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Zayd Ouchna est auteur et militant infatigable de la
cause amazighe à Tamazgha occidentale. Il était l'ombre de Cheikh Sakkou
durant des années. Zayd a réussi, par sa persévérance et son
intelligence, à sauver la poésie de ce monument de l'oubli. Il en a même
fait un livre. Nous avons rencontré Zayd Ouchna à Tizi-n-Imnayen juste
après la mort de Sakkou. Il a répondu très volontiers à nos questions.
Lhoussain Azergui
: Sakkou, l'un des grands poètes du Sud-Est vient malheureusement
de nous quitter, est ce que vous pouvez nous parler de ce monument de la
poésie amazighe ?
Zaid Ouchna :
Que dire d'un homme à part, d'un poète hors norme,
d'un philosophe forgé et surtout d'un ami très proche ? C'était un
monument ambulant, c'était notre mémoire incarnée, c'était un des
derniers disciples de pure espèce et c'était tout simplement Sakkou ! Je
sais que je pourrai surprendre plus d'un par mes propos ; car je doute
qu'il en n'y aurait plus un analogue. Je l'ai accompagné depuis 1995
avec l'idée de transcrire la poésie d'un chantre de ma région ; mais
très vite j'ai compris que je suis face à un visionnaire Amazighe
marginalisé par la propagande à la fois du mekhzen et celle des
dénoncés par le poète. Cette dernière a fait, et fait toujours, des
ravages dans la société Amazighe du sud-est du Maroc. J'ai voulu
transcrire ce qu'il a dit ; mais sa pensée m'a enrégimentée ! J'ai du
changé mes plans, je l'avoue. Il me disait des choses, qui dans ma tête
n'étaient que fictives ! Il a pu repousser les horizons de ma vision
plus loin que je ne pense. Comment peut-il être autrement devant un
tel emblème qui développait la force du verbe Amazighe durant plus de
soixante ans ?
Lhoussain Azergui
: Vous avez accompagné Sakkou durant plusieurs année afin de
transcrire toute la poésie qu'il a dit depuis ses débuts, ou en est ce
travail ?
Zaid Ouchna :
Oui, dans la douleur j'ai pu finalement écrire ce
qu'il m'avait dit durant près de huit ans. Mais ce qui m'a surpris
aussi, c'est sa vie publique ; je veux dire son comportement dans sa
communauté. Pour lui, son intérêt propre niche dans le collectif ! Je
trouve que ce genre de pensée a disparu dans la région. Oui, j'ai
consigné sa poésie, mais aussi j'ai fais un scénario sur sa biographie
que je trouve très éloquente à plus d'un titre. Le problème reste le
manque flagrant de producteur du cinéma Amazighe au sud-est. Au fait,
il n'y a rien au sud-est ! Je rajoute à ce néant, orchestré,
quelques positions légères de certaines personnes qui font du délire un
militantisme ! Toute initiative utile, est systématiquement détruite
par la favorite arme des lâches : la propagande. Nous savons tous, qui
sont les responsables, je révélerai certaines vérités au temps
opportun. Le combat Amazigh est à juste raison noble, le savoir Amazigh
est largement adulte ; c'est pourquoi nous n'avons besoin ni des
impostures et ni d'ignominies. Il faudrait se conjuguer avec des
autres conceptions. Sakkou disait : “ une pensée qui n'assimile pas
les autres ou qui ne fait pas avec, n'est plus une pensée ”.
Lhoussain Azergui : Vous
pensez en faire un livre ?
Zaid Ouchna :
Ce n'est plus je pense ! J'en ai déjà fait un livre.
Il sera exposé au SIEL à Casablanca le 10/2/2007.
Pour information seulement, il y aura également la
biographie de Zaid Ouhmad en Tamazighet ; version parler du sud-est.
Lhoussain Azergui
: Est ce que vous pouvez nous donner un aperçu général sur la
poésie amazighe au Sud-Est du Maroc ?
