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Deux
Créations Théâtrales
"La P…respectueuse" de Jean-Paul Sartre
(dans une traduction en arabe dialectal)
Les 5 et 6 octobre 2004
"Les
Justes" de Albert Camus
(dans une traduction en berbère tachelhit)
Les 8 et 9 octobre 2004
Mise
en scène : Moïse Touré
Collectif théâtral de 12 comédiens
AMBASSADE
DE FRANCE
INSTITUT FRANÇAIS D'AGADIR
Rue Chenguit - Nouveau Talborjt - BP 341 - Agadir. Tél. : 048 84 13 13/048
84 20 01 / Fax : 048 84 31 91 - www.ifagadir.org
/ e-mail : ifa@ifagadir.org
"La P… respectueuse" de Jean-Paul Sartre
&
"Les Justes" de Albert Camus
Conception
et mise en scène : Moïse Touré
Assistant à la mise en scène : Abderrazzak Zitouny
Dramaturgie : Jacques Prunair
Chorégraphie : Francis Viet
Scénographie : Marion Legrand
Assistant à la Scénographie : Ahmed Baidou
Création Lumière et Direction Technique : Clémentine
Bergel
Régie : Mohamed Aït Brahim
Création Bande son : Pablo Bergel
Image : Yann Ciret
Traduction : Zohra Makach (arabe dialectal) et Chadia
Derkaoui (berbère tachelhit)
Dramaturgie pour les traductions : Zohra Makach
Avec les
comédiens : Brahim Aboussoufyane, Siham Afouis, Mohamed Ait Si
Adi, Ahmed Atif, Rachid El Hazmir, Zorha Farouki, Larbi Hemri, Mohamed Lachhab,
Khadija Ouahmane, Hicham Ouaraqa, Meryam Raoui, Brahim Rouibaa
Avec le soutien
du JTN (Jeune Théâtre National) pour l'équipe scénographique
et technique
et du SCAC (Service de Coopération et d'Action Culturelle de l'Ambassade
de France au Maroc)
En collaboration avec la Compagnie Les Inachevés Grenoble-France
Depuis
quelques années, l'Institut Français d'Agadir développe
une politique de formation aux pratiques théâtrales dans le cadre
de son action de soutien à l'émergence artistique sur son territoire
de rayonnement, le sud marocain et plus particulièrement à Agadir.
La vitalité
des pratiques théâtrales amateurs ou semi professionnelles, au
sein du réseau associatif et éducatif, l'émergence du milieu
professionnel berbérophone œuvrant à la fabrication d'œuvres
notamment audiovisuelles par le biais de sociétés de production
locales répondant aux commandes des télévisions ( fiction
et documentaires), font d'Agadir et sa région un creuset des pratiques
théâtrales nationales favorisé par la décentralisation
et les prises de position des collectivités publiques locales (communes
urbaines, région) quand au développement culturel et à
l'appui aux associations.
Dans ce
contexte, et après avoir organisé plusieurs sessions de formation
théâtrale par an avec des artistes, l'Institut Français
d'Agadir initie une création confiée au metteur en scène
Moïse Touré dans la dynamique d'un travail expérimental mené
sous sa direction artistique autour de Bernard Marie Koltès en décembre
2003.
Dirigés
par le metteur en scène, Moïse Touré, assisté d'Abderrazzak
Zitouny, explorant le geste et le mouvement sous la conduite du danseur Francis
Viet, douze comédiens marocains de la région, sont confrontés
depuis juin 2004 à la mise en œuvre de la création théâtrale
de deux textes du répertoire français " Les Justes "
d'Albert Camus et " La P…Respectueuse " de Jean Paul Sartre,
dans une traduction en berbère pour " Les Justes " et en arabe
dialectal marocain pour " La P…Respectueuse ". La confrontation
aux textes originaux en français a fait l'objet de deux chantiers de
traduction sous la conduite de deux enseignantes de la faculté des lettres
et des sciences humaines de l'Université d'Agadir, Chadia Derkaoui et
Zohra Makach.
