Qu’on le veuille ou pas, la majorité de ces islamistes frénétiques qui
ont commis ces actes ignobles, à côté de certains impliqués dans le 11
septembre tels el Moussaoui et El Mossadeq, sont effectivement tous
des marocains. Des jeunes qui ont certainement subi une certaine
« éducation arabo-islamiste » et qui se sont retrouvés au cœur des
commandos à la solde du terrorisme international.
L’Etat marocain, sans aucun doute en est responsable, soit directement
soit indirectement. Pourquoi ? Plutôt, posons cette autre question :
comment se fait-il que des jeunes marocains dont l’avenir est
intimement lié à l’Europe deviennent des mercenaires à la solde de la
nébuleuse wahabite d’Al Qaida, portant inéluctablement préjudice aux 3
millions de marocains qui assurent leur vie à l’étranger ?
Comment se fait-il que d’un pays qui vit du tourisme, réputé pour son
hospitalité, le Maroc, se transforme en un pays exportateur de
terroristes ?
Une des réponses à ce paradoxe réside étrangement dans une des
révélations de la police hollandaise selon laquelle des groupes
proches à Al Qaîda cherchaient à recruter des jeunes « issus de
l’immigration qui vivraient une « CRISE IDENTITAIRE ». Une autre
enquête a révélé aussi que les imams marocains, envoyés par le
gouvernement marocain, contribuent à propager l’idéologie de
« l’islamisme politique ». De même, le gouvernement français a pris
conscience que des associations islamistes dirigées par des marocains
tel l’ UOIF se radicalisent, qui au lieu d’inviter à leurs causeries
religieuses des théologiens nord-africains, connus par leur sens de
tolérance et d’ouverture, comme le cas du kabyle Mohammed Arkoun,
préfèrent les discours incendiaires des imams du proche orient qui ne
cessent de faire de l’apologie de la violence à travers la chaîne d’Aljazera,
tel un Qardaoui ! (Voir le journal 4/12/2004).
Pourquoi ce suivisme à l’aveuglette des idéologies islamistes du
Machrek ? Une autre question qui nous vient à l’esprit c’est comment
se fait-il que les grandes figures de l’islamisme marocain sont tous
des berbères ? Nommons les : l’Islam dit « modéré » représenté par le
PJD dont le secrétaire général est le soussi Saadine El Othmani,
l’Islam dit « radical » d’Al Adl Wal Ihssan , personnifié par le
soussi Abdesslam Yacine et l’Islam violent dit « jihadiste »,
symbolisé par le rifain El Fizazi.
C’est vrai que le wahhabisme saoudien a pris en quelque sorte le pas
sur le malékisme religieux au Maroc et cela avec la complicité notoire
de l’ancien ministre des affaires religieuses, M. Alaoui M’Daghri, qui
ne cache pas sa fierté d’avoir gagné la confiance des islamistes (voir
Tel Quel du 13/11/2004), et qui a permis que le champ religieux
marocain soit bombardé par des livres, des cassettes, des vidéos et
des CD de ce wahhabisme qui menace actuellement tous les pays
musulmans en premier lieu. Et quant à l’actuel ministre au poste de
ces affaires, encore un berbère, M. Ahmed Tawfiq, n’a encore pris
aucune mesure tangible afin de débarrasser le Maroc de cette
propagande meurtrière, que n’importe qui peut écouter en prenant un
taxi !
Sûrement M. Mdaghri n’a fait que perpétuer la tradition de la dynastie
alaouite qui a de tout temps essayé d’imposer à la lettre la loi
islamique, la chariâa, au peuple autochtone de ce pays que sont les
imazighen, au détriment de leur propre droit coutumier, dit azerf.
C’est tout à fait normal que des amazighs deviennent des islamistes
parce que l’Etat marocain, depuis son accession à l’indépendance
formelle, n’a fait que créer des crises d’identité aux citoyens
amazighs, à travers un système éducative formulé par des salafistes du
« mouvement national » et du parti de l’Istiqlal et qui se base sur
l’idéologie arabo-islamique dont « la politique d’arabisation » est sa
pierre angulaire. Et cela afin d’imposer à tous les Marocains une
identité de « substitution » qui les rattachent plus au Proche-Orient
qu’à leur propre réalité !
