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               - Amazigh Tu Redeviendras  

                

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Amazigh tu redeviendras

 

         sommaire page:

                                             Amazigh tu redeviendras
                                             2 -   Le reveil berbere
                                             3 -    Pas de Chromosomes Cananéens Chez Imazighen !

Tamazight négligée!

Tamazight a besoin de toutes ses filles et fils meme de ceux qui ont ete arabisés


Par: Nora Aït Atta (Imteghren)

Tamazight comment sensibiliser
ceux qui t’ont délaissée?
ces enfants affectueusement façonnés
sont-ils conscients qu’eux seuls sont chargés
de te revitaliser, te dynamiser?
de permettre à leur progéniture d’aborder
leur destin avec sérénité.
Apprendre à mieux te connaître
c’est pouvoir mieux te transmettre.
Cet espoir qui anime mon coeur
la perspective d’un avenir meilleur.
Tamazight, ceux qui te font honneur
sont ceux qui freinent ce processus engagé
ceux qui empêchent nos valeurs de se détériorer
avec eux je continuerai à affirmer
la profondeur de notre spécificité
te moderniser... notre priorité
car comme tu le sais
culture et développement ne sauraient être séparés.

 

source:  tawiza.net   No 102  oct. 2005

 

 

- 1 - " Amazigh tu redeviendras. "

 

 

Ahmed R. Benchemsi, correspondant au Maroc
Jeune Afrique / L'Intelligent, n° 2102-2103 - du 24 avril au 7 mai 2001

                À la "question berbère", il y a deux réponses autorisées le mépris et l’anathème. Selon l’humeur des officiels bien-pensants, les militants berbéristes sont soit " les pathétiques défenseurs d’une cause marginale et perdue d’avance ", soit " des serpents inoculant le venin de la discorde dans le cœur des enfants de ce pays ". Ce qui est d’ailleurs contradictoire : si la cause est vraiment éculée, elle ne devrait pas constituer un facteur de discorde. Il n’empêche. Même de mauvaise foi, ces arguments permettent aux autorités Marocaines d’éviter le sujet de la berbérité. Il ne saurait y avoir qu’une seule vérité, inscrite dans la loi fondamentale du royaume : le Maroc est "arabe".

              Peut-être, mais pas les Marocains. Pas tous, du moins, puisqu’une partie d’entre eux se revendique Amazigh. Il ne s’agit pas là d’ethnicité. Chacun sait que " l’ascendance pure " est une chimère, dont la poursuite peut, effectivement, se révéler dangereuse pour la stabilité d’un pays. C’est pourquoi on préfère dire que le Maroc est partagé entre arabophones et berbérophones. Dans quelles proportions ? Secret d’État !

              Du reste, le clivage n’est pas aussi net qu’on peut le penser. La darija, marocain dialectal et " vraie " langue du pays, par opposition à l’arabe classique, est un parfait équilibre linguistique entre arabe et berbère, avec même quelques touches de français et d’espagnol, voire, dans le parler néo-urbain de Casablanca et des grandes villes... d’anglais !

                Officiellement, le berbère, ou tamazight, n’est pas considéré au Maroc comme une langue, mais comme un ramassis de " dialectes ". Ce qui est absurde : un " dialecte " est forcément dérivé d’une langue et, en l’occurrence, il ne s’agit pas de l’arabe. " Autorisés " par Hassan II au milieu des années quatre-vingt-dix en réponse à l’agitation des milieux berbéristes, les trois bulletins d’information " en dialectes " de la première chaîne (le tarifit, le tamazight et le tachelhit) constituent, pour les berbérophones, une énorme farce. C’est comme si, en France, on présentait un JT avec l’accent marseillais, un autre avec l’accent parisien et un troisième avec l’accent alsacien... en les présentant comme des " dialectes " dans le but de démontrer que le français n’est pas une langue unifiée. La mystification va encore plus loin. Dans les manuels d’histoire, on enseigne la maxime suivante aux petits Marocains : " Les premiers habitants du Maroc sont les Berbères. Ils sont venus du Yémen et de Syrie, en passant par l’Éthiopie et l’Égypte. " Ibn Khaldoun (mort en 1406), père de la sociologie, écrivait il y a déjà six siècles dans son Histoire des Berbères : " L’opinion qui les fait émigrer de Syrie [...] est tellement insoutenable qu’elle mérite d’être rangée au nombre des fables. " Pourquoi affirmer, en dépit de toute logique, que les Berbères viennent de la péninsule arabique ? Sans doute pour suggérer qu’ils sont d’origine arabe... ce qui justifie a posteriori la conquête arabe de la Berbérie menée au VIIIe siècle par Oqba Ibn Nafaâ !

