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FESTIVALS ,  MOUSSEMS et PELERINAGES :

ASSENSI OU LA FETE PATRONALE D'AZROU-N'THUR

 
   
Date:  Wed, 20 Jul 2005 04:52:47 +0200 (CEST)
De:  Azemz hocine
À:  Imazighenes-Amerique@yahoogroups.com amazigh-net@yahoogroups.com,   cma@congres-mondial-amazigh.org info@maghreb-observateur.qc.ca
   
Objet:  [Amazigh-Net] ASENSI n UZ'RU N THUR'

Azul,
 
Tamazgha  Africaine, Méditerranéenne, Laïque, Moderne et Libre Siwa     Libye     Djerba     Tunisie  Algérie      Iles Canaries    Maroc     Niger   Mali   Mauritanie Sahara Occidentalsouss.com ASENSI n UZ'RU N THUR' Une tradition anté-islamique célébrée annuellement au sommet de Tigergert (Mont Ferratus ou Djurdjura)    

 

Actualités : ASSENSI OU LA FÊTE PATRONALE D'AZROU-N'THOUR : BIVOUAC SUR LE MONT SACRE
Souvenirs d’un week-end d’été sur un sommet du Djurdjura




Source : Le Soir d'Algerie 20 juilletJuillet 2005

Reportage de Saïd Aït-Mébarek
Assensi d’Azrou-N’thour est un pèlerinage festif qu’organisent cycliquement à pareille époque estivale, et à tour de rôle, trois villages de la commune d’Illiltène, dans la daïra d’Iferhounène, Zoubga, Aït-Addella et Takhlijt- Ath-Atsou. Synthèse d’une excursion champêtre, d’un bivouac diurne et nocturne de plusieurs heures sur l’une des nombreuses proéminences rocheuses que compte le Djurdjura, Assensi est une célébration profane et sacrée à la gloire d’un mont, un rocher sacralisé par la tradition.

Aussi, le voyage et le séjour effectués sur le pic sacré d’Azrou-N’thour sont une façon d’aller à la rencontre du temps perdu, de la mémoire qui se découvre à travers la célébration de ce genre de lieu et de paysages ainsi que des rites qui leur sont liés. Car «la pérennité de certains paysages, la survivance de certaines mœurs et coutumes, dit un auteur, révèlent beaucoup de l’âme d’une communauté».