Ces jeunes islamistes marocains, poseurs de bombe, ne sont en fait que
le produit des échecs successifs de cette politique d’éducation
nationale d’arabisation, imposée aux marocains depuis plus de 40 ans.
La dite politique a été même exportée au sein des enfants issus de
l’immigration, qui au lieu de leur enseigner leur langue maternelle (à
savoir les parlers amazighs et le darija) à côté de la langue du pays
d’accueil dans le but de leur faciliter leur intégration
interculturelle, les oblige à apprendre « l’arabe classique » qui ne
fait que leur compliquer leur intégration au sein des écoles
européennes. Et cela en dépit des recommandations des psychologues et
des pédagogues qui insistent sur l’application de la politique de l’ELCO
(Enseignement en Langue et Culture d’Origine). De cette manière, le
premier ministre marocain, Driss Jettou, un amazigh, et la ministre
chargé des RME (Résidents Marocains à l’Etranger) oublient qu’ils
contribuent à fabriquer des « déracinés » au sein même de
l’immigration, ce qui pousse les jeunes à tomber automatiquement soit
dans la délinquance (70% des prisonniers aux Pays Bas sont d’origine
marocaine !), soit dans l’extrémisme religieux.
Oui, j’insiste à le dire, l’Etat marocain est responsable directement
de cette dérive extrémiste des jeunes parce que l’école marocaine (à
part de transmettre de l’ignorance théologique selon l’expression de
Mr. Arkoun) ne fait que déraciner les imazighen et les transformer en
des proies faciles aux idéologies importées. Si dans les années
soixante-dix leur « reconstruction identitaire » se faisait en faveur
de l’arabisme gauchiste, aujourd’hui, la dite reconstruction
artificielle de l’identité collective se fait directement en faveur de
l’islamisme politique, et le financement des pétrodollars saoudiens et
koweïtiens aidant.
Les deux facteurs les plus essentiels sur lesquels repose l’identité
des imazighen sont la langue et l’histoire, et les deux sont
bizarrement exclus de l’école marocaine. A propos de l’histoire par
exemple, on enseigne dans les écoles marocaines celle de la péninsule
arabique au lieu de sa propre histoire : les quatre siècles de
présence romaine, la préhistoire amazigh qui s’étale au delà de la
découverte de la première écriture dans toute l’Afrique, à savoir le
tifinagh, cette aventure néolithique riche en peintures rupestres
datant de 10.000 ans, cette préhistoire des lointains aïeuls dont les
restes osseux dépassent des centaines de milliers d’années...n’ont pas
droit de cité dans les manuels scolaires.
C’est pour cela que « les islamistes marocains » croient fermement
qu’avant l’arrivée de l’Islam en Afrique du Nord, leurs ancêtres
étaient des « sauvages » et que le sort de leurs femmes était
similaire à celui réservé aux femmes en Arabie. C’est ainsi que les
jeunes amazighs « islamisés politiquement » ignorent carrément qu’au
temps de la Jahidia, si les Arabes enterraient des filles vivantes,
chez nous, les femmes tenaient les rênes du pouvoir telle Tin Hinan ou
de grandes résistantes comme Kahina, par exemple qui aux côtés de
Koceila, ont repoussés les diverses tentatives d’invasions arabes au
VII siècle !
Si cette école marocaine, médiévaliste et réactionnaire, avait
inculqué aux jeunes les vrais valeurs berbères, on n’aurait vu des
marocains salir leurs mains avec du sang d’innocents travailleurs
espagnols ! Par la simple raison que les valeurs et institutions
amazighs bannissent toute sorte de violence et dans ces valeurs, la
vie de l’être humain est la plus sacrée. A Tamazgha, l’interprétation
religieuse a dû s’adapter aux valeurs et aux croyances autochtones.
