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Azul,
20 Février 2006
Le journal des Hommes
Enseignement du berbère en France L’ouverture
Dans un communiqué daté du 15 février 2006, l’Inalco rend compte de la
signature, le 14 février, d’une convention-cadre pour la mise en place
d’une préparation à l’épreuve facultative de berbère au Baccalauréat
dans les établissements du second degré "entre le ministère de l’Education
nationale, représentée par la DESCO (Direction de l’enseignement
scolaire), et l’INALCO. Dans son communiqué l’Inalco qualifie cette
initiative du ministère d’"ouverture décisive".
En effet, c’est la première fois que le ministère de l’Education
nationale prend un tel engagement en faveur de l’enseignement de la
langue berbère.
A noter que, selon les premiers éléments qui marquent cette convention,
la mise en place d’un véritable enseignement dans les établissements
scolaires sera fonction de la demande enregistrée, d’où la nécessité de
l’implication du mouvement associatif berbère qui doit assurer une
publicité de cette convention-cadre, ainsi qu’une sensibilisation des
lycéens, et notamment des parents pour que cet enseignement de la langue
berbère soit dispensé au sein de leurs établissements.
Nous reviendrons certainement sur ce dossier et allons contribuer à
faire en sorte que cette convention puisse, enfin, déclencher le
processus de mise en place d’un véritable enseignement de la langue
berbère en France.
In Tamazgha
INALCO : Communiqué du 15/02/2006
Depuis 1995, une épreuve facultative écrite de langue berbère peut être
présentée au Baccalauréat. Cette épreuve s’intègre dans un ensemble de
27 langues, ne faisant pas l’objet d’un enseignement dans les lycées,
mais qui peuvent être présentées par les candidats, en matière
supplémentaire. Ces épreuves font l’objet depuis 1995 d’une convention
entre l’Education nationale (Direction de l’Enseignement Scolaire -
Desco) et l’Inalco qui, chaque année prépare les sujets et assure la
correction des copies. Depuis leur création, le nombre de candidats en
berbère est progressivement passé de 1350 à 2200 (session 2005 du Bac)
pour toute la France.
Trois sujets sont proposés à chaque session, correspondant aux variétés
régionales du berbère les plus représentées en France : kabyle
(Algérie), chleuh (Sud du Maroc), rifain (Nord du Maroc). Les premières
années, la demande était majoritairement kabyle ; à partir de 1998, les
proportions respectives se sont progressivement modifiées au bénéfice
des dialectes marocains dont l’ensemble représente désormais environ 65
% des copies (en 2004 : chleuh = 40 %, rifain = 25 %, kabyle = 35 %)
En dehors de quelques rares initiatives locales aléatoires, dépendant de
la bonne volonté du chef d’établissement, il n’existait jusqu’à présent
aucune préparation régulière à cette épreuve au sein des lycées; la
seule possibilité de soutien pédagogique pour les candidats était de
suivre les cours organisés par certaines associations culturelles
berbères. Le Centre de Recherche Berbère de l’Inalco, pour sa part, a
diffusé avec l’aide d’une de ces associations, une petite brochure
d’information sur l’épreuve et a mis en accès libre sur le site Internet
de l’Inalco un ensemble d’informations et d’épreuves corrigées ; des
«Annales du Bac» sont en cours de finalisation et doivent paraître en
2006.
Le 14 février 2006 a été signé, entre le Ministère de l’Education
Nationale (Desco) et l’INALCO, une convention-cadre «pour la mise en
place d’une préparation à l’épreuve facultative de berbère au
Baccalauréat dans les établissements du second degré».
Ce document, qui prévoit et fixe les conditions précises de l’ouverture
de classes de langue berbère dans les lycées :
– aura un champ d'application et une validité nationaux : il sera la
référence pour tous les recteurs d'académies qui auront ainsi un cadre
précis.
– aura une durée de validité de 3 ans (reconductible),
– désigne l'Inalco comme établissement référent, au plan national, pour
ces enseignements et pour la formation des enseignants.
L’Inalco se félicite de la conclusion de cette convention-cadre qui :
– place clairement cette expérience d’enseignement du berbère dans son
cadre académique naturel ;
– conforte une collaboration ancienne et positive avec le MENESR en
matière d’enseignement des langues rares ;
– reconnaît la vocation de référence nationale de l’institut pour la
langue berbère (et, nous l’espérons, bientôt pour d’autres langues
«rares») ;
– représente un pas significatif dans la consolidation du statut d’une
«langue de France».
Jacques LEGRAND, Président de l’INALCO.
Salem CHAKER, Professeur des Universités, responsable des enseignements
de berbère.
Annexe : Quelques précisions sur les
dispositions de la convention-cadre :
a– Des classes de préparation à l’épreuve pourront être mises en
place dans des établissements publics d’enseignement du second degré qui
en feront la demande.
Les établissements concernés par ces expériences seront identifiés en
fonction de la demande et de l’encadrement disponible, du nombre et de
la concentration géographique des candidats aux épreuves de berbère au
baccalauréat au cours des années précédentes.
