhite, écrivain a été assassiné dans des conditions mystérieuses.
Ses positions et notamment l’un de ses livres "Les Ibadhites au marges
de l’Histoire" (en 3 volumes) semblent gêner le régime libyen qui a
recours à l’élimination physique pour faire taire des voix libres.
- Durant la même période, années 1970, Dr. Omar Nami, Professeur à
l’Université de Tripoli, berbère originaire de Nefoussa, fut assassiné
dans les mêmes conditions qu’Ali Yahia Maamar. Parmi les ouvrages
qu’il avait écrit "La culture en Libye" ; dans cet ouvrage il a traité
de la culture berbère (poésie, chant, ...) et de l’ibadhisme.
- En 1977 “sont condamnés au nom de la Hizbya (appartenance à des
partis politiques) un nombre indéterminé de personnes arrêtés à partir
de 1973 sans que qu’on sache exactement à quelle peine.” (Bessis, p.
158). En avril 1980 “28 intellectuels sont arrêtés et traduits devant
la Cour criminelle en vertu de la loi sur la Hizbiya...” (Bessis, p.
169). La Libye ne reconnaît pas les pluralismes politiques et
syndicaux.
- Fin 1978, une exposition de peinture à Zouara a été saccagée par le
Comité révolutionnaire local.
- En février 1979 : tentative d’assassinat de l’avocat et poète
berbérophone opposant, Saïd El Mahroug, dit Sifaw. En effet, victime
d’un accident grave de circulation que l’on ne peut attribuer qu’aux
services du régime libyen, Saïd El Mahroug a été handicapé à vie.
Malgré tous les soins dont il avait bénéficié à l’étranger, il meurt
en 1994 à Djerba en Tunisie.
- En 1980 : arrestation de berbérophones accusés de création de parti
politique d’opposition. Cette arrestation est survenue suite aux
évènements du Printemps Berbère en Kabylie dont l’écho s’est propagé
dans toutes les régions berbérophones à travers l’Afrique du Nord.
- En 1982 : les étudiantes du Lycée de Zouara, toutes berbérophones,
ont été réprimées parce qu’elles avaient refusé de se rendre à une
manifestation en l’honneur de Kadhafi. S’en suivirent des arrestations
et interrogatoires sous la torture.
- Avril 1984 : arrestation de Berbères suite à une manifestation à
Zouara et à Jadou.
- 16 avril 1984 : pendaison d’étudiants berbérophones dans le campus
universitaire de Tripoli.
- Le 10 juin 1985, fut assassiné Ferhat Ammar Hleb. Il a été pendu sur
la place publique dans sa ville natale, Zouara. Ce jeune berbère
venait de terminer ses études aux Etats Unis d’Amérique et il est
connu pour ses positions favorables à la cause berbère. Le régime
libyen l’accuse d’avoir des contacts avec des opposants libyens aux
États-unis et le condamne à a pendaison.
- Avril 1986 : certains militants berbères venus assister aux
festivités du Printemps berbère à Tizi-Ouzou en Kabylie (Algérie),
furent interceptés aux frontières libyennes et depuis disparus et
leurs familles n’en ont eu aucune nouvelle à ce jour.
- Les militants berbères, comme tous les opposants, sont poursuivis
jusque dans l’exil où ils se font assassinés par les agents des
services secrets du régime libyen. Ainsi, le 26 juin 1987 fut
assassiné à Rome (Italie) Youssef Salah Kherbiche, un berbère
originaire de Nefoussa.
Alors, un ami de la cause amazighe le colonel Kadhafi ? Les tombes
anonymes où ont été ensevelies à la hâte les trop nombreuses victimes
berbères de ce cruel dictateur sont largement suffisantes pour
répondre par la négative.