Aller à Azrou-N’thour est de ces voyages d’où l’on revient troublé et fasciné par le spectacle de puissance alliée au charme naturel et sauvage du lieu. Il y a, surtout, cette lancinante et obscure impression qu’inspire le mystère, le témoignage de respect quasi religieux qui entourent la célébration estivale qu’il accueille en son sein. Azrou-N’thour était, dit la petite histoire, un lieu d’ermitage et de réclusion volontairement choisi par un groupe de tolba pour s’adonner à leurs prières et à l’adoration de Dieu. Un chapelet d’anecdotes, de légendes, sur fond de récits hagiographiques, tient lieu de repères biographiques et historiques et alimente l’aura de puissant thaumaturge, pourvoyeur de grâce et de miracles accordés à Azrou N’thour, dénomination qui veut dire littéralement le rocher de la deuxième prière du jour. Ce qui est probable, c’est la vocation de lieu d’estivage, de migration des troupeaux qui, en été, montent des maigres pâturages mitoyens des villages vers ceux de
 la montagne, conférée au plateau prolongeant vers le sud la grande pyramide rocheuse. Azrou-N’thour et tout le périmètre montagneux qui l’entoure, allant de Tizi-Ldjamaâ jusqu’au célèbre col de Tirourda ,peut être aussi une destination de rêve pour un tourisme climatique, une halte pour les inconditionnels de la nature et autres amateurs de villégiature et de solitude cosmique. Le décor chaotique et féerique, à la fois, fascine par son panache qui est un mélange d’éclat sauvage, et de hauteur parcourue par une coulée rocailleuse et une maigre végétation, avec, ça et là, quelques cèdres rabougris, genévriers et chênes-lièges. Le rocher que le rédacteur d'un guide touristique de l’époque coloniale comparait au fameux pic du Midi de la France est un long cône culminant à 1900 mètres d’altitude. L’oratoire qui couronne son sommet où fut érigé un simulacre de mausolée domine un impressionnant abîme et permet au regard de découvrir un panorama contrasté et compliqué de reliefs vallonnés
 et accidentés d’une partie de la haute Kabylie et de la vallée de la Soummam. Il nous revient ici la très belle phrase tirée du roman la Terre et le Sang de Mouloud Feraoun pour qui "les villages minuscules qui se terrent à son pied (celui du Djurdjura) ou s’égrènent sur les sommets des massifs plus modestes ont l’air d’une multitude apeurée qui se prosterne devant un Dieu sévère". En tout cas, l’esprit est assailli par moult interrogations sur le sens de la célébration d’un culte voué à un rocher que les villages de Zoubga, Ait-Atsou et Ait-Adella partagent avec une dévotion et une ferveur immuables depuis des générations : incantations nostalgiques sur un ordre païen révolu, besoin de se réapproprier des espaces patrimoniaux pour mieux sauvegarder la mémoire ou volonté d’afficher sa préférence pour un héritage spirituel nourri aux valeurs du terroir ? Assensi, c’ est le nom donné à cette fête patronale organisée sur et à la gloire du grand rocher, qui devient l’espace d’une
 journée aoûtienne le lieu d’un pèlerinage, mélangeant l’ambiance bigarrée, d’une fête foraine et l’atmosphère grave et mystique d’un voyage initiatique et l’éclat solennel d’une cérémonie sacrée… Ce rendez- vous pour lequel se mobilise toute la communauté villageoise est précédé par d’intenses préparatifs qui se poursuivent sur le site même de la fête, au pied d’Azrou- N’thour, comme l’explique un membre du comité du village Zoubga dont c’est le tour d’organiser la cérémonie et les festivités de l’assensi de ce week-end du mois d’août. Dans cette atmosphère de veillée d’armes empreinte d’une débauche d’énergie pour la préparation de la grand-messe du lendemain, il y a un moment pour la détente et la relaxation. Les clameurs de «l’Ourar» qu’improvise, à l’écart de leurs aînés, ce groupe de jeunes adolescents, font écho aux murmures légers et sourds des orgues du Djurdjura et aux rumeurs sauvages et mystérieuses qui habitent la nuit qui tisse peu à peu les fils de son manteau noir sur