La création
dans les deux langues prend tout son sens après ce travail d'approche
et de confrontation à la langue française et à l'heure
où la diversité linguistique et culturelle irrigue le territoire
marocain.
Cette création,
soutenue par le Jeune Théâtre National (association de soutien
aux artistes sortis des écoles nationales françaises), qui apporte
son appui à l'encadrement artistique du projet par l'intégration
dans l'équipe de création d'une scénographe-costumière
et d'une créatrice lumière verra le jour avec une équipe
permanente et salariée d'acteurs et d'assistants marocains, mobilisée
depuis deux mois dans un multilinguisme riche d'échanges et de mises
en perspectives pour l'avenir de la création artistique.
Ce projet
se veut mobilisateur et contemporain, pédagogique aussi pour ses acteurs,
et l'environnement institutionnel qu'ils interrogent tout au long de l'année
par leurs pratiques.
L'exigence
qu'implique une telle aventure artistique engage le collectif théâtral
formé pour l'occasion à partir des forces vives du jeune théâtre
de la région Souss Massa Draa, vers un avenir porteur d'un théâtre
de création, exigeant et posant la question des moyens dont il dispose.
L'œuvre
de Sartre et Camus, deux auteurs majeurs dont la pensée et l'œuvre
ont influencé les générations présentes est plus
que jamais contemporaine, alors que 2005 verra le centenaire de la naissance
de Sartre près de cinquante ans après que Camus ait reçu
le prix Nobel de littérature pour l'ensemble d'une œuvre "
qui met en lumière les problèmes se posant de nos jours à
la conscience des hommes".
Tous deux
utilisent la forme théâtrale comme outil pédagogique, politique
et philosophique.
"Les
Justes" et "La P… Respectueuse" résonnent aujourd'hui,
interrogeant notre conscience, sur la justice et l'injustice, le sens de la
communauté, les angoisses que suscite la recherche des valeurs.
Les donner
à entendre en arabe et en berbère, c'est élargir le cercle
du public, c'est interroger les langues dans leur puissance poétique,
c'est confronter l'oralité à l'écrit, la littérature
à la vie.
Bérénice
GULMANN
Directrice de l'Institut Français d'Agadir
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La
P… respectueuse
"
… Le nègre et la prostituée finissent par se voir
avec les yeux du puissant maître blanc. Déchirés,
intoxiqués et pourris par un regard qui n'est pas le leur, ils
sont devenus pour eux-mêmes ces êtres méprisables à
quoi prétend les réduire le mépris du raciste ou
du pharisien… jusqu'au jour… "
Francis
Jeanson
La
P… respectueuse - Histoire
Sartre s'inspira d'un cas célèbre rapporté par Vladimir
Pozner dans les États Désunis (1938) :
Scottsboro, 1937
Une bande de jeunes, noirs et blancs, et deux Blanches, voyageaient clandestinement
dans un train de marchandises. A la suite d'une bagarre, les cinq Blancs
furent éjectés du train et ameutèrent la population
en révélant que des Noirs voyageaient avec des Blanches.
Quand le train s'arrêta à la gare suivante, une foule en
colère captura neuf des Noirs, qu'on allait appeler les "garçons
de Scottsboro". Ils furent tous accusés de viol, y compris
un gamin de treize ans, un aveugle et un malade. Il devait apparaître
plus tard que les demoiselles avaient une réputation discutable
et qu'elles avaient pris du bon temps avec des vagabonds avant leur voyage.
Soumises à toutes sortes de pressions, les deux malheureuses portèrent
plainte; puis l'une d'elles se rétracta, tandis que l'autre ne
tarderait pas à être convaincue de faux témoignage.
Huit condamnations à mort et une à la détention à
vie causèrent un scandale énorme. Le procès dura
des années. Le dernier des garçons à être libéré
finit par sortir de prison en 1950, dix-neuf ans après sa promenade
fatale, et ces viols qui n'avaient jamais eu lieu.
