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Timès : un groupe de musique amazigh
Sortie de son premier album "Tiwizi"
Le groupe amazigho-belge Timès
("Feu") vient de sortir son premier CD intitulé TIWIZI.
C’est le fruit d’un travail collectif et réussi qu’il soit du côté
musical ou du côté du choix des textes chantés. Le groupe
Timès est fondé en Belgique en 1992 par Hammou
KEMOUS, un jeune chanteur amazigh originaire du village d’Igoulmimène
au Sud-Est du Maroc. Des musiciens belges ont assuré la performance
des mélodies de cet album. John TERLENKA, Johannes Paulus THIECKE,
Ileana MORELL, Dimitri TIMBREMONT, David NUŇEZ, Luc Van LIESHOUT,
Barbara FERNANDEZ MEDINA, Evy ROTH et Osvaldo LICHTENZVEIG sont les
musiciens qui ont épaulé Hammou KEMMOUS dans la réalisation de ce
produit.
Ainsi, 11 chansons sont à apprécier dans cet album intitulé
Tiwizi accompagné d’un livret (12 pages) où sont
transcrits en tamazight et traduits en français les textes des
chansons.
La chanson intitulée Abrid est composée
musicalement d’un mélange de pop et de soukous. Les paroles, quant à
elles, alternent entre tamazight et le français qui se soutiennent
dans des mélodies bien étalées.
Aktay est une chanson imprégnée de samba ; ses
paroles à contenu mélancolique sont étayées par un rythme plutôt vif
qui pousse à la gaieté et à la danse.
La chanson Azerf amiran est marquée par une teinte
bien élaborée de blues et un chœur majestueux et libérateur. C’est un
appel à l’éveil des consciences pour un avenir meilleur.
Petits villages est la version française de la
chanson Tighermatin. Bien que le texte est un SOS
lancé aux amoureux du patrimoine humain, la mélodie, elle, s’insinue
pleine de vivacité et de plaisir. C’est une autre manière de motiver
les esprits.
Place est faite à la vie et à l’amour avec la chanson
Tayri dans un rythme sentant la salsa avec des pincées de jazz.
Les voix profondes représentent fort cette nostalgie des lieux de
souvenirs premiers éternisés par des images rappelant des moments
touchants, passés avec des êtres passionnants.
Tighermatin est un métissage réussi de slow et de
pop qui ne laissera pas l’oreille indifférente.
Tiwizi1, jouée dans un rythme caressant le rock ,
rime avec des paroles qui décrivent la résistance et la volonté qui
mènent certainement à la gloire. Les sonorités se déroulent tel le
flux de la vie ou la cadence de la jeunesse. Tiwizi2,
quant à elle, est bâtie comme ce mouvement de vagues d’océan ou ce
balancement des palmes face au vent. Bien entendu, le texte schématise
l’importance de l’union dans l’action. En effet, le chant et la
musique de cette chanson sont sublimes.
Imprégnée de jazz, la chanson Imettawen uhu est
d’un texte mélancolique bien repris par H’mmu qui en transmettra
incontestablement l’essence et l’âme. La musicalité, là, s’impose et
va droit au cœur.
Yemma est un hommage à la femme symbole de
noblesse. Baigné dans du jazz, le texte s’assure une place méritée
dans les mémoires.
Avec une voix chaude H’mmu pleure un être cher tué dans une chanson
intitulée Twareg qui est un mélange de jazz, folk
et salsa. Des passages musicaux de cette chanson rendent un vibrant
hommage aux groupe Abranis, un groupe amazigh de
Kabylie qui a marqué les années 1970.
Cet album du groupe Timès est à découvrir : il
mérite encouragements...
Omar DEROUICH
Contact - Timès : times_music@hotmail.com

Parmi les soutiens apportés au Groupe Timès,
notons celui de l’association n’mazighen en Belgique. Son président,
Chérif Hamdis, rend hommage à H’mmu Kemmous...