Ces préparations pourront porter, en fonction de la demande locale, sur
l’une ou l’autre des variétés de langue berbère pour lesquelles un sujet
est proposé à l’épreuve du baccalauréat (actuellement : kabyle, chleuh
et rifain), dans la limite de 26 heures annuelles de formation
b– Les académies intéressées définiront par une convention
spécifique avec l’INALCO les conditions détaillées des séances de
préparation. Ces séances pourront être assurées :
– soit par des enseignants de diverses disciplines, professeurs
certifiés, agrégés ou maîtres auxiliaires, titulaires d’une Licence ou
d’un grade supérieur en langue berbère. Ces enseignants seront rémunérés
en heures supplémentaires.
– soit par des personnes proposées par l’Inalco, parmi ses étudiants
avancés, ses anciens étudiants et ses collaborateurs, titulaires d’une
Maîtrise de langue berbère ou d’un grade supérieur, rémunérés sous forme
de vacations.
Pour sa part l’Inalco s’engage :
– à mettre à disposition des intervenants les matériels pédagogiques
nécessaires («Annales du Bac», anthologies de textes, outils
grammaticaux et autres) ;
– à identifier et sélectionner, parmi ses étudiants avancés, ses
diplômés et ses collaborateurs, les formateurs aptes à assurer les
séances de préparation.
– à répondre favorablement aux demandes d’intervention en vue de la
formation des formateurs, dans le cadre des plans académiques de
formation.
De son côté, le Menesr-Desco s’engage à informer les recteurs
d’académies de la possibilité de mise en place de telles séances de
préparation.
Le texte précise également qu’en considération du caractère expérimental
de cette opération, la convention pourra à tout moment donner lieu à la
conclusion d’avenants destinés à en préciser ou adapter les modalités
d’exécution.
Aménagement de la langue berbère Amawal
En dépit des critiques qui lui ont été adressées, Amawal , vieux de
plus de trois décennies, reste l’ouvrage de référence en matière de
néologie berbère : aujourd’hui, encore, la plupart de ceux qui écrivent
ou interviennent sur des sujets de spécialité ou des domaines de
référence modernes, y recourent.
Amawal est incontestablement la première œuvre néologique berbère
de grande envergure : Œuvre réalisée sous la direction d’un spécialiste
de la langue, de surcroît écrivain reconnu, Mouloud Mammeri, elle
réunit, pour la première fois un lexique touchant à plusieurs domaines
avec l’intention clairement affirmée d’aménager la langue, de l’ouvrir
aux domaines de la connaissance et de la vie modernes.
L’ouvrage remonte au début des années 1970 mais il est encore
d’actualité puisque, jusqu’à présent, il n’a pas été égalé : il sert
encore de référence à la plupart de ceux qui écrivent ou interviennent
en berbère sur des sujets de spécialité ou des domaines de référence
modernes, écrivains, enseignants, journalistes, leur fournissant les
vocables dont ils ont besoin. Cent fois critiqué, il est toujours
d’actualité, et en l’absence d’un dictionnaire des néologismes, voire de
propositions de néologismes qui fasse consensus, c’est Amawal qui est
sollicité. Cependant, malgré tous les services qu’il a rendus et qu’il
continue de rendre, l’ouvrage n’est pas exempt de critiques.
Le glossaire est précédé d’une préface rédigée en kabyle et en français
où les auteurs exposent leur objectif principal : fournir à la langue
berbère, longtemps confinée dans l’oralité, les termes ‘’abstraits’’ ou
‘’de civilisation’’ qui lui manquent. ‘’La tendance de la langue,
lit-on, a été jusqu’ici de combler ses lacunes par des emprunts. Le
procédé était lui-même déterminé par l’état de subordination de fait
dans lequel la langue berbère s’est trouvée à différentes époques de
l’histoire… Ici, il a paru préférable de recourir à la dérivation soit
de forme, soit de sens.’’
Fort de ce constat, Amawal va s’orienter dans deux directions :
-proposer des termes berbères pour remplacer des emprunts
-proposer, par des dérivations de sens et de forme, des néologismes pour
exprimer des notions modernes.
C’est le public kabylophone qui est visé mais l’ouvrage s’adresse aussi
aux locuteurs des autres dialectes, qui connaissent également
des problèmes d’adaptation. Les termes berbères proposés pour
remplacer ses emprunts arabes sont relativement peu nombreux. Il s’agit
principalement des noms de nombre à partir de 3 et des noms d’action ou
d’agent de verbes encore utilisés en kabyle.
La plupart des termes proposés sont des néologismes formés soit à partir
d’emprunts à d’autres dialectes berbères, soit à partir de racines
berbères, attestées ou non en kabyle.
Création à partir de racines attestées en kabyle.