Zaid Ouchna :
Etant originaire de cette contrée et homme de
terrain à plein temps depuis des décennies, je suis en position de vous
affirmer, sans me tromper, qu'être issu de cette sinuosité culturelle
est une fierté pour un Amazighe digne de ce nom. Il n'y a pas que la
poésie pluridimensionnelle qui me fascine ; mais bien d'autres domaines
que j'ai pu constater tel que : l'éducation, la sagesse, Izerfan (les
lois), les croyances, la noblesse de l'âme et bien d'autres valeurs
universalistes qui caractérisent un grand peuple. Le désagrément, tout
de même, vient de cet état d'esprit naïf, qui a toujours tendance à
valoriser plus l'autre ou le reste au détriment de ses propres
préceptes. C'est certainement la raison première qui a assisté le
système fasciste arabo-musulman à causer plus de dégât dans le cœur
même de notre identité.
Pour revenir à votre question sur la poésie au
sud-est, qui est vaste, il y a lieu de signaler sa particularité. Il y
a d'abord celle qui est léguée et pratiquée en liturgie ; c'est à dire
celle qui pérennise les recommandations des ascendants. Elle est
transmise de génération à une autre sans altération. Par exemple : Warru
(iru, herru ou yru ; c'est selon les localités) lfall, babakheyyi,
Aydani, Baybi ou Bahbi, Lalou, Azzenzey...etc. On ne peut que
s'enthousiasmer devant les messages des ancêtres, véhiculés par ces
chants. Il y a ensuite celle, très diverse, qui impose par contre la
créativité ; car elle parle du vécu dans tous ses pampres. Par exemple :
Tamdyazt, Tagezzumt, Izli dans ses variantes, Tamawayt, Hayfa, et bien
d'autres encore. Je rappelle aussi que la poésie au Sud-est se distingue
par le fait qu‘elle soit féminine ou masculine. En effet, il y a des
lieds chantés exclusivement par des femmes. Par exemple : Warru,
Abaghur et les chants de besogne. Il y a la poésie mixte ; Azzenzey pour
ne citer que lui. Pour terminer, il y a la poésie juste masculine. Vous
en conviendrez avec moi, que le mot poésie est orphelin pour pouvoir
véhiculer à lui tout seul cette richesse particulière et diverse à la
fois.
Lhoussain Azergui :
Quelles sont les difficultés, que vous avez rencontré
durant votre travail ?
Zaid Ouchna:
Il y en a eu plusieurs ; mais je me contenterai d'une
seule pour l'instant. J'ai terminé ce livre en 2002. Je l'ai écrit
évidement en caractère latin, précisément en Tamâemriyt que Ramdan Âchab
a modernisé. La police était Ttptim. J'ai fait le tour du Maroc pour une
éventuelle publication ; là encore j'en ai vu de toutes les couleurs à
cause des propagandistes. Aucune imprimerie n'a pu ou n'a pas voulu
imprimer dans cette police. Je l'ai fait savoir dans un article que j'ai
publié, je rappelle son titre “ Amnay en quête d'édition Amazighe
”. Résultat : toujours rien. Maintenant, qu'on ne vienne surtout
pas me casser les oreilles par des slogans, alors que nos bibliothèques
brûlent presque quotidiennement.
Lhoussain Azergui
: Le mot de la fin
Zaid Ouchna :
Je regrette à ce que certains militants ont vite pris
la grosse tête et n'ont toujours pas compris qu'ils sont dépassés par la
force des événements. Ils font du sur-place et sombrent dans des
critiques sournoises et enchaînent des commentaires superficiels. Peut
être sans s'en rendre compte, ils font du mal à tout le monde ;
eux-mêmes d'abord !
Sakkou disait :
Ulligh yad i dilligh nna g da ttessam
Annaygh mkerdul-a qbel ad yawd da.
Entretien réalisé par : Lhoussain Azergui,
journaliste et auteur amazigh.
source: monde-berbere.net
janvier 2007 |