               Lhistoire officielle du Maroc donne de cette conquête une version idyllique : l’armée islamique venue d’Arabie porter le message du Prophète aurait été accueillie pacifiquement par des peuplades quasi primitives. Quelque temps plus tard, ces " bons sauvages " auraient été subjugués par un chérif (descendant du Prophète) venu d’Arabie et nommé Moulay Idriss. Celui-ci, déclaré sultan, aurait fondé le Maroc. " Supercherie ! "dénoncent les lettrés. " Que l’on cesse de faire ânonner à nos enfants, s’insurge l’académicien Mohamed Chafik, la fable du Maroc inventé, créé de toutes pièces, voici seulement deux douze siècles, par un homme, un seul, dans un désert vide de toute humanité, de toute intelligence et de tout sens politique ! " Les historiens sont formels : le trône de Maurétanie a été fondé au IIIe siècle avant J.-C. par le souverain berbère Baga. Or Maurétanie n’est que le mot grec pour " extrême Occident ", ce qui a été traduit plus tard en arabe par " El-Maghrib El-Aqsa " - en abrégé, Maghrib, ou Maroc. Et Oqba, onze siècles plus tard, n’a pas été accueilli avec des fleurs, loin s’en faut. Il a dû, au contraire, batailler pendant des décennies pour - comme tous les conquérants - s’accaparer les richesses du pays, et, accessoirement, imposer l’islam. L’arrivée d’Oqba, puis celle de Moulay Idriss, est le début d’un très long processus d’arabisation, sous couvert d’islamisation. L’arabe devient peu à peu la langue dominante parce que langue du Coran. Mais pas forcément celle du pouvoir. L’histoire officielle du Maroc oublie volontiers de préciser, par exemple, que Tariq Ibn Ziyad, conquérant de l’Andalousie, était un Berbère du Rif. Comme elle s’abstient de rappeler que les dynasties almoravide et almohade (XIe et XIIe siècles), sous l’empire desquelles le Maroc s’étendait de l’Espagne jusqu’au fleuve Sénégal, étaient berbères.

              C’est à partir de la dynastie mérinide (fin du XIIe-XIIIe siècles) que la langue arabe s’impose à nouveau dans les cercles du pouvoir. Et que la siba (" dissidence ", attitude observée de tout temps par les tribus marocaines réfractaires au Makhzen - pouvoir central) devient un phénomène essentiellement berbère. Les dynasties suivantes considèrent les Berbères avec suspicion, et le fossé entre ceux-ci et les Arabes a commencé à se creuser. Puis s’est élargi au fil du temps… jusqu’à l’irruption de la France. Ayant achevé son œuvre de " pacification ", puis d’élimination des dernières poches de siba, le protectorat français, en partant, offre à la dynastie alaouite un cadeau inestimable : un Maroc uni sous sa houlette. Or les Alaouites se revendiquent arabes, sans hésiter. Pourtant, les mères de nombreux rois alaouites (dont Mohammed VI) sont issues de tribus berbères…

     Parmi les cadres du mouvement national, et surtout les activistes de l’armée de libération, il y avait aussi beaucoup de Berbères. Pendant la lutte contre les Français, ils avaient mis leur revendication identitaire de côté, pensant naturellement que le Maroc libre serait bilingue et biculturel. Mauvais calcul. Eux-mêmes seront certes intégrés parmi l’élite (militaire, puis, progressivement, civile) de la jeune nation. Mais pas leur langue, ni leur identité.

           Très tôt, la diversité culturelle est perçue par le pouvoir comme un ferment de division. Elle est, à ce titre, fermement combattue. Avec l’aide de chantres de l’arabité comme Allal El-Fassi, figure historique du parti de l’Istiqlal, la monarchie va imposer l’arabe comme seule langue légitime (et constitutionnelle) du royaume indépendant. Administration, justice, écoles, hôpitaux, médias... n’en n’échappera au rouleau compresseur de l’arabisation. Dans le but, officiellement, de faire pièce au français - mais personne n’ose imaginer que le berbère puisse aussi constituer un substitut à la langue de l’ex-occupant honni. Quelques voix isolées le suggèrent, mais elles sont vites dispersées par le souffle ardent du panarabisme des années soixante et soixante-dix. Comme l’écrit Mohamed Chafik, " en regard du redoutable arsenal de mythes valorisateurs au service de l’arabisme, les gesticulations de la berbérité ne font pas le poids ". Elles sont même carrément écrasées, au point que l’État civil refuse souvent d’octroyer des prénoms berbères aux nouveau-nés. Dans un autre domaine, on refuse à l’art berbère le droit d’évoluer. Un chorégraphe a ainsi été violemment décrié, avant d’être contraint à l’exil. Son crime : avoir tenté de " dénaturer " la danse berbère traditionnelle ahidouss. Celle-ci ne saurait sortir des limites " acceptables " du folklore. Malgré ce que les plus enflammés qualifient d’ " ethnocide programmé par l’arabisme triomphant ", il y aura une renaissance berbère. Discrète, progressive, mais réelle. Son vecteur : le " cheval de Troie académique " dont, juste retour des choses, la France avait semé les graines. Pendant le protectorat, en effet, l’université française, qui considérait le tamazight comme une langue orientale (sic !) à part entière, avait sanctifié la culture et l’histoire berbères en faisant un objet d’études scientifiques. À partir des années soixante, les études berbères explosent. En quinze ans, une trentaine de thèses en histoire, en littérature et en linguistique berbères sont publiées, et les travaux de maîtrise et de troisième cycle consacrés au sujet se comptent par centaines. Les auteurs, de retour au Maroc en qualité de professeurs, deviennent les fers de lance de l’émancipation berbère naissante.

