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Aurès : le festival de Chaibe Achoura   Un carnaval amazigh traditionnel célebré à T’kout

 

 

Date : 20 février 2006 Par l'auteur :
Yidir Achouri Lui ecrire ?

 

Aurès : le festival de Chaibe Achoura

Un carnaval amazigh traditionnel célebré à T’kout

A T’kout, village perdu dans les Aurès, chaque année a lieu la fête « Chaibe Achoura ». Cette fête apparaît , citée dans différents écrits sur la région, mais sans explications sur son origine ou sa signification.

 

J’ai assisté cette année pour le première fois à ce festival qui m’a touché et impressionné car il semble venir du plus profond de la mémoire, du sang de T’kout.

Voici le récit que je peux vous en faire, peut être cela interessera-t’il un chercheur , historien ou sociologue ou encore une personne qui désire connaître mieux la mémoire collective des Aurès.

Festival de ACHOURA T’kout mercredi 8/2/2006

 


Les personnages :
 

Mariama : C’est le rôle principal, assuré par un jeune travesti ( garçon qui porte des vêtements féminins) Chiabes (les vieux) : sont les soldats qui assurent la protection de Mariama et son sauvetage. Chacun de ces Chiabes a son propre nom.

Koulbis-Djins blancs-Bouhlaoua-Makhli Archour : Ces derniers portent des vêtements usés, garnis de boites de conserve rouillées, de peaux sèches . Ils peuvent mettre aussi tout ce qui est attractif et inhabituel pour avoir un nouveau look. Are : Le lion : Est celui qui juge et punit les kidnappeurs par la torture physique ou l’amende.

Algham : le chameau

         El Kard (singe) : porte des vêtements noirs retenus pas une ceinture blanche, sa queue est striée de noir et de blanc.

 


La scène commence par la musique, les participants se rassemblent et « MARIAMA » danse sous haute surveillance de soldats déguisés en africains.
Le public s’intègre au jeux et ose kidnapper Mariana, mais les soldats la récupèrent rapidement à coup de piqures d’épines et l’amènent vers Are là où le kidnappeur sera torturé ou payera une amende.

Les scènes : --------------- Le combat : Après une petite confrontation, un soldat en tue un autre, un troisième s’approche de la victime et lui souffle dans le pied comme un boucher.

Le lavage : les soldats vont se prosterner aux pieds de Mariama pour lui prouver leur obéissance et leur fidélité.

La prière : Après s’être lavés avec un liquide qui représente l’urine de Mariama, ils se mettent à genoux l’un après l’autre après avoir sauté par dessus celui qui précède.

 

Cette cérémonie, s’étend de l’océan Atlantique jusqu’au Nil , le sens de l’humour est le point commun avec de petites différences de personnages. Au Maroc par exemple, Mariama est remplacée par THAOUDHAYETH la juive qui est accompagnée par une autre femme THAOUAYA la Noire, et d’autres animaux tels que la vache, le chameau, l’étalon.....Les soldats sont appelés IMEACHAR.

Plusieurs histoires diffèrent sur l’origine de cette tradition, mais ce qui est unique et évident est l’empreinte africaine, enrichie de pratiques religieuses et symboliques. Mariama est symbole de féminité et de reproduction elle est située entre le divin et l’humain. Un être de chair et d’os, fascinant, séduisant par sa beauté cachée et par sa silhouette fine qui amène les hommes à tenter leur chance pour l’avoir près d’eux. Elle est défendue par les vigiles (soldats) qui la libèrent rapidement. Les hommes ne peuvent donc la garder longtemps .Peut être représente t’elle même la terre mère.

Le déguisement est important dans le spectacle, il permet en effet aux participants de faire ce qui est interdit sous le masque du personnage ( comme se laver avec l’urine). Rappelons à ce sujet, le carnaval en Allemagne qui est appelé aussi « la fête ou tout est permis »

Ces gestes, pratiques et actions, sont également humoristiques et marquent un refus de certaines valeurs sociales et un moyen de briser les tabous en cassant les enchaînements de l’ordre, de l’autorité etc.

 

Le spectateur fait partie du festival, il sait qu’il peut à tout moment être la cible des épines des soldats et que quoiqu’il arrive, il ne pourra réclamer car cet espace est celui de l’anarchie totale, un espace sans valeurs préalablement fixées .Il est un endroit qui échappe à toute autorité « légale et juste  ».

Ce festival vient de temps très lointains, son origine mystérieuse précède toute religion monothéiste mais il s’est adapté et a évolué après la disparition des croyances qui l’ont créé.

Source : festival de achoura la nuit du 9/2/2006 (population de T’kout)
CD festival chaibe achoura 19/2/2005

Zalatou Nino

 

 

source: kabyles.com

 


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