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Les
Justes
"
Révolte, commencement : le seul problème moral vraiment
sérieux, c'est le meurtre. Le reste vient après. Mais
de savoir si je puis tuer cet autre devant moi, ou consentir à
ce qu'il soit tué, savoir que je ne sais rien avant de savoir
si je puis donner la mort, voilà ce qu'il faut apprendre ! "
Albert
Camus
Les
Justes - Histoire
En
février 1905, à Moscou, un groupe de terroristes, appartenant
au parti socialiste révolutionnaire, organisait un attentat à
la bombe contre le Grand-Duc Serge, oncle du tsar. Cet attentat
et les circonstances singulières qui l'ont précédé
et suivi font le sujet des Justes. Si extraordinaires que puissent paraître,
en effet, certaines des situations de cette pièce, elles sont
pourtant historiques.
Ceci ne veut pas dire, on le verra d'ailleurs, que Les Justes soit une
pièce historique. Mais tous les personnages ont réellement
existé et se sont conduits comme je le dis. J'ai seulement tâché
à rendre vraisemblable ce qui était déjà
vrai.
J'ai même gardé au héros des Justes, Kaliayev, le
nom qu'il a réellement porté. Je ne l'ai pas fait par
paresse d'imagination mais par respect et admiration pour des hommes
et des femmes qui, dans la plus impitoyable des tâches, n'ont
pas pu guérir de leur cœur. On a fait des progrès
depuis, il est vrai, et la haine qui pesait sur ces âmes exceptionnelles
comme une intolérable souffrance est devenue un système
confortable. Raison de plus pour évoquer ces grandes ombres,
leur juste révolte, leur fraternité difficile, les efforts
démesurés qu'elles firent pour se mettre en accord avec
le meurtre et pour dire ainsi où est notre fidélité.
A.Camus
|
Notes
de travail
Ces
deux créations viennent interroger la figure de l'intellectuel
et son engagement dans la société. Cela permettra d'apprécier
le legs des pensées de Sartre et Camus chez les intellectuels d'aujourd'hui
tout en réintroduisant au théâtre la notion du populaire
compris dans son rapport à une communauté. Par ce biais
nous réactualiserons la question de la modernité dans son
intériorisation par une communauté post-traditionnelle comme
la communauté marocaine.
Nous
interrogeons ainsi le patrimoine français de l'extérieur
pris comme un formidable espace de confrontation et de dialogue avec l'autre
(Maghreb / France)
Réécouter
Camus et Sartre de l'autre côté de la Méditerranée
est la seule façon de rendre leur pensée d'actualité
comme une nécessité de penser le monde quelques soient les
époques. Ces deux pièces sont l'occasion d'un laboratoire
d'expérimentation de la langue à travers deux traductions
en berbère (Les Justes de Albert Camus) et en arabe dialectal (La
P… Respectueuse de JP Sartre), du rapport théâtre et
danse.
Ces
deux pièces inspirées de faits réels, questionnent
la construction d'une communauté du doute portée par les
acteurs, directement adressée au spectateur. |
|
"
La P... respectueuse " indique la figure de la femme
aux prises avec toutes les injustices et celle de la femme moderne comme
révélatrices d'une société en quête
d'elle-même dans le cadre appelé communément modernité
(rapports hommes / femmes). |
"
Les Justes " indique le lieu où se fabrique une
communauté d'individus en quête d'un projet collectif.
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Moïse Touré |
La
P... respectueuse |
Les
Justes |
Fragments
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Tableau
II, Scène V
Fred
: qu'est ce que tu m'as fait ? tu colles à moi comme mes dents
à mes gencives. Je te vois partout, je vois ton ventre, ton sale
ventre de chienne, je sens ta chaleur dans mes mains, j'ai ton odeur dans
les narines. J'ai couru jusqu'ici, je ne savais pas si c'était
pour te tuer ou pour te prendre de force. Maintenant, je sais (il la lâche
brusquement) je ne peux vraiment pas me damner pour une putain.
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Acte
cinquième
Dora
: j'ai si froid que j'ai l'impression d'être déjà
morte. (Un temps) Tout cela nous vieillit si vite. Plus jamais, nous ne
serons des enfants, Boria. Au premier meurtre, l'enfance s'enfuit. Je
lance la bombe et en une seconde, vois-tu, toute une vie s'écoule.