 la montagne que la lune enduit de sa réverbération diaphane et lumineuse. Le lendemain au petit matin quand la montagne se sera libérée de ses ébats érotiques avec la nuit et quand le soleil aura fini de lâcher sa lumière encore vacillante, par delà la ligne d’horizon, le spectacle n’en sera que plus beau encore ; une véritable orgie matinale de mauve, de bleu azuré mêlé d’ocre teinté de rayons jaunes et dorés se déverse sur le damier accidenté constitué de hauteurs et de collines sur lesquelles sommeillent encore les nombreux villages. Des villages d’où, tout à l’heure, quand la lumière du jour aura fini de briller de tout son éclat, s’ébranleront les processions de pèlerins et de visiteurs. Pour les membres du comité d’organisation, l’heure n’est pas à la contemplation. Dès les premières heures de la journée, on entre dans la réalité de la fête dans tout ce qu’elle a de prosaïque, mais aussi de stressant. On s'active avec quelque fébrilité à lancer la mécanique de l’événement dont
 les rouages semblent pourtant bien huilés et maîtrisés par l’expérience des éditions précédentes. De la réussite de celui-ci dépend, en effet, le prestige de la communauté villageoise dont toutes les énergies se sont mobilisées pour la manifestation durant laquelle doit prévaloir sérénité, sécurité, convivialité, bon accueil et partage. Tout ce qui fait l’esprit de l’assensi, d’une ziara qui doit procurer piété et joie aux pèlerins qui, maintenant arrivent par petits groupes. Ce sont les familles de Zoubga, vieilles femmes ou mères de famille, escortant des enfants et, surtout, des jeunes filles qui ouvrent le bal des arrivants et qui jettent leur dévolu sur des endroits à l’ombre du feuillage léger et maigre des cèdres et des chênes-lièges pour y camper toute la journée, en attendant de se joindre à la foule qui part à l’assaut du pic. On y arrive à travers un sentier escarpé envahi de pierres et bordé, par endroits, de ronces et d’arbustes sur lesquels, jadis, les femmes
 accrochaient les fanions et des pièces d’étoffe qui sont des ex-voto, des fétiches à qui elles prêtent une heureuse influence. L’ascension commence, calme et fluide. A mesure que l’affluence augmente, succédant aux nonchalantes arrivées matinales de petits groupes de visiteurs, le mouvement de la foule monte crescendo. C’est vers la fin de la matinée, lorsque le soleil se fait plus ardent et commence à incendier la montagne de sa chaleur, que la cérémonie prend plus de vie. Les lieux sont imprégnés par une animation joyeuse colorée par les nuances vives et chatoyantes des vêtements des femmes où se côtoient les robes traditionnelles des anciennes et les tenues modernes et estivales des jeunes filles à l’élégance pudique. On assiste alors à une longue procession, du pied vers le sommet du rocher. Ce va-etvient incessant et nonchalant d’hommes et de femmes de tous âges marque une trêve et donne lieu à un autre spectacle qui se déroule sur l’esplanade, Au pied du rocher symbolisé par
 le rituel d’offrandes d’argent, une sorte d’obole qu’apportent les visiteurs, surtout les femmes à qui les sages du village, réunies autour de l’imam, prodiguent remerciements et baraka La dégustation du couscous est l’autre grand moment de l’assensi, un autre passage obligé, appelé aussi waâda, sans lequel le pèlerinage ne serait pas complet, car permettant l’expression du lien communautaire par le partage et la solidarité. Mais c’est autour du mausolée, làhaut, presque dans les nuages que se concentre l’essentiel de la journée, le moment où la cérémonie dévoile un autre pan de sa liturgie, de son sens et aussi son mystère. Pendant que les hommes, jeunes et moins jeunes, contemplent les splendeurs chaotiques qui les entourent et découvrent le moutonnement des collines et des monts qui se dressent au milieu d’étroites vallées, les femmes investissent le temple, une vieille bâtisse presque en ruine qui a servi de poste d’observation aux soldats français et qui fait office de lieu de
 culte au décor sommaire et dépouillé de toute représentation pieuse ou funéraire : juste un trou dans le mur qui ressemble, à s’y méprendre, à un confessionnal d’église. Sur le sol, un semblant d’autel sur lequel on allume des bougies. Ni saint patron, ni marabout descendant d’une lignée confrerique connue, Azrou-N’thour est juste un lieu-dit vénéré, un aâssas à qui on prête les pouvoirs d’oracle capable de miracles et auprès de qui on vient implorer une surhumaine protection et demander la baraka, faire des invocations en tous genres : on est vieille femme éplorée par l’exil prolongé d’un fils ou épouse ne supportant pas l’absence trop longue du mari, on vient à Azrou… ; femme stérile ou lasse de n’enfanter que des filles, on va à Azrou…; jeune vierge effarouchée par l’âge et le spectre d’un long célibat, on va à Azrou… ; amoureux de la nature et de l’air pur, on va à Azrou-N’thour, un lieu où l’on vient rendre grâce et demander quelque chose en retour. Peu importe quoi. Car Azrou…