            La monarchie ne tarde pas à réagir. En 1982, une dizaine d’universitaires et de cadres berbères sont emprisonnés pendant un mois. Dans une revue qu’ils venaient de créer, ils avaient affirmé que le berbère était une langue, au même titre que l’arabe. L’auteur de cette intolérable assertion passe un an derrière les barreaux, après avoir refusé de demander grâce à Hassan II. L’événement ne fait cependant pas trop de vagues ; nous sommes encore dans les " années de plomb ", et le mouvement est, de surcroît, très émietté. Un embryon d’unification s’ébauche en 1991, quand six associations se regroupent pour rédiger une plate-forme revendicative dite " charte amazighe " ? Mais cela ne va guère plus loin. Trois ans plus tard, les associations se sont multipliées et ont gagné en influence. La tentative d’union est rééditée par la création du Conseil de coordination des associations amazighes au Maroc. Mais la " montée d’adrénaline " ne survient que lorsque, la même année, plusieurs manifestants sont arrêtés et condamnés parce qu’ils brandissaient, à l’occasion du 1er mai, une banderole en tifinagh (alphabet libyque). On craint, cette fois, l’explosion, mais elle est évitée par la médiation des associations. Hassan II lâche tout de même du lest en libérant les prisonniers, en promettant que le berbère sera bientôt enseigné dans les écoles (promesse demeurée à ce jour lettre morte) et en autorisant les fameux flashs télé " en dialectes ".

         Après la mort de Hassan II, la question berbère reprend de la vigueur, et les militants berbéristes de l’assurance. Le 1er mars 2000, un grand pas est franchi : un " manifeste berbère ", fruit de deux ans de débats intenses, est signé par 229 personnes, parmi la fine, fleur des intellectuels berbérophones Marocains (voir ci-dessous). Outre celle du rédacteur du manifeste Mohamed Chafik, grand lettré, académicien du royaume et doyen du mouvement berbère, on retrouve les signatures d’Abdelhamid Zemmouri, ancien ministre et signataire du manifeste de l’indépendance, Driss Benzekri, figure du mouvement des droits de l’homme au Maroc, Ahmed Adghirni, avocat, essayiste et directeur d’un journal berbérophone. Au-delà de son contenu, ce document constitue la plate-forme d’un mouvement naissant dont l’audience potentielle est énorme. Le 12 mai 2000, un noyau de 150 personnes se réunit à Bouznika, petite cité balnéaire près de Rabat, et élit dans ses rangs un " comité du manifeste berbère ". Les quinze personnes qui le constituent se sont partagées le territoire marocain en trois zones, avant d’entreprendre une tournée d’explication. Objectif avoué : lancer un mouvement. Sept réunions sur le thème " Amazighité et politique " ont déjà eu lieu à Agadir, Nador, Meknès, El-Hoceima, Errachidia, Marrakech... et à Gouda, aux Pays-Bas, où des résidents en Europe parmi les signataires du manifeste étaient présents.

Des débats - parfois houleux - se sont ensuivis. Mais si les théories les plus diverses ont été entendues, certaines plutôt de gauche, d’autres un zeste islamisantes, le cœur du sujet est demeuré l’amazighité et les moyens de la promouvoir sur le terrain politique. De nouvelles réunions sont prévues, aux quatre coins du royaume, avant la réunion d’intégration finale prévue du 22 au 24 juin 2001, de nouveau à Bouznika. On attend cinq cents " représentants de régions " et une plate-forme politique et organisationnelle. Cela semble fort au congrès constitutif d’un parti politique. Est-ce le but poursuivi ? Les avis sont partagés. Certains le préconisent, d’autres proposent une sorte de " front national amazigh ", association à caractère politique qui s’investirait dans le lobbying tous azimuts.

