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                        DJURA    Berbere Folk

 

mars 2003

D'origine kabyle, Djura vit en France. Elle a réalisé quelques courts et longs métrages dont "Ali au pays des merveilles" (1976) qui traite de la condition des travailleurs immigrés.
Auteur de deux ouvrages,"Le Voile du Silence" et "La Saison des Narcisses", elle est aussi fondatrice du groupe berbère "Djurdjura" en 1977 qui deviendra "Djura" dès 1986.
Djura chante la révolte mêlée d'espoir, la femme, la paix, la liberté, la fête . Son cinquième et dernier album à ce jour "Uni-vers-elles" (2002) revisite la musique berbère en y intégrant des accents africains, européens et asiatiques.

Voir deux articles sur le web: Le Chant de Djura et Quand Djura chante ...
Pour entendre Djura: Kahina et 3 extraits

 CD "A Yemma"  produit et edité par Hervé Lacroix, 4 route villeconin   91580 Chauffour les Etrechy

texte en francais de la chanson  " A Yemma"

A celle qui a été privée

du bienfait de l'amour,

du bienfait de la science,

du bienfait de la liberté...

A cette créature méprisée,

femme algérienne,

femme

du monde entier,

cette chanson

est dédiée

comme

un réconfort

comme

un espoir...

 

__________________________________________________

Djura : " Nous avons les éplucheuses de pommes de terre les plus diplômées du monde ! "

extrait

Il y a quelques temps, Djura fut invitée par des habitants de sa région kabyle à venir présenter un spectacle à Tizi-Ouzou. Elle en fut très honorée mais, malgré toutes les garanties pour sa sécurité elle renonça à cette alléchante proposition. Officiellement, Djura ne peut pas chanter dans son pays et ses livres n'y sont pas diffusés. En fin de la rencontre que nous avions organisée à Bruxelles, le 14 mars 2003, elle nous dit très clairement qu'elle ne rentrerait pas dans son pays d'origine "par une petite porte". Si elle rentre en Algérie, ce sera pour faire valoir tout ce qu'elle a défendu jusqu'à aujourd'hui.

En début de séance, Djura a rappelé qu'elle avait très vite pris conscience qu'elle avait envie de choisir son destin. Les projets familiaux la concernant ont donc été rejetés. Le sentiment familial était quand même très présent au fond de moi. Du jour au lendemain, je me suis sentie orpheline d'une culture comme je l'étais de mes parents, des mes frères et de mes sœurs.

Pendant quelques années, elle vécut un exil à l'intérieur d'elle-même. Elle a essayé de comprendre les raisons de ces attitudes de rejet. Elle voulait se reconstruire avec toutes ces blessures vécues. J'ai défendu à travers la chanson la condition des femmes.

Elle sait que, si on sort du chemin tracé par les traditions, il faut accepter d'en assumer les conséquences. Les combats perdus sont ceux qu'on a abandonnés. A l'exemple de sa grand-mère qui lui disait qu'elles n'étaient là que pour transmettre, elle fait part de son envie de transmettre à ses enfants ni la haine, ni la violence, mais des valeurs de tolérance, de justice, de paix…

Elle a constaté, lors de ses déplacements à travers le monde, qu'il y a un mal-être partout. On est tous là pour essayer de mélanger les cultures, de mélanger les valeurs. Je fais appel aux vertus féminines, parce que c'est nous qui mettons les enfants au monde et que tout reste à faire.

Djura s'inquiète que la recherche d'une forme d'identité conduise beaucoup à se réfugier dans des valeurs-refuges que sont les religions, et qui, mal vécues, deviennent des intégrismes.

Elle fut la marraine de la manifestation des jeunes filles d'origine étrangère, présentée sous forme de la marche "ni putes, ni soumises". C'est très curieux de constater qu'elles vivent un calvaire depuis plusieurs années et que personne n'avait bougé pour elles, ni les instances gouvernementales, ni les médias. Seule l'organisation Sos-Racisme s'est mobilisée.

Djura a notamment été très proche de Samira, dont le livre dénonce les tournantes (à savoir les viols collectifs) organisés dans les cités. Certains drames sont affreux. Lors de ces tournantes dans les caves sombres, par exemple, un garçon ne s'est pas rendu compte qu'il avait couché avec sa propre sœur. Eh bien, il a tué tous ses compagnons, sa sœur et s'est suicidé.

La chanteuse, qui a eu sa propre dose de malheur, a été très proche de toutes ces jeunes filles; l'inverse fut aussi vrai. Hélas, Djura a aussi remarqué que les médias ne se sont pas adressés à elle pour commenter la situation mais à des femmes politiques célèbres présentes sur les lieux. Je suis concernée au plus profond de moi-même et j'ai simplement le regret de constater que, vingt ans après, cela recommence.

Les mentalités sont sensées avoir évolué: les jeunes filles travaillent, sortent. Il se passe encore des choses comme cela à cause de la politique de l'immigration. Elle a fabriqué des ghettos depuis les années 50. Elle n'a pas donné la possibilité à ces jeunes de se réaliser. Aujourd'hui, ils se vengent.

Et Djura de lancer : C'est l'opprimé qui opprime le plus opprimé ! Sans compter l'aggravation entraîné par l'apparition de la consommation de drogue. Avant, nos frères nous frappaient mais ils nous respectaient quand même. La mère était quelque chose de sacré. Mais, sous l'emprise de la drogue, plus rien ne compte…

La meilleure réponse à tous ces problèmes de société est de voir de plus en plus de personnes d'origine étrangère militer dans les partis pour attirer l'attention sur ces situations. Or peu de personnes étrangères sont élues, elles ne sont même pas dans les appareils.