Oui, nous pouvons mourir désormais. Nous avons fait le tour de
l'homme
…
Nous avons pris sur nous le malheur du monde... Mais je me dis quelquefois
que c'est un orgueil qui sera châtié.
Annenkov : c'est un orgueil que nous payons de notre
vie. Personne ne peut aller plus loin. C'est un orgueil auquel nous avons
droit.
Dora : sommes-nous sûrs que personne n'ira plus
loin? D'autres viendront peut-être qui s'autoriseront de nous pour
tuer et qui ne paieront pas de leur vie.
Annenkov : ce serait lâche, Dora.
Dora : Qui sait ? C'est peut-être cela la justice.
Et plus personne alors n'osera la regarder en face. |
A
propos de
"La P… respectueuse "
"Un
cœur pur (dixit Héléna Bossis, créatrice du
rôle de Lizzie Mackay) et un Noir tremblant de peur et de respect,
voilà les protagonistes de cette "comédie-bouffe".
Ce sont aussi les incarnations fondatrices d'une dénonciation du
racisme qui, située dans un passé indépassable, en
appelle encore et toujours à notre liberté."
"L'écrivain
ne peut pas accomplir grand-chose dans le monde. Il peut seulement dire
ce qu'il a vu.
Aujourd'hui dans cette pièce, j'attaque le racisme. Demain je consacrerai
un numéro de ma revue à attaquer le colonialisme. Je ne
crois pas que mes écrits ont beaucoup d'importance ou qu'ils changeront
quoi que ce soit, ou même qu'ils me feront beaucoup d'amis. Tant
pis : je fais mon travail d'écrivain."
Jean
Paul Sartre
|
A
propos
des Justes, Actuelles II, 1953
"Le
problème n'est pas de savoir si on peut tuer le gardien de la prison
alors qu'il a des enfants, et pour s'évader soi-même, mais
s'il est utile de tuer aussi les enfants du gardien pour libérer
tous les détenus. La nuance n'est pas mince.
Notre époque ne répond ni oui, ni non. Quoique pratiquement,
elle l'ait déjà résolu, elle fait comme si le problème
ne se posait pas, ce qui est plus confortable. Je ne l'ai pas, moi, posé.
Mais j'ai choisi de faire revivre des
gens qui se le posaient, et je les ai servis, en m'effaçant derrière
eux, que je respectais.
Il
est bien certain cependant que leur réponse n'est pas : "Il
faut rester chez soi". Elle est :
1-
Il y a des limites. Les enfants sont une limite (il en est d'autres);
2- On peut tuer le gardien, exceptionnellement, au nom de la justice;
3- Mais il faut accepter de mourir soi-même.
La réponse
de notre époque (réponse implicite) est, au contraire :
1- Il n'y a pas de
limites. Les enfants, bien sûr, mais en somme…
2- Tuons tout le monde au nom de la justice pour tous.
3- Mais réclamons en même temps la Légion d'honneur.
Ca peut servir".
Albert
Camus |
Bio-biblio
Sartre
Philosophe,
avant tout, Sartre est aussi romancier, essayiste et auteur dramatique.
Son premier ouvrage philosophique, l'Imagination (1936), fut suivi de
l'Imaginaire (1940), étude inspirée de Husserl sur la nature
de l'image et sur la "conscience imageante". C'est avec L'Être
et le Néant (1943) qu'il jette les fondements d'un Existentialisme
athée qui engendre une morale de l'engagement et de la responsabilité,
ébauchée dans L'Existentialisme est un humanisme (1946),
ainsi qu'une philosophie de l'histoire, qui apparaît comme une tentative
de conciliation de l'existentialisme sartrien et du marxisme (Critique
de la raison dialectique, 1960).
Sartre chercha à illustrer sa pensée dans des romans (la
Nausée, 1938; les Chemins de la liberté, 1945-1949), des
nouvelles (le Mur, 1939), des pièces de théâtre (les
Mouches, 1943; Huis clos, 1944; la Putain Respectueuse , 1946; les Mains
sales, 1948; le Diable et le Bon Dieu, 1951; les Séquestrés
d'Altona, 1959). Il réunit ses nombreux essais de critique philosophique,
littéraire, politique ou sociale dans Situations (1947-1976), donna
un récit autobiographique (les Mots, 1964) et appliqua une méthode
de "psychanalyse existentielle" à l'étude de Baudelaire
(1947), de Jean Genet (Saint Genet, comédien et martyr, 1952) et
de Flaubert (l'Idiot de la famille, 1971-1972).