         Ce qui est certain, comme le pose le manifeste, c’est que " les associations culturelles n’arrivent plus à endiguer le mécontentement des Berbères ". Il est donc temps de " passer au politique ". Ce qui risque d’inquiéter le pouvoir. Jusqu’à présent, les intentions de Mohammed VI concernant la question berbère sont restées insondables. Mais les chantres de l’arabité, qui se recrutent notamment au parti de l’Istiqlal et à l’USFP (socialiste), n’attendront pas de signal du Palais pour démarrer les violentes incantations habituelles.

Plus le mouvement berbère gagnera en ampleur, plus il y a de chances que ses adversaires pan-arabes agitent le spectre de la discorde. Ils auraient tort. Car la postface du document, judicieusement intitulée " pour prévenir toute interprétation tendancieuse du présent manifeste ", déclare ainsi clairement : " Avec nos compatriotes marocains qui se veulent fiers de leur arabité, comme nous nous voulions fiers de notre amazighité, nous considérons constituer une seule entité et appartenir à une même identité ".

            Voilà en quoi ce manifeste est innovateur, voire révolutionnaire. il propose aux Marocains une identité unique qui ne soit plus d’emprunt, qui ne doive rien à une quelconque conquête extérieure : l’amazighité - envisagée non pas en tant qu’appartenance ethnique, mais en tant que culture, la culture originelle de ce pays, creuset dans lequel se sont amalgamés pendant vingt-trois siècles et avec bonheur les apports arabes, grec, romain, phénicien, européen... En clair, l’ouverture sur l’amazighité ne constituerait pas un morcellement, mais bel et bien une clarification identitaire, doublée d’un enrichissement culturel. Dans sa déclinaison politique, le modèle proposé par le manifeste est encore plus attractif. Idée : " Le Makhzen, mode de pouvoir autoritaire qui a tant fait souffrir ce pays, est hérité de vieilles traditions abbassides et omeyyades, bref, arabes moyen-orientales. Il suffit d’observer que tous les régimes arabes fonctionnent sur le même modèle : autoritaire sinon dictatorial, et toujours centré sur la personne du chef. Si nous sondons nos propres traditions ancestrales, nous y trouverons des clés pour avancer plus sûrement et plus sereinement vers la démocratie ". D’après Lahcen Oulhaj, enseignant universitaire et membre du comité du manifeste, " l’amazighité en tant que culture permet de satisfaire tous les préalables philosophico-culturels à la démocratisation de notre pays ". Parmi ces préalables : la " consultation " systématique, en tant que technique d’exercice du pouvoir (la jmaâ, assemblée traditionnelle de notables sans la réunion de laquelle aucune décision ne peut être prise dans le village).

La vision berbère pour demain est celle d’un Maroc réconcilié avec lui-même, ouvert sur le monde et sur les apports de toutes les civilisations. En somme, un Maroc serein et tolérant, plutôt que tendu et divisible. Encore faut-il que le pouvoir consente à changer de paradigme. Ce qui, malheureusement, est loin d’être acquis.

 

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- 2 - Le Reveil Berbere 

L'Express du 27/06/2005
Maroc
Le réveil berbère

de notre envoyée spéciale Dominique Lagarde

Désormais reconnues par le royaume chérifien,l'identité, la langue et la culture amazighess'affichent. Dans les villages de la montagne, où lapriorité est d'abord économique et sociale, la population s'organise, à travers des associations locales de plus en plus nombreuses. La fin d'un long oubli        
                
Dans sa maison de pisé, au cœur du Haut Atlas oriental, Aghrour Moha reçoit autour d'un thé à la
menthe les amis venus lui souhaiter la bienvenue. Cela fait une petite semaine seulement qu'il a retrouvé son douar et sa famille. Il vient de passer huit années en prison et il ne comprend toujours pas pourquoi.
L'affaire remonte à 1997: une dispute entre des bergers de la tribu des Aït Hdidou, à laquelle il appartient, et un autre clan, celui des Aït Ihya, pour une histoire de pâturage. Une tente est brûlée, quelques moutons sont tués. Aghrour jure qu'il n'a rien fait. Mais, un matin, les gendarmes sont venus les chercher, lui et 13 autres hommes du village. A Er-Rachidia, la grande ville la plus proche, un juge les a condamnés à de lourdes peines de prison. Aghrour est le dernier à avoir été gracié. Maintenant qu'ils sont tous libres, ils veulent organiser une fête pour sceller, avec les Aït Ihya, la «réconciliation des tribus». Car ici, en terre amazighe (berbère), c'est depuis toujours le clan qui engendre le lien le plus fort.