Par exemple, dans le droit coutumier où il n’existe pas la peine de
mort, lorsque quelqu’un commettait un assassinat, la sentence la plus
affligeante à laquelle il se trouvait condamné c’était l’exil en
dehors de sa tribu natale ! Un autre exemple que l’histoire officielle
véhiculée par l’école marocaine est l’ignorance catégorique de neuf
siècles de présence amazigh en Espagne, depuis la conquête de rifain
Tarik Ziad en 711 jusqu’à l’expulsion des derniers maures de Grenade
en 1610, et où les Imazighen sont arrivés, à côté d’autres peuples et
en premier lieu les ibères, à former une civilisation andalouse qui a
produit de grand savants comme Averroès. Les enseignements
philosophiques de ce dernier ont permis aux européens de s’inspirer
des principes de la laïcité, qui leur a permis de se libérer du joug
religieux, et par conséquent de décoller économiquement !
L’école marocaine falsifie l’histoire et ignore que le peuple amazigh
se gérait par un droit séculaire et laïque. On oublie facilement que
lorsque les militants amazighs revendiquent la dite laïcité ; ils ne
la font pas pour copier l’Occident ils le font en s’inspirant de leurs
traditions. Au fond, comme l’a expliqué l’un des spécialistes de
l’islamisme marocain, Mr. Mohamed Darif, dans un de ses articles
écrits dans la « Gazette du Maroc », le conflit perpétuel entre le
« bled el Makhzen » et le « bled Siba » n’était en fait qu’un conflit
entre deux visions différentes de la société marocaine. Il y avait
d’un côté le Makhzen qui essayait d’imposer la loi islamique (comme
essaient de le faire les actuels islamistes) et les tribus amazighs
qui voulaient garder leur azerf. Actuellement, l’Etat marocain se
vante beaucoup d’avoir réussi à modifier le statut de la femme dit ‘Al
Moudawana’, mais il oublie étrangement que le fait de partage des
biens en cas de divorce existait déjà (et en plus perdure encore dans
certaines tribus du Souss) dans son droit coutumier, connu sous le nom
de tamazzalt !
Ainsi, l’école marocaine, au lieu de former des citoyens fiers de leur
passé, de leur histoire, de leurs institutions tribales démocratiques
tel « agraw » que l’éminent sociologue Pierre Bourdieu avait qualifié
de « démocratie de base », eh ben cette école produit des aliénés, de
« faux -arabes ,selon l’expression des machrékins » ou des « citoyens
arabes de seconde zone », avec de profonds complexes d’infériorité qui
les prédisposent à se réfugier préférentiellement dans la religion !
L’Etat marocain est responsable de la production des terroristes qui
ont menacé -et qui menacent toujours- sa propre stabilité comme en
témoigne les attentats de Casablanca de 16 Mai. Son système éducatif
condamne toute une jeunesse à subir un enseignement rétrograde, loin
de sa réalité sociale et linguistico-culturelle, basé sur un
endoctrinement idéologique, conséquent de cette politique
d’arabisation à outrance, qui ne fait malheureusement qu’engendrer de
jeunes diplômés chômeurs désespérés, proies faciles des idéologies
extrémistes, qui les prédisposent à digérer toute une littérature
incendiaire de haine importée de la péninsule arabique, à suivre
aveuglement leurs chaînes paraboliques où l’apologie de la violence et
de la haine est de mise tout le temps ! Qu’en est-il des fils des
dirigeants qui gravitent hypocritement autour du palais et des cercles
makhzéniens, fervents défenseurs de l’arabo-islamisme ? Eux, ils ont
bien pris le soin de mettre leurs enfants à l’abri de leur « école
nationale », par le simple fait qu’ils leurs réservent un enseignement
moderne et européen dans les écoles et missions occidentales,
installées au Maroc ! Quelle hypocrisie !
Par contre ceux et celles qui ont pu avoir la chance d’éviter l’école,
leur permettant de vivre et de maintenir et de vivre tranquillement
leur identité ancestrale, en habitant les zones rurales et
montagnardes sans aucune infrastructure, viennent d’être attrapés à
leur âge adulte par cette nouvelle « compagne de lutte contre
l’analphabétisme ».