 est le réceptacle de toutes les fantaisies des hommes, de tous les mélanges : moment de célébration d’une messe solennelle à la gloire du pic éternel, assensi est une synthèse propice à la célébration de la nature et à la purification spirituelle, dans un élan collectif de joie communicative et spontanée. Et il arrive que le spectacle glisse de la piété vers le jeu, le rite de séduction. C’est le prétexte pour l’échange de regards tendres et l’effusion de sentiments juvéniles qui s’évaporent sitôt la fête finie mais qu’on garde comme un souvenir d’une journée d’été passée à Azrou et puis, qui sait ? Peutêtre si la baraka d’Azrou… Le déploiement festif et le regroupement qui s’y déroulent offrent ce contraste saisissant d’une quête spirituelle qui oscille entre le rituel mondain et la démonstration religieuse. Une célébration profane qui épouse les contours nubileux d’une religiosité diffuse qui manque d’élaboration mais non dénuée de sincérité. Ce mélange de pratiques et de
 croyances profanes et sacrées, en communion avec la nature, s’il peut prêter à sourire offre l’occasion d’une catharsis, d’un exorcisme collectif : si pour les femmes, c’est l’occasion de voir et d’être vues du monde, pour beaucoup, une excursion champêtre comme celle qu’on effectue à Azrou-N’thour offre un refuge contre les contingences, la banalité de la vie quotidienne. Elle permet d’échapper à un monde qui va mal et qui cède de plus en plus au désenchantement, en allant à la rencontre de choses simples de la vie et de renouer, même pour un jour, avec le merveilleux qu’inspire la montagne. Dans ces effusions ludiques et spirituelles, dans toute cette tension permanente entre ciel et terre pour donner du sens à la vie qui se concentrent dans le spectacle aoûtien qui se déroule sur Azrou-N’thour, il y a, nous citons un auteur qui fait la description d’un rite similaire, «le notable avantage de souder la communauté autour d’un même imaginaire et permet le maintien de la cohésion
 collective autour d’un corps de pensées homogènes». Assensi, la fête patronale célébrée à la gloire du pic sacré d’Azrou-N’thour, est, pour utiliser la formule du même auteur, « la synthèse métaphorique voire symbolique d’une conception du monde». Celle-là même qu’interroge l’ethnologue Camille Lacoste Dujardin, dans son étude du conte kabyle où elle fait la réflexion suivante sur la montagne en tant qu’espace symbolique dans la vision du monde et la cosmogonie kabyles : «La montagne, Adrar, ne saurait manquer au paysage kabyle, puisqu’elle constitue la majeure partie de ce pays (…) partout, en quelque point de la Kabylie, l’horizon se confond, au Sud, avec les cimes du Djurdjura. La montagne est partout présente, et la distinction est difficile à établir entre la montagne proprement dite et les hautes collines qu’elle domine. En fait, les Kabyles sont conscients de leur qualité de montagnard qui, en préservant leur isolement, leur a permis de profiter des courants extérieurs, sans
 modifier leurs structures fondamentales (…)" Pour Camille Lacoste Dujardin "la montagne kabyle, par son caractère conjugué de nature sauvage et vide d’hommes, aux rochers escarpés et percés de grottes, fut de tout temps un lieu sacré, résidence de génies ou d’ogresses redoutées en communication avec le monde souterrain. Nombre de ses sommets sont restés des lieux de pèlerinage contre la stérilité, dont les Kabyles défendirent farouchement l’accès aux Turcs, comme le Tamgout des Aït- Djennad (…) D’autres lieux comme les collines et les rochers participent au sacré de la montagne. Ils sont surtout des lieux d’invocation. De leur sommet, on pourrait apercevoir le pays des parents dont on se trouve exilé. Leur hauteur peut symboliser la croissance: dans un conte (le grain magique), le frère de l’héroïne grandit magnifiquement à chaque colline franchie sur laquelle la jeune fille doit faire une invocation».
S. A.-M.

Pour les citations, cf. : Camille Lacoste Dujardin, Le conte kabyle (étude ethnographique), Editions Bouchène, Alger 1991. Culture populaire, sorcellerie ou magie?
Dominique Grisoni, In Le Magazine littéraire N°174, juin 1981. Notre passé quotidien, Michel Pierre, Le Magazine littéraire, N°179 juillet/août 1979.
 

 

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