Sartre refusa, en 1964, le prix Nobel de littérature qui lui était
attribué. À la Libération, il a tenté de grouper
les éléments de gauche non communistes dans un rassemblement
démocratique révolutionnaire et fonda en 1945 la Revue les
Temps modernes; il fut le premier directeur du quotidien Libération
(1973).
La
Putain Respectueuse a été représentée pour
la première fois le 8 novembre 1946 au théâtre Antoine
(direction Simone Berriau). La mise en scène est non signée,
mais elle est due à Sartre lui-même, assisté de Michel
Vitold. Décors d'André Masson.
Rôles:
Lizzie, Le Nègre, Fred, Le sénateur, John, James,
1er homme, 2ème homme
|
Bio
- biblio Camus
Après
une enfance de " pauvreté et de lumière ", des
études de philosophie interrompues par la tuberculose, il publia
ses premières œuvres et débuta dans le journalisme.
Puis il quitta l'Algérie pour des voyages en Europe, gagna la France
en 1938 et, engagé dans la Résistance, devint rédacteur
en chef du journal Combat (1944-1946). Mêlé ardemment à
l'actualité de son temps, il manifesta sa soif de justice et sa
recherche d'un humanisme mesuré dans ses Actuelles (recueils d'articles,
1939 à 1958), et les Carnets (posth., 1962). Prix Nobel de littérature
(1957) pour avoir " mis en lumière les problèmes se
posant de nos jours à la conscience des hommes ", Camus a
exprimé dans son œuvre une expérience intérieure
complexe, toujours en mouvement, et qu'a mûrie la confrontation
entre la soif de bonheur et le " silence déraisonnable du
monde ". L'Etranger (roman, 1942) comme Le Mythe de Sisiphe (essai
philosophique, 1942) témoignent que " l'absurde est essentiellement
un divorce " ; il n'est ni dans l'homme, ni dans le monde, "
il naît de leur confrontation ". Camus s'efforça d'orienter
une révolte d'abord conçue comme individuelle (cf. les pièces
Caligula et Le Malentendu, 1944) vers une morale collective qui exalte
la solidarité humaine face au mal (La Peste, roman, 1947 ; L'Etat
de siège, pièce, 1948). Hostile à " l'abstention
pratique " mais aussi à " l'efficacité à
tout prix " (cf. la pièce Les Justes, 1949) et les analyses
critiques sur l'histoire de L'Homme Révolté, (1951), conscient
qu'il n'y a pas de morale confortable (La Chute, 1956), Camus semble aboutir
avec les nouvelles groupées dans L'Exil et le Royaume (1958), à
un humanisme nouveau.
Les
Justes ont été représentés pour la première
fois le 15 décembre 1949, sur la scène du Théâtre-Hébertot
(direction Jacques Hébertot) dans la mise en scène de Paul
Oettly, le décor et les costumes étant de De Rosnay.
Rôles
: Dora Doulebov, La Grande-Duchesse, Ivan Kaliayev,
Stepan, Fedorov, Boris Annenkov, Alexis Voinov, Skouratov,
Foka, Le Gardien |
Notes
à propos de la traduction des "Justes"
Notre
démarche s'inscrit dans la perspective d'une traduction qui tente de
construire un texte en langue cible (Tachelhit) équivalent au texte source
(français), sans pour autant prétendre à l'équivalence
parfaite tant les univers sont contrastés : slave par le contenu politique
et anthropologique, français par le style de Camus, et Tachelhit par
l'accueil verbal et signifiant de l'expression.
Le texte traduit est censé accueillir et transporter le public dans l'altérité
du texte cible, car qu'est ce que traduire, sinon, comme dirait J. Strabinski
: "se faire accueil, n'être d'abord rien qu'une oreille attentive
à une voix étrangère, puis donner à cette voix,
avec les ressources de notre langue, un corps en qui survit l'inflexion première."