          
Reportage photo

© T. Dudoit/L'Express
  27/06/2005
Maroc : le réveil berbère
Désormais reconnues par le royaume chérifien, l'identité, la langue et la culture amazighes s'affichent. Dans les villages de la montagne, où la priorité est d'abord économique et sociale, la population s'organise, à travers des associations locales de plus en plus nombreuses. La fin d'un long oubli

Nous sommes dans la région d'Imilchil, fief des Aït Hdidou. Etablis dans ces montagnes depuis le XVIIe siècle, ces Berbères d'origine saharienne étaient, autrefois, des guerriers. Tout comme, un peu plus au sud, là où commence le Sahara, la tribu cousine des Aït Merghad, rassemblée autour du vieux ksar de Goulmima et de sa palmeraie. Cette région du Maroc, où David Lean tourna Lawrence d'Arabie, sera la dernière à être soumise par les Français, lors de la bataille de Boughafer, en 1933, plus de vingt ans après la proclamation du protectorat. C'est un pays de montagnes ocres et arides, avec des oueds qui creusent des gorges étroites ou qui coulent au fond de vallées paisibles, entre peupliers et lauriers-roses, avec des canyons profonds, des douars qui ont la couleur de la terre, et des casbahs de pierres sèches.
Avec le Souss, au sud de Marrakech, et le Rif (1) au nord, l'Atlas est l'une des trois régions berbérophones du royaume chérifien. Cela fait des milliers d'années que les Imazighen («hommes libres») peuplent ces montagnes et leurs contreforts sahariens
Ils sont les premiers habitants du Maroc. Les Phéniciens - au XIIe siècle avant Jésus-Christ - et les Carthaginois - au Ve siècle avant Jésus-Christ  leur ont appris l'usage du fer, la culture de la vigne et celle de l'olivier. Sous la domination romaine, les Berbères ont donné deux papes à la chrétienté - Victor Ier, en 189, et Miltiade, en 311 - avant le grand tournant, au VIIe siècle, de la conquête arabe. Ils font alors allégeance aux Idrisides, originaires de la péninsule Arabique, et embrassent la foi musulmane.

La rencontre des Imazighen et de l'islam marque le début de l'histoire du Maroc telle qu'elle est aujourd'hui enseignée dans les écoles du royaume. Tout ce qui s'est passé avant, au temps où les Berbères n'étaient pas musulmans, est zappé… Du moins les écoliers d'aujourd'hui apprennent-ils - ce qui n'était pas le cas de leurs aînés - la saga des grands empires amazighs: les Almoravides, venus du Sahara au XIe siècle, qui fondent Marrakech avant de conquérir l'Andalousie; les Almohades, originaires du Haut Atlas, qui réussiront à s'imposer dans toute l'Afrique du Nord; les Mérinides, très tôt arabisés, qui, pour gouverner, s'appuient sur l'élite andalouse. C'est à leur époque seulement, au XIIIe siècle, que la langue arabe s'impose dans les cercles du pouvoir. Elle va s'étendre dans les plaines et dans la plupart des villes. Les montagnes, elles, restent berbérophones. Sous la coupe de chefs de guerre, elles échapperont longtemps au contrôle des sultans. Une «carte politique du Maroc» d'origine française datant de 1900 (2) l'atteste. Le pays y apparaît divisé en trois zones: le makhzen, c'est-à-dire le territoire contrôlé par le sultan, les régions «semi-indépendantes» et les zones «dissidentes». En réalité, le pays berbère, à la seule exception d'une partie du Souss.

Victimes du panarabisme
En 1956, le Maroc, nouvellement indépendant, proclame son identité arabe. Le mouvement national   notamment le parti de l'Istiqlal (dominé par la bourgeoisie fassie) - est profondément attaché au panarabisme, qui a alors le vent en poupe du golfe Persique à l'océan Atlantique. L'arabité est considérée comme un facteur d'unité, la diversité culturelle comme un ferment de division. «Au regard du redoutable arsenal de mythes valorisant l'arabisme, les gesticulations de la berbérité ne font pas le poids», commente Mohamed Chafik. Cet universitaire, auteur de nombreux ouvrages, ex-directeur du Collège royal, à Rabat, est urd'hui considéré comme le «père» du mouvement amazigh marocain.

Les Berbères du Maroc.
            
Ce n'est qu'en 1991 que la revendication berbériste émerge au Maroc. Le 5 août de cette année-là, une demi-douzaine d'associations, réunies à Agadir, rendent public un texte qui réclame la reconnaissance de la langue et de la culture amazighes. Trois ans plus tard, le 1er mai 1994, sept manifestants sont arrêtés à Goulmima pour avoir défilé avec des banderoles rédigées en tifinagh, l'écriture des Berbères. A la fin des années 1990, le climat change Démocratie et droits de l'homme s'installent au cœur du débat politique. Le mouvement berbériste se greffe sur cette évolution. «La revendication identitaire amazighe s'inscrit dans la revendication démocratique, elle est partie prenante au mouvement pour les droits de l'homme», souligne Driss Khrouz, directeur  berbère - de la Bibliothèque nationale, à Rabat. Les animateurs du mouvement amazigh mettent volontiers en avant les traditions de leur culture, qui, selon eux, rendraient les Imazighen plus accessibles aux valeurs de la démocratie, voire de la laïcité: le rôle des conseils de notables, un certain égalitarisme historiquement lié aux nécessités de la transhumance…
«Notre mouvement est porteur des valeurs de tolérance de nos ancêtres», affirme ainsi l'universitaire Meryam Demnati.