Kemous H’mmu fait partie de cette génération de bardes berbères.
Auteur-compositeur, poète, peintre et calligraphe, il est né au Maroc
dans la région de Goulmima. Imprégné jusqu’au fond de son âme de cette
poésie des profondeurs du terroir berbère, de la tradition transmise
oralement de génération en génération, il a été marqué à jamais par
ces chants et mélodies de nos ancêtres.
Dans ce premier CD intitulé Tiwizi, il chante la
liberté, la sagesse et la noblesse de ces rudes et fiers Berbères. Il
chante l’amour tabou que l’on n’ose pas exprimer ouvertement tant
notre société qui demeure encore fermée sur elle-même à l’image d’une
coquille d’huître. Il chante le droit à l’expression pour tout
individu et particulièrement celui de la femme berbère que l’on
continue superbement d’ignorer afin de la renvoyer au fourneau par les
tenants d’une idéologie intégriste.
Sa poésie égrène des thèmes éternels comme l’exil, l’amour, les
retrouvailles festives mais aussi l’engagement en faveur des
revendications des droits culturels et des racines berbères, des
droits de la femme amazighe réduite à l’état de mineure à vie par un
"code de la famille" érigé par des systèmes dignes du Moyen-âge. C’est
également le cri de détresse, de la révolte contre l’injustice subit
au quotidien par toutes les régions berbérophones.
Les chansons de ce CD sont en elles-mêmes un refus culturel, une
affirmation de son identité face à cet environnement oppressant,
envahissant qui essaye d’imposer la sienne en comptant sur le facteur
temps qui joue en sa faveur. Chanson ou poème, peu importe, l’un comme
l’autre libère aussi, une autre dimension qui dépasse le simple cadre
d’un couplet en rimes, c’est une mise en garde contre la destruction
socioculturelle de la société amazighe, c’est son arme de combat
pacifique et culturel pour l’éveil des consciences anesthésiées.
Chanteur et militant dans son expression, dans l’âme, bien que sur
scène il soit avant tout artiste où sa musique ne laisse personne
indifférent et ne cesse point de faire rimer au-delà des frontières.
Tel ce long fleuve tranquille qui coule le long des berges, la chanson
"Journée exceptionnelle" touchera plus d’un auditeur le plus
insensible tant la musique est belle et agréable à l’écoute.
Dans cette gamme de chants citons "le chemin" ou le message de l’exil,
un poème émouvant et noble qui pleure la liberté perdue, ce temps
révolu où la terre natale était libre et fière et où la valeur n’était
consacrée qu’au courage, dignité et honnêteté. Toutes ses valeurs
ancestrales de la nation amazighe.
"Non aux larmes" est une autre chanson de larmes qui ne sèchent pas.
Avec des paroles justes mais profondes, l’artiste se laisse aller avec
sa guitare prodigue, son unique instrument lui inspirant tout l’art
utile pour exprimer ses sentiments sur des sujets importants et
parfois brûlants. En effet, comment tant de larmes pourraient-elles
sécher devant tant de malheurs et de misères qui nous frappent et nous
accablent sans cesse. Comment dire "non aux larmes" quand le poète
nous rappelle que chaque jour qui passe emporte un peu de ce qui reste
encore de notre patrimoine et de notre identité ?
Existe-t-il seulement un espoir pour des lendemains meilleurs ?
Assurément oui ! Tant que "les petits villages" berbères, perchés sur
le haut de nos collines, résisteront à tous les assauts en tout genre
pour garder leur authenticité et préserver l’identité amazighe. C’est
seulement ainsi que Tamazight par la musique et par le verbe
triomphera.
Les auditeurs tant belges que berbères qui apprécient, de plus en
plus, le groupe TIMÈS, cet ensemble multiculturel,
découvriront avec joie ce nouveau CD.
Cherif HAMDIS
source: tamazgha.fr |