Le passage de la langue française à la langue vernaculaire tachelhit
est une gageure, plus encore une épreuve de l'étrangeté,
aller chercher dans la langue maternelle le virage (et le vertige) des mots
en les refigurant dans le miroitement de l'autre langue.
Dans cette expérience, demeure le sentiment paradoxal de distance et
de rapprochement; La création d'un lieu incertain, un entre deux ou résonne
l'écho de ces deux langues.
D'une façon plus précise, dans notre démarche, nous avons
tenu compte de deux éléments fondamentaux : le public et le texte
; c'est-à-dire faciliter l'accès au texte (favoriser la compréhension,
la communication) sans pour autant le dénaturer et le défigurer
; d'où la principale difficulté car il s'agit de traduire un texte
littéraire de tradition écrite dans une langue de tradition orale.
Et le théâtre berbère jusqu'à présent est
un théâtre (amateur) d'improvisation. On a alors opté d'osciller
entre le style familier et la néologie ; cela permet de maintenir une
certaine étrangeté du texte, car il ne s'agit ni de dépayser
complètement le public ni de lui faire des concessions. On a même
opté parfois pour l'emprunt aussi bien à l'arabe dialectal qu'au
français pour reproduire le naturel de certaines situations où
la néologie parait artificielle.
Bref, en tenant compte des différences entre les deux systèmes,
autant linguistiques (syntaxiques, lexicals, stylistiques…) que culturels
(l'impact et les connotations que peuvent avoir certains mots), nous avons usé
de divers procédés : l'équivalence quand le mot à
mot est possible, l'étoffement quand il s'agit d'expliciter certaines
situations mais aussi l'économie de certains détails…. Mais
à chaque fois, et dans le souci de reproduire les effets du texte source,
nous avons respecté son rythme, son mouvement et son articulation.
Dans cette aventure, le souci de faire passer le texte premier dans la langue
vernaculaire tachelhit nous a poussé à privilégier l'exactitude
à l'élégance du style, car il s'agit dans cette première
expérience de donner la priorité à la communication littéraire.
Chadia
Derkaoui,
Enseignante de linguistique
à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines
Agadir
Atelier de traduction
dirigé par Chadia DERKAOUI, et formé de :
- Rachid ELHAZMIR
- Halima MOUJARADI
- Boujemaâ BILOUGUI
- Brahim ABOUSSOUFYANE
- Hassan ALIOUI
- Brahim BATTA
- Larbi HAMRI
Notes A propos
de la traduction de "La P… respectueuse"
Traduire une pièce de théâtre ne se limite pas à
comprendre la fable, à saisir ce qui se passe d'une réplique à
une autre, à reconstruire les actions, cela consiste d'abord à
s'immerger dans la dramaturgie, dans la matière et la musique du texte,
c'est aussi faire l'expérience concrète de sa matérialité.
Autrement dit, d'après notre modeste expérience, la traduction
d'un texte théâtral n'est possible que si l'on prend en compte
la pratique théâtrale dans laquelle on peut faire signifier ce
texte, le mettre en tension et en circulation.
L'originalité de cette expérience, c'est-à-dire la traduction
de la P….Respectueuse , c'est qu'elle se place du côté de
la réception, de la manière dont le lecteur-acteur active le texte,
lui donne corps et âme, collabore avec lui, utilise les différents
mécanismes de la lecture. Les rencontres avec les comédiens étaient
très utiles. L'acte concret de la lecture nous a permis d'entendre les
sons, de comprendre la syntaxe du texte traduit, de repérer les rythmes
: établir une certaine ponctuation, déterminer la partition des
silences, des ralentissements, des accélérations, bref guetter
l'émergence du sens.