Mars 2000: après deux années de débats, des intellectuels réunis sous la houlette de Mohamed Chafik publient un «manifeste berbère». Le texte,signé par plus de 200 personnalités, est un véritable cahier de doléances. Il demande à la fois la réhabilitation de la langue, de la culture et de l'identité berbères, la refonte de l'enseignement de l'histoire, la mise en place de fonctionnaires berbérophones dans les administrations en contact avec le public, une politique de développement régional… Il est remis au porte-parole de Mohammed VI, Hassan Aourid, lui-même d'origine berbère. La question amazighe entre au Palais.       

Empires et royaumes disparus

1030: début de la dynastie des Almoravides.
1062: fondation de Marrakech.
1121: début du mouvement des Almohades.
1147: la dynastie des Almohades succède à celle des Almoravides.
1163: les Almohades unifient le Maghreb.
1269: chute de l'Empire almohade.
1298: les Mérinides assiègent Tlemcen.
 

 Le tamazight enseigné à l'école

Le roi nomme une commission - composée de Mohamed Chafik, de Hassan Aourid, de l'historien Abdelwahab Ben Mansour, du directeur du cabinet royal, Rochdi Chraïbi, et d'un conseiller du souverain, Meziane Belfikh - chargée d'y réfléchir. Le 17 octobre 2001, il signe le dahir (décret) qui donne naissance à l'Institut royal de la culture amazighe (Ircam)». Le Palais reconnaît désormais que l'identité du royaume est plurielle et que la berbérité y a sa part. L'Ircam est à la fois une institution universitaire et une instance consultative chargée de conseiller le souverain sur tout ce qui concerne l'identité berbère. Un caractère hybride critiqué par certains universitaires et que défend son recteur, Ahmed Boukouss. «Notre rôle politique, dit-il, nous donne une visibilité, un poids que nous n'aurions pas si nous étions une simple institution académique.»
Priorité de l'Ircam aujourd'hui: accompagner la mise en place de l'enseignement du tamazight à l'école. Les premières classes ont été ouvertes à la rentrée 2003 dans un peu plus de 300 écoles. Sur le papier, en 2010, tous les élèves du cycle primaire du royaume devraient avoir trois heures de cours par semaine. Un objectif ambitieux qui ne sera pas atteint car le programme, ces deux dernières années, a pris du retard. L'Ircam accuse le ministère de l'Education et certaines académies de faire preuve de mauvaise  volonté - sept membres du conseil d'administration de l'institut ont démissionné en février dernier pour manifester leur mauvaise humeur - tandis que les  autorités gouvernementales invoquent des difficultés techniques qui auraient été largement sous-estimées. Il faut dire qu'avant même de rédiger les manuels il a fallu choisir l'écriture. La bataille a été rude. Les uns, notamment un courant berbériste issu de la mouvance islamiste, plaidaient pour les caractères arabes; les autres, militants d'associations laïcisantes, pour la graphie latine. C'est finalement une troisième voie qui a été retenue par le conseil d'administration de l'Ircam, appelé à trancher ce débat: les écoliers marocains apprendront à écrire en tifinagh, l'écriture des Imazighen depuis les origines. Un compromis très politique, en faveur duquel Mohamed Chafik, à l'époque recteur de l'Ircam, a pesé de tout son poids, mais qui demeure très contesté.

Le financement des expatriés
Aujourd'hui, les associations amazighes veulent que la monarchie aille plus loin: elles demandent la reconnaissance officielle de la langue berbère dans la Constitution. En faisant valoir que 10 millions de Marocains, soit près 40% de la population du pays, sont berbérophones. En attendant, la berbérité s'affiche. Les festivals de musique ou de poésie amazighes attirent les foules.

Dans le monde des affaires, une nouvelle génération émerge. «La berbérité a davantage de visibilité, constate le politologue Mohamed Tozy. On ose maintenant lire le paysage économique ou politique en ces termes.» «Il y a beaucoup moins de complexes qu'avant», confirme Aziz Akhannouch, président de la région Souss-Massa-Draâ et jeune patron - berbère - du groupe Akwa, dont les activités vont de la distribution d'essence et de gaz à la téléphonie mobile, en passant par l'assurance et la presse.