Avec des fonds colossaux mis à la disposition de l’Etat marocain par
la Banque Mondiale et l’Union Européenne, les autorités marocaines se
vantent de combattre ce grand fléau qu’est l’analphabétisme (créée de
passage par sa propre école inadaptée et déplacée à la réalité
historique du pays) en utilisant pour cette finalité même des
mosquées ! Ainsi, des femmes amazighes de ces lointaines contrées qui
ne connaissaient pas le voile, commencent à le mettre et à le
substituer à leurs beaux et colorés foulards ! De cette manière, on
voit que les sages leçons de Paolo Freire et les pertinents conseils
de l’Unesco de recommander l’utilisation de la LANGUE MATERNELLE
deviennent du papier mouillé pour les responsables marocains. Ainsi,
le ministre de l’Education Nationale, Habib El Malki, descendant des
Arabes hilaliens, au lieu de réussir la promotion de l’enseignement de
la langue amazighe, s’obstine à appliquer les consignes de la COSEF
que préside l’un des conseillers du roi les plus influents, l’amazigh
des Ait Bouzaggou de Taourirt, Mr. Mezian Belfqih. Les dites consignes
stipulent l’utilisation de la langue amazighe au sein de
l’enseignement primaire dans le seul but d’aider à l’apprentissage de
la langue arabe classique, la langue de l’Etat !
En définitive, si les Etats Européens, qui sont exposés à la menace
terroriste islamiste de la part de jeunes marocains, convertis en
mercenaires de certains arabes proche-orientaux, veulent vraiment
combattre cet islamisme politique, ils n’ont qu’à interpeller l’Etat
marocain et l’obliger à changer sa politique d’éducation nationale. Il
faut rappeler que le Maroc ne se maintient pas économiquement par du
pétrole ; il survit grâce aux fonds financiers dont il bénéficie suite
à l’accord d’Association avec l’Union Européenne et surtout grâce aux
innombrables transferts d’argents d’immigrés amazighs installés
définitivement dans les différents pays européens (Espagne, France,
Allemagne, Belgique, Pays Bas, Italie...).
Les Etat européens possèdent la clé pour combattre ce fléau en aidant
le Maroc à procéder à se réconcilier une fois pour toute avec sa vraie
identité qui est l’amazighité, et autour de laquelle gravitent les
apports culturels de la civilisation subsaharienne, juive,
phénicienne, romaine et européenne. L’Etat marocain devrait entamer
une rupture salutaire avec le Machrek, comme le lui demande instamment
le mouvement amazigh, et par la suite procéder à la réforme en
profondeur de son système éducatif, en généralisant l’intégration de
sa langue originelle tamazight, en ressuscitant l’authentique histoire
de son peuple méditerranéen dont l ‘histoire est plus proche des
peuples européens que des peuples de la péninsule arabique.
Si l’Etat marocain voulait vraiment réformer son actuelle école, il
n’a qu’à suivre la formidable expérience des medersat.com, les écoles
de la fondation BMCE, qui à partir de la première année du primaire,
intègre un enseignement moderne novateur, trilingue (tamazight, arabe
et français), accompagné de l’outil informatique. Ceci ne peut aboutir
qu’à la formation de jeunes intègres, ouverts, cultivés responsables
et démocrates, immunisés de toute dérive idéologique extrémiste, qu’il
soit arabiste, islamiste et même amazighiste ! Il faut se remettre à
l’évidence une fois pour toute que le Maroc n’est pas un pays
« arabe ». En paraphrasant le professeur Mohamed Chafiq : « le Maroc
n’est pas arabe, et ne peut le devenir ni par la force ni par la
ruse ». Alors, qu’il vive pleinement son amazighité !
Rachid RAHA
Editeur de journal « LE MONDE
AMAZIGH » et ancien président du Congrès Mondial Amazigh..
posté le 05:02:2005