Zohra Makach
Enseignante de Littérature Française et théâtre
à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines
- Agadir
Distribution |
"La
P…. Respectueuse" |
Mise en scène
Moïse Touré
|
Scénographie
Marion Legrand
|
Lizzie
Meryam Raoui
|
Le Nègre
Ahmed Atif
|
Fred
Brahim Rouibaa
|
Assistanat à la mise en scène
Abderrazzak Zitouny
|
Assistanat à la scénographie
Ahmed Baidou
|
Le sénateur
Mohamed Lachhab
|
John / 2ème homme
Hicham Ouaraqa
|
James / 1er homme
Brahim Aboussoufyane
|
Chorégraphie
Francis Viet
|
Création bande son
Pablo Bergel
|
"
Les Justes" |
Dora Doulebov
Siham Afouis
|
La Grande-Duchesse
Khadija Ouahmane
|
Skouratov
Brahim Aboussoufyane
|
Direction Technique
Clémentine Bergel
|
Régie
Mohamed Aït Brahim
|
Boris Annenkov
Ahmed Atif
|
Foka/ Le Gardien
Mohamed Ait Si Adi
|
Alexis Voinov
Larbi Hemri
|
| |
|
Ivan Kaliayev
Rachid El Hazmir
|
Stepan Fedorov
Hicham Ouaraqa
|
Le Chœur
Zorha Farouki
|
Moïse
TOURE
Moïse Touré, né en Côte-d'Ivoire, est
arrivé en France à l'âge de 14 ans. Adolescent, il a voulu
devenir marin ; sa vocation théâtrale, selon lui, serait une façon
de réaliser ce rêve sur la terre ferme. Après trois premières
mises en scène à l'Espace 600 de Grenoble entre 1984 et 1986,
Touré commence à se faire connaître avec Polar de la dernière
nuit, d'Ahmed Kalouaz, qui remporte à Paris le premier prix d'interprétation
au Festival du Théâtre Beur.
Dès
1988, Désirs fragmentés, d'après Genet, Sartre, Duras,
Kalouaz et Camus, témoigne non seulement du goût de Touré
pour les spectacles composites à partir de textes d'auteurs tutélaires,
mais aussi de sa prédilection pour l'écriture contemporaine dans
sa diversité, ainsi que de sa volonté de faire théâtre
partout : ce projet fut en effet présenté à l'Ecole des
Beaux-Arts, dans un appartement de La Villeneuve, dans le parking de l'Ecole
d'Architecture, à la Maison d'Arrêt de Varces, et dans le champ
de fouilles de la Crypte Saint-Laurent, à Grenoble.
En
1992, il est lauréat de la Villa Médicis Hors les murs pour son
projet "Métissage et Modernité" présenté
à la Rampe d'Echirolles.
Depuis 1991, Moise Touré participe dans le cadre de l'Académie
Expérimentale des Théâtres à des recherches artistiques
en France et à l'étranger : Paris, Moscou, Berlin, Avignon et
Nairobi…
De
1994 à 1998, tout en poursuivant sa propre carrière de metteur
en scène, Touré est l'assistant de Georges Lavaudant sur les créations
de Lumières I près des ruines, Lumières II sous les arbres
(de Jean-Christophe Bailly, Michel Deutsch, Georges Lavaudant et Jean- François
Duroure), Le Roi Lear (de Shakespeare), Histoires de France (de Michel Deutsch
et Georges Lavaudant), La Noce chez les petits-bourgeois et Tambours dans la
nuit (de Brecht), et de Jean Paul Wenzel pour Le Mandat de Sembène Ousmane
(1994)
Il
est artiste associé à l'Archipel / Scène nationale de Guadeloupe
entre 2000 et 2003 (l'une des étapes les plus marquantes de cette résidence
fut Identités Caraïbes, présenté à l'Odéon
en 2001). Depuis, Moïse Touré a mis en scène Euripide au
Niger, au Mali, au Burkina-Faso, en Côte d'Ivoire et en France, avant
d'ouvrir un nouveau cycle, après Ecrire et Lire la ville, qui devrait
l'occuper jusqu'en 2006 : Fabrique urbaine, Ville / Campagne.