L'été des festivals

Festival Timitar, du 2 au 9 juillet, à Agadir.
Festival Tiwan (Liens) pour la chanson et la poésie amazighes modernes, du 15 au 17 juillet, à Midelt.
Festival des arts d'Ahidous, du 22 au 24 juillet, à Aïn Leuh, près d'Azrou.
Festival Isuraf, du 4 au 6 août, à Al-Hoceïma.
Festival des arts de l'Atlas, la première semaine d'août, à Azilal.
Festival des musiques des cimes, du 25 au 28 août, à Imilchil.
        
Les débats au sein de l'Ircam ont peu de prise sur le monde rural, qui constitue l'essentiel du pays
berbère. Mais on assiste depuis quelques années, dans ces régions, à une floraison d'associations locales de développement, dont les animateurs ne cachent pas que leur démarche est, aussi, largement identitaire. «Le  problème de l'amazighité n'a jamais été purement économique et social. L'amazighité, c'est également les routes, l'électricité, l'eau potable», souligne Mounir Kejji, militant berbériste, chercheur au centre Tarik ibn Zyad, à Rabat. «Les gens ont pris conscience qu'il ne fallait pas compter sur l'Etat et qu'ils devaient se prendre en main, ajoute-t-il. D'où l'engouement pour les associations.»

Les premières sont nées dans le Souss, à l'époque de Hassan II, en grand partie grâce à l'argent des expatriés (3). «L'‘‘Arabe du coin'' est un Chleuh [un Berbère du Souss]», dit Abdellah Bounfour, qui enseigne le berbère à Paris. Traditionnellement commerçants, les Soussis ont investi, dans nos grandes villes, épiceries et commerces de fruits et légumes Ayant acquis une certaine aisance financière, ils ont cherché à aider leurs villages. D'où le foisonnement d'associations. Electrification, construction d'ouvrages hydrauliques, de pistes, de routes, de dispensaires… les initiatives villageoises, souvent financées par l'immigration, se sont multipliées
A cette époque, la monarchie se désintéressait du développement des campagnes. Aujourd'hui, celui-ci est devenu une priorité. La démarche associative est encouragée officiellement dans toutes les régions rurales. Les assemblées traditionnelles des tribus berbères - les qalila, au niveau du clan, les comités de douar dans les villages - sont invitées à se doter d'une structure juridique pour bénéficier des appuis administratifs et pouvoir collecter des fonds.
A Anergui, commune du Haut Atlas située entre Imilchil et Azilal et qui regroupe une demi-douzaine de douars, c'est un «fonctionnaire d'autorité» - ainsi se définit Lahcen Houhemou - qui a pris, l'an dernier, l'initiative de créer l'Association Mouriq pour le développement, du nom de l'une des montagnes qui dominent le village, avec son ami Chérifi Hammou. Ce dernier, qui conduisait le 4 x 4 municipal avant qu'il tombe définitivement en panne, possède un petit gîte où il accueille des randonneurs. «Nous avons réalisé qu'il nous fallait un statut et un compte bancaire pour pouvoir recevoir leurs dons», explique Lahcen.
Les premiers fonds récoltés ont servi à acheter des médicaments, des stylos et des cahiers pour les enfants. Récemment, une demande de subvention a été adressée aux autorités de la région. En projet: la construction d'une salle de classe et l'achat d'une ambulance - l'ambassade du Japon a été sollicitée, avec le soutien de l'administration. Les deux compères aimeraient aussi pouvoir acquérir un tracteur afin d'entretenir les pistes, souvent impraticables dès qu'il pleut. Lahcen a même écrit à Jacques Chirac pour lui demander son aide. Le premier médecin à trois heures de route Il exhibe fièrement la lettre de l'Elysée qui lui suggère de s'adresser au service de la coopération de l'ambassade de France à Rabat: «Au moins, il m'a répondu!» Sa requête n'a rien d'un caprice: il faut rouler trois heures sur la caillasse pour atteindre le premier médecin. Un accouchement difficile peut, très vite, tourner au drame. Plusieurs femmes d'Anergui sont mortes en couches faute d'avoir pu être transportées à temps dans un hôpital. Celle de Chérifi a eu plus de chance: elle a mis leur enfant au monde sur la piste…

          