Sur près de 1740 relevés, 240 seulement dérivent de racines utilisées en
kabyle, soit près de 13%. Ces 240 mots se répartissent en 119 racines,
soit en moyenne deux dérivés par racine, ce qui montre une
sous-exploitation des potentialités de la racine. A ces mots, il faut
ajouter les mots formés à partir d’emprunts attestés en kabyle ; comme
aterras ‘’fantassin’’, pris à l’arabe dialectal ou ajenyur ‘’ingénieur’’
pris au français.
Il faut signaler aussi que parmi les mots proposés quelques uns ne sont
pas des néologismes mais des termes usuels : s’ils sont proposés, c’est
sans doute parce qu’ils sont concurrencés par des mots arabes, soit
tombés dans l’oubli dans certains parlers kabyles. C’est le cas de azrug
‘’allée’’, ambur ‘’célibataire’’, inigi ‘’témoin’’, asuref ‘’pardon’’,
acercur ‘’cascade’’ etc.
La plupart des néologismes sont construits à partir de racines verbales.
Si certaines racines fournissent plusieurs dérivés’’, la plupart n’en
donnent que deux. Voici quelques exemples :
-fren ‘’choisir, trier’’ : fren ‘’critiquer’’, fren ‘’élire’’, nnefren
‘’être exact’’, ufrin ‘’exact’’, tafrent ‘’élection’’, anefren
‘’exactitude’’, afran ‘’tri’’, tafrayt ‘’sélection’’, ufrin ‘’élu’’
-ini ‘’dire’’, ameni ‘’parlement’’, iwennan ‘’dires’’, inaw
‘’discours’’, awmeni ‘’parlementaire’’
-bedd ‘’être debout’’, asebdad ‘’statut’’, addud ‘’situation’’
-udrus ‘’être assis’’ : tadersi ‘’minorité’’
On relève plusieurs dérivés de sens. Le mot, de sens concret dans la
langue usuelle, acquiert un sens second ou abstrait. Ainsi : arbib, qui
signifie habituellement ‘’enfant d’un premier lit, enfant du conjoint’’
prend le sens ‘’adjectif’’, tameddurt ‘’vie, existence’’ devient
‘’biographie’’ etc.
Création à partir de racines non représentées en kabyle
On relève des mots d’origines diverses mais la majorité des racines non
représentées en kabyle sont empruntées au touareg.
Un certain nombre de mots sont repris dans leurs sens habituels. Les
transformations concernent généralement la structure phonétique du mot
ou la forme du pluriel, alignées sur celles du kabyle. Voici quelques
exemples de termes repris :
-anubi ‘’adolescent’’, tafekka ‘’corps’’, ini ‘’couleur “taflest
‘’foi’’, tilelli ‘’liberté’’, anzul ‘’sud’’ etc.
Termes repris du chleuh :
-dderfi ‘’émanciper, affranchir’’, slek ‘’conquérir’’, ameslak
‘’conquérant’’, aslak ‘’conquête’’, anaflas ‘’magistrat’’ etc.
La dérivation sémantique fournit, à partir de racines essentiellement
touarègues, la majorité des concepts modernes qui manquent tant au
kabyle. En raison du nombre élevé des lacunes, les domaines embrassés
sont nombreux : administration, économie, art, sciences, philosophie
etc.
Comme pour les racines attestées en kabyle, la méthode consiste à
investir un terme concret de signifiés ‘’abstraits’’. Le rapport
sémantique entre la base de dérivation et la notion moderne est parfois
très tenu, mais d’une façon générale, un minimum de signification relie
le dérivé à son étymon. Ainsi :
-aselway ‘’président’’ (touareg : amalway ‘’conducteur d’une personne,
d’un animal’’)
-amghid ‘’prolétaire’’ (ameghid ‘’plébéien, vassal’’)
-aghanib ‘’style littéraire’’ (aghanib ‘’toute plume servant à écrire
avec de l’encre’’)
Même si Amawal a des prétentions pan berbères , le recours massif aux
racines touarègues est difficile à justifier. Ce dialecte présente, en
effet, un important stock lexical inconnu des dialectes du nord, dont
fait partie le kabyle et qui, ne l’oublions pas, regroupent la majorité
des berbérophones. L’introduction massive de mots d’origine totalement
inconnue exige du lecteur un gigantesque effort de mémorisation. Or, le
principe admis par les linguistes, en matière de néologie, est de
recourir plutôt au trésor lexical de la langue que l’on soumet à des
adaptations pour le rendre apte à exprimer des réalités nouvelles.
‘’Pour être efficace, écrit le linguiste américain R. Jakobson, l’acte
de parole exige l’usage d’un code commun par ceux qui y participent.’’
Le second reproche que l’on peut adresser à Amawal est le rejet
systématique de l’emprunt étranger. Certes, s’il faut protéger la langue
de l’invasion de termes étrangers qui risquent de la déstructurer, on ne
peut chasser les termes qui y ont acquis droit de cité, depuis des
siècles et qui, de ce fait, sont devenus des termes de la langue !
M.A. Haddadou
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