-
Principales mises en scène :
-
Le qu'en dira-t-on des troyennes à la robe traînante,
2004
- Quai Ouest ( Muelle Oeste) de Bernard-Marie Koltès,
2003
- Dans la solitude des champs de coton de Bernard-Marie Koltès
(2001, l'Artchipel - Scène Nationale de Guadeloupe)
- La Révolte des anges de Enzo Cormann (1999 - Maison
du Théâtre et de la Danse - Epinay sur Seine et Théâtre
du Merlan - Marseille)
- Orphée Noir d'après l'anthologie de poésie nègre
et malgache de Léopold-Sédar Senghor (lecture au Musée
Calvet- Festival D'Avignon 2000)
- Un si Long voyage d'après Onitsha de Jean Marie Gustave Le
Clézio (Ecole du TNS - Strasbourg et Le Cargo - Grenoble)
- Agatha, Pièce hésitante, Intimité I de Marguerite
Duras (La Rampe d'Echirolles - 1997)
- Fragments de Désir avec l'Ecole Nationale du Cirque
(1997, le Cargo - Grenoble, Théâtre de la Cité Internationale
- Paris)
- la Quête de l'autre (1993- 1994, Grenoble, Nairobi)
Projet Koltès rassemblant : Dans la solitude des champs de coton,
Tabataba et Combat de nègres et de chiens
- La Minute de silence de Claude-Henri Buffard (1991, Meylan,
Grenoble, Strasbourg) …
Paysage
Après la Pluie prochain spectacle de Moïse Touré
sera programmé du 11 au 21 mai 2005 dans le cadre de la saison 2004-2005
du Théâtre National de l'Odéon. A propos de "La
P… respectueuse "
Francis
VIET
Études
Supérieures de Littérature, Cinéma, Danse, Théâtre,
à l'Université de Nancy II avec pour Professeur, Jean
Marie VILLÉGIER
Tout en
menant des études de danse à la Folkwang Hochschule
de Essen dont il est diplômé en juillet 1981, il partage des aventures
théâtrales avec Jean Marie VILLEGIER, Christian RIST et
Georges LAVAUDANT
Il est artiste
invité puis membre du Pina Bausch's Dance Theater de 1980 à 1994
et participe aux spectacles de répertoire et de création de la
compagnie : Frühlingsopfer -Le Sacre du Printemps / Barbe Bleue / Arien
-
Orpheus und Eurydike
- Komm tanz mit mir
- Renate wandert aus
- Er nimmt sie an der Hand und führt sie in das Schloss , die anderen folgen
- Kontakthof
- Arien
- Keuschheitslegende
- 1980 - Ein Stück von Pina Bausch
- Bandoneon
- Waltzer
- Auf dem Gebirge hat man ein Geschrei gehört
- Two cigarets in the dark
- Viktor
- Ahnen
- Palermo Palermo
- Tanzabend II
- Tanzabend I
- Das Stück mit dem Schiff
Il est depuis,
régulièrement assistant de Pina Bausch pour les reprises de spectacles
du répertoire de la Compagnie.
Depuis 1999,
il mène un travail de création chorégraphique indépendant
et est le compagnon de route de nombreux metteur en scène tels que Simone
AMOUYAL, Catherine MARNAS, Georges LAVAUDANT, Moïse TOURE ou chorégraphe
tel que Elsa WOLLIASTON
Calendrier
Du
24 au 29 mai 2004 : stage de pré sélection
et constitution de l'équipe de création.
- Du 31
mai au 06 juin 2004 : Atelier Danse avec Francis Viet
- Du 07 juin au 13 juin 2004 : Travail à la table sur
les 2 traductions " les Justes" et "La P…. respectueuse"
avec Moïse Touré.
- Du 12
juillet au 17 juillet 2004 : Atelier Danse avec Francis Viet
- Du 19 juillet au 24 juillet 2004 : Répétitions
avec Moïse Touré
- Du 31
août au 4 octobre 2004 : Répétitions et générales
Représentations :
La P…
respectueuse : les 5 et 6 octobre 2004
Les Justes : les 8 et 9 octobre 2004
Les deux représentations
auront lieu à l'Institut Français d'Agadir : théâtre
de verdure à 20h30.
Répétitions
de reprise à Agadir et tournée au Maroc du 23 novembre 2004 au
05 décembre 2004.
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