L'Internet berbère
quelques sites ( la liste n'est pas exhaustive )
www.tawiza.net

www.amazighworld.org
www.ircam.ma
www.souss.com
www.mondeberbere.com
www.leschleuhs.com
www.berberescope.com

etc...
Aït Iazem, au nord d'Azilal, dans le Haut Atlas central: une centaine d'hommes armés de pioches s'affairent, malgré la chaleur, autour du vieux puits de cette commune rurale. Il faut l'agrandir et préparer la pose de canalisations. Avec, dans six mois, la perspective d'avoir un château d'eau et pour chacun, enfin, des toilettes et l'eau courante. L'initiative du projet revient à l'Association Azilal pour le développement, l'environnement et la communication (Aadec), qui a incité les villageois à se doter de leur propre association et organisé un partenariat avec un organisme public, l'Agence de développement social. Celle-ci finance 80% des travaux, mais les villageois doivent prêter leurs bras et fournir ainsi, en nature, 20% du coût du projet.L'Aadec a été créée il y a cinq ans par quatre jeunes d'Azilal. Ils reconnaissent avoir profité d'un «climat favorable». Leur objectif: faire en sorte que leur région ne soit plus une «province par le pouvoir central parce qu'elle était considérée comme dissidente», explique Lhoucine Oualla, vice-président de l'Aadec, qui aimerait voir officiellement reconnue la «résistance de la montagne berbère à l'occupation coloniale». «Bien souvent, dans les douars, ajoute-t-il, les gens n'ont pas d'autres liens avec l'Etat que les taxes sur le sucre et le thé.» La province a aussi payé un lourd tribut aux années de plomb: 7 000 détenus recensés.

Un soulèvement durement réprimé C'est vrai de tout le Haut Atlas et de ses contreforts. Plus à l'est, les régions d'Imilchil, de Goulmima et de Tinghir furent, en mars 1973, le théâtre d'une ultime tentative de soulèvement contre la monarchie. A l'instigation des dirigeants de la gauche marocaine alors basés à Oran (4), plusieurs dizaines de maquisards berbères tentèrent d'installer un foyer révolutionnaire. Sans doute trahis, la plupart d'entre eux ont été tués les armes à la main. Les autorités ont alors procédé, dans toutes les localités avoisinantes, à des arrestations massives. «A l'époque, raconte Ihou Chari, un professeur de français aujourd'hui à la retraite, j'enseignais à Goulmima. Je n'étais pas impliqué dans le soulèvement. Mais j'étais membre du Syndicat national des enseignants et j'avais adhéré à l'Union nationale des forces populaires. Comme beaucoup de jeunes gens arrivés à l'âge adulte dans les années 1960, je croyais au tiers-mondisme, j'admirais Che Guevara. Cela a suffi pour qu'ils m'emmènent. Ils ont raflé tout le monde, du berger au prof d'université.» Il fut détenu pendant trois ans et demi, sans jamais
passer en jugement. Libéré, il est sommé de se taire. Jusqu'à cette année et son audition devant l'instance Equité et réconciliation, chargée d'entendre et d'indemniser les victimes des dérapages du passé.
Cette mémoire-là commence à peine à sortir des oubliettes de l'histoire officielle.

de notre envoyée spéciale Dominique Lagarde, avec
Mohammed El-Bakkali
 
Date:  Sat, 9 Jul 2005 21:35:58 -0400 (EDT)
   
To:  amazigh-net@yahoogroups.com
Subject:  [Amazigh-Net] Le magazine francais L'Express du 27/06/2005: Le réveil berbère

 

- 3 - Pas de Chromosomes Cananéens chez Imazighen! 

Un article fort intéressant est apparu dans le ''National Geographic'' du mois d'Octobre. Des études d'A.D.N. ont été faites sur des Libanais et des Tunisiens pour voir s'ils ont un ancêtre phénicien commun.
Les chromosomes phéniciens sont appelés '' M 89'' et ''M 172''. Les Chromosomes Amazighs sont appelés ''M 96''. Des échantillons de sang ont été pris dans plusieurs coins du Liban, et d'autres régions de Tunis.
Voici le résultat:
Les Chromosomes ''M89'' et M172 ont été trouvés chez la quasi-totalité de la population Libanaise. Chrétiens et Musulmans Libanais partagent ces même Chromosomes.
Concernant la Population de Tunis, moins de 20% de personnes ont les Chromosomes Phéniciens. Par contre  le Chromosome ''M96'' se trouve chez les échantillons des personnes examinées à Tunis. Selon Le ''National Geographic'', les phéniciens se mélangeaient très peu ou pas du tout avec les populations autochtones.
On sait que les phéniciens sont les descendants des Cananéens.
Selon certains idéologues arabes, les Imazighen seraient des descendants de cananéens, donc cousins des arabes. Les recherches scientifiques génétiques nous montrent que cette théorie est Fausse: Pas de Chromosomes Cananéens chez les Imazighen.
Je vous suggère de lire l'article de national géographique du mois d'octobre 2004.
(Source: http://magma.nationalgeographic.com/ngm/0410/feature2)
Nacer oukemoum   tawiza.net

 

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