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  communication devant l'instance permanente  sur les questions autochtones Nations Unies New York  ( 14 au 25 mai 2007)

     interview en 2006

 

 

 

Voici la communication d’une militante de la cause Amazigh Madame Kamira NAIT SID (présidente du collectif de femmes du printemps noir de Kabylie) à la cession de l’instance permanente sur les questions autochtones au siège des nations unies à New York du 14 au 25 mai 2007

 

 

Bonjour madame la présidente, mes frères et sœurs. Je suis madame Nait Sid kamira, présidente du collectif de femmes du printemps noir de Kabylie, membre fédérale du congres mondial amazighs, du mouvement pour l’autonomie de la Kabylie et membre de L’ipacc (coordination des comites africain des peuples autochtones). Ma communication, je l’ai consacrée à la situation économique de ma région : le Kabylie.

Les amazighs de l’Algérie

Les amazighs (berbères) sont présents en Afrique du Nord depuis la période préhistorique. Vaste et riche territoire, le pays des amazighs va susciter toutes les convoitises. Depuis l’antiquité, l’Afrique du Nord connaîtra plusieurs vagues d’envahisseurs : Aux phéniciens vont succéder les Romains, puis les Vandales, les Byzantins, les arabes (7ème siècle), les espagnols (15ème siècle), les Turcs (1515) et enfin les Français (1830). Les amazighs qui constituent donc le peuple autochtone d’Afrique du Nord sont aujourd’hui disséminés sur une dizaine de pays : Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Egypte (Siwa), Espagne (Canaries, Ceuta, Melilla), Niger, Mali, Burkina-Faso et Mauritanie (populations touarègues). On compte aujourd’hui une quarantaine de millions de locuteurs amazighs dont 75% environ vivent au Maroc et en Algérie. Ce peuple dispose d’une langue et d’une culture propres. La langue amazighe bénéficie d’un système d’écriture original, « Tifinagh », développé il y a 4000 ans et préservé jusqu’à nos jours. Il existe également un autre système de transcription en caractères latins plus récent et qui tend à se répandre. En Algérie, les populations amazighophones représentent environ un tiers de la population totale, soit une dizaine de millions d’individus vivant principalement dans les régions de Kabylie, Aurès, Chenoua, M’zab et l’extrême sud du pays pour la composante touarègue. La Kabylie reste cependant la région qui compte le plus grand nombre D’amazighophones (6 à 7 millions de personnes). Il est également important de noter qu’il existe sur tout le territoire algérien des centaines d’endroits où l’on parle quotidiennement tamazight (la langue amazighe).

La situation des amazigh de l’Algérie

Depuis l’indépendance du pays en 1962, l’Algérie a toujours pratiqué la même politique de négation et d’exclusion à l’encontre de l’identité amazighe. Les constitutions algériennes ont régulièrement réaffirmé la même définition de la nation reposant sur les seules composantes arabe et islamique excluant ainsi la composante amazighe. L’actuelle Constitution (qui date de 1996), si elle introduit enfin la référence à l’amazighité, à côté de l’Islam et de l’arabité, comme fondements de l’identité algérienne, c’est seulement dans son préambule et celui-ci insiste d’ailleurs plus loin sur « l’Algérie, terre d’Islam (...) et pays arabe ». Les articles 1-2 et 1-3 lèvent ensuite toute équivoque en stipulant que « l’islam est la religion de l’Etat » et « l’arabe est la langue nationale et officielle ». Sous la pression de la rue en 2002 le gouvernement algérien a reconnu tamazight comme langue nationale mais dans la pratique rien n’a changé. Ainsi, l’existence en tant que telle d’une population de plusieurs millions d’amazighs algériens avec leur histoire, leur langue et leur culture plusieurs fois millénaires est tout simplement occultée, niée, refusée.
Toutes les violations des droits politiques, économiques, sociaux et culturels des populations amazighes découlent de cette négation constitutionnelle et seront donc pratiquées en toute « légalité ».
Afin d’accentuer le processus d’assimilation des amazighs, l’arsenal juridique a été complété par la loi n° 91-05 du 16/01/91 « portant généralisation de l’utilisation de la langue arabe », modifiée par l’ordonnance n° 96-30 du 21/12/96 et qui est entrée en vigueur le 5 juillet 1998. Cette loi soumet à des sanctions pécuniaires et même à des peines de prison en cas de récidive, les auteurs de tout texte, contrat ou déclaration publique, écrits ou prononcés publiquement dans une autre langue que l’arabe. Tous les documents émanant des administrations, des entreprises publiques et privées et même des associations, doivent obligatoirement être rédigés exclusivement en langue arabe. La loi 90-31 sur les associations culturelles va dans le même sens en interdisant toute publication qui ne soit pas en arabe. La langue amazighe n’est même pas considérée comme une « langue étrangère » - ce qui serait déjà particulièrement injuste et aberrant pour une langue dont la présence en Algérie est bien antérieure à l’apparition de la langue arabe.
Face à ce qui est vécu comme de graves injustices, les amazighs d’Algérie ont à maintes reprises réclamé publiquement le respect de leurs droits et des libertés démocratiques la région de Kabylie
La Kabylie est une région montagneuse située à cinquante kilomètres à l’est d’Alger. Elle s’étire le long de la cote méditerranéenne sur une distance de deux cents kilomètres pour une superficie de plus de 30 000kilometres. Ses habitants, les kabyles, d’origine amazigh, La Kabylie reste cependant la région qui compte le plus grand nombre D’amazighophones 6 à 7 millions de personnes ainsi que deux million d’émigrés en France et dans d’autres pays du monde.

Violations des droits des Kabyles

De révolte en révolte pour imposer un ordre démocratique en Algérie, la Kabylie s’est trouvé isolée dans son combat, marginalisée et réprimée. Au cours des vingt dernières années, on peut retenir notamment la révolte de la population de Kabylie au cours du printemps berbère de 1980, le boycott scolaire de l’année 1994/95 entrepris par les écoliers, les collégiens, les lycéens et étudiants pour exprimer leur refus de l’exclusion de tamazight de l’école algérienne, la révolte populaire qui a suivi l’assassinat du chanteur Lounès Matoub le 25 juin 1998 (à la veille de l’entrée en vigueur de la loi d’arabisation) et enfin le printemps noir de l’année 2001 qui marque une rupture totale entre la société civile Amazighophone algérienne et Kabyle en particulier, avec le pouvoir algérien et ses pratiques mêlant injustices, mépris, arrogance et violence. Au cours du soulèvement citoyen de Kabylie au printemps 2001, les « forces de l’ordre » ont fait usage pendant trois mois d’armes de guerre (balles explosives) contre les populations civiles, faisant une centaine de morts et plus de 3000 blessés dont plus de la moitié garderont des séquelles à vie. La région de Kabylie est particulièrement visée par le pouvoir algérien qui cherche à la soumettre ou à la marginaliser parce qu’elle n’a de cesse de dénoncer les abus de pouvoir, le délabrement du service public, la corruption institutionnalisée, l’accaparement des richesses du pays par les clans au pouvoir, la paupérisation de la société, et de réclamer instamment l’instauration de l’état de droit où le citoyen vivrait dans la