Changer les mentalités ne sera pas facile. Citant le cas d'une de ses choristes, elle expliqua que son père lui disait quand elle sortait à l'extérieur : " Là-bas, c'est la France; ici, c'est l'Algérie. " Si on veut changer les situations, il faut les connaître et, pour les connaître, il faut en parler. Tant que l'on restera dans le silence, tant que l'on mettra des voiles, cela restera comme cela.

Est-ce quelque chose qui correspond à une situation ancienne? Djura se montre très dubitative. Ma grand-mère pratiquait un islam tolérant. Mais depuis les années 80, le pouvoir politique se sert de la religion pour se conforter. Les jeunes y sont perdus.

 

Le voile…

Les Occidentaux parlent beaucoup, dans les problématiques actuelles, de "la femme arabe". Cela veut tout dire et rien dire. Toute l'Afrique du Nord, qu'on le veuille ou non, est d'abord berbère. En Kabylie, nous sommes souvent à la pointe des combats pour les libertés démocratiques. Il est en effet admis que les premiers groupes qui ont constitué le FNL venaient de cette région.

Aujourd'hui, il y a des prisonniers d'opinion en Kabylie. Nous avons fait plusieurs manifestations pour réclamer leur libération, notamment celle de ceux du Mouvement citoyen, qui recherche une plateforme démocratique valable pour toute l'Algérie.

Les médias français ont peu suivi ces événements, particulièrement la mort de nombreux prisonniers, au terme d'une grève de la faim de quarante jours. Les vrais combats, les vraies revendications sont niées.

La femme au Koweit porte le voile. Dans ma région, on ne porte pas le voile.

Djura explique que le voile est une coutume préislamique. Les femmes de la bourgeoisie portaient le voile pour se distinguer des autres. Petit à petit, les femmes du peuple ont voulu les imiter, sans que cela n'ait rien à voir avec l'Islam. La seule trace que l'on retrouve dans les textes religieux est l'allusion à une réaction du prophète face aux comportements machistes de certains de ses visiteurs. On lui a dit : il faut mettre un rideau (hijab) entre elles et eux pour éviter les incidents. Le voile n'était pas connu du tout en Afrique du Nord ; il s'est maintenant imposé complètement. Ces mentalités n'ont fait que creuser le fossé qui existe entre les hommes et les femmes. Selon notre invitée berbère, le principe de l'Islam est qu'il faut respecter la femme. Si vous ne pouvez pas la respecter, mettez un rideau entre vous et elle. Mais elle n'est pas obligée pour cela de se couvrir la tête.

Djura dénonce le code de la famille instauré il y a une vingtaine d'années dans son pays natal. Elle laisse la femme dans un statut d'éternelle mineure : un tuteur pour le mariage, la reconnaissance de la polygamie et de la répudiation, l'autorité parentale réservée au mari, les inégalités devant l'héritage, etc.

Dès le départ, pense la chanteuse, l'Algérie a pratiqué une politique qui a été la cause de tous les problèmes : elle n'a pas fait la différence entre la religion et l'Etat. À partir du moment où l'Islam a été consacré comme religion officielle, comment voulez-vous que l'état devienne démocrate ? C'est complètement antinomique.

Et Djura de préciser que le problème de la discrimination dont sont victimes les femmes a d'abord une raison institutionnelle, celle qui fixe la place de la femme dans ces sociétés. En Algérie, si les femmes ne peuvent pas bouger, c'est parce qu'il y a un code la famille qui les empêche de bouger.

Alors, la religion responsable ? Il ne faut pas chercher dans la religion, il faut chercher l'interprétation qui est faite de la religion, spécialement par des gens qui ont intérêt à ce que l'intégrisme perdure dans nos sociétés. Avant, cela n'existait pas. J'ai toujours vu ma grand-mère pratiquer la religion, elle a toujours fait le ramadan, mais d'une manière très tolérante, qui n'a jamais posé de problème dans les familles. On ne m'a jamais imposé le tchador. Maintenant, c'est devenu monnaie courante.

Pour Djura, l'Islam est une pratique spirituelle qui doit rester le domaine privé de chacun. Comme tout autre religion, sa reprise par un pouvoir politique conduit à la manipulation.

Dans les lycées aujourd'hui, certaines jeunes filles portent le voile par conviction ; d'autres parce que la famille l'impose ; d'autres enfin pour avoir la paix parce qu'elles ne sont pas respectées, voire maltraitées.

Dans la société algérienne, le nombre de femmes diplômées augmente mais elle participent peu à l'organisation de la vie sociale. Un proverbe circule dans nos régions : nous avons les éplucheuses de pommes de terre les plus diplômées du monde ! Si j'avais été élevée en Algérie, je ne serais pas la femme qui est en train de parler avec vous.

Djura, arrivé en France à l'âge de cinq ans, a essayé de retourner dans son pays. Je me disais que notre pays était reçu en héritage et que c'était à nous de le reconstruire. Je me suis cassé la figure. Je n'ai pas trouvé l'endroit où mes idées pouvaient s'exprimer.

Elle poursuit un combat personnel. S'il rejoint le combat de celles qui sont là-bas, de celles qui sont ici, et même encore plus des femmes françaises et des femmes du monde, alors Djura se trouve bien à sa place.

Votre pays est présent en vous mais il n'est pas sûr que vous ayez les moyens d'aller là-bas mener votre combat et que ce soit même plus efficace. Mon travail est de diffuser des idées dans ce que je pense être un combat pour les libertés démocratiques.

 

 

source:  http://www.pac-g.be/didju.html

 

  VIDEO    http://www.dailymotion.com/video/x12s8k_djurdjura-arraw-umazigh

http://perso.djurdjura.mageos.com/djurdjura.htm