A T’kout, village perdu dans les Aurès, chaque année a lieu la fête
« Chaibe Achoura ». Cette fête apparaît , citée dans
différents écrits sur la région, mais sans explications sur son origine ou
sa signification.

J’ai assisté cette année pour le première fois à ce festival qui m’a
touché et impressionné car il semble venir du plus profond de la
mémoire, du sang de T’kout.
Voici le récit que je peux vous en faire, peut être cela
interessera-t’il un chercheur , historien ou sociologue ou encore une
personne qui désire connaître mieux la mémoire collective des Aurès.
Festival de ACHOURA T’kout mercredi 8/2/2006

Les personnages :
Mariama : C’est le rôle principal, assuré par un
jeune travesti ( garçon qui porte des vêtements féminins)
Chiabes (les vieux) : sont les soldats qui assurent
la protection de Mariama et son sauvetage. Chacun de ces Chiabes a son
propre nom.
Koulbis-Djins blancs-Bouhlaoua-Makhli Archour : Ces
derniers portent des vêtements usés, garnis de boites de conserve
rouillées, de peaux sèches . Ils peuvent mettre aussi tout ce qui est
attractif et inhabituel pour avoir un nouveau look.
Are : Le lion : Est celui qui juge et punit les kidnappeurs par la
torture physique ou l’amende.
Algham : le chameau
El Kard (singe) : porte des vêtements noirs retenus pas une ceinture
blanche, sa queue est striée de noir et de blanc.

La scène commence par la musique, les participants se rassemblent et « MARIAMA »
danse sous haute surveillance de soldats déguisés en africains.
Le public s’intègre au jeux et ose kidnapper Mariana, mais les soldats
la récupèrent rapidement à coup de piqures d’épines et l’amènent vers
Are là où le kidnappeur sera torturé ou payera une amende.
Les scènes : --------------- Le combat : Après une petite confrontation,
un soldat en tue un autre, un troisième s’approche de la victime et lui
souffle dans le pied comme un boucher.
Le lavage : les soldats vont se prosterner aux pieds de Mariama pour lui
prouver leur obéissance et leur fidélité.
La prière : Après s’être lavés avec un liquide qui représente l’urine de
Mariama, ils se mettent à genoux l’un après l’autre après avoir sauté
par dessus celui qui précède.

Cette cérémonie, s’étend de l’océan Atlantique jusqu’au Nil , le sens de
l’humour est le point commun avec de petites différences de personnages.
Au Maroc par exemple, Mariama est remplacée par THAOUDHAYETH la juive
qui est accompagnée par une autre femme THAOUAYA la Noire, et d’autres
animaux tels que la vache, le chameau, l’étalon.....Les soldats sont
appelés IMEACHAR.
Plusieurs histoires diffèrent sur l’origine de cette tradition, mais ce
qui est unique et évident est l’empreinte africaine, enrichie de
pratiques religieuses et symboliques. Mariama est symbole de féminité et
de reproduction elle est située entre le divin et l’humain. Un être de
chair et d’os, fascinant, séduisant par sa beauté cachée et par sa
silhouette fine qui amène les hommes à tenter leur chance pour l’avoir
près d’eux. Elle est défendue par les vigiles (soldats) qui la libèrent
rapidement. Les hommes ne peuvent donc la garder longtemps .Peut être
représente t’elle même la terre mère.
Le déguisement est important dans le spectacle, il permet en effet aux
participants de faire ce qui est interdit sous le masque du personnage (
comme se laver avec l’urine). Rappelons à ce sujet, le carnaval en
Allemagne qui est appelé aussi « la fête ou tout est permis »
Ces gestes, pratiques et actions, sont également humoristiques et
marquent un refus de certaines valeurs sociales et un moyen de briser
les tabous en cassant les enchaînements de l’ordre, de l’autorité etc.

Le spectateur fait partie du festival, il sait qu’il peut à tout moment
être la cible des épines des soldats et que quoiqu’il arrive, il ne
pourra réclamer car cet espace est celui de l’anarchie totale, un espace
sans valeurs préalablement fixées .Il est un endroit qui échappe à toute
autorité « légale et juste ».
Ce festival vient de temps très lointains, son origine mystérieuse
précède toute religion monothéiste mais il s’est adapté et a évolué
après la disparition des croyances qui l’ont créé.
Source : festival de achoura la nuit du 9/2/2006 (population de T’kout)
CD festival chaibe achoura 19/2/2005
Zalatou Nino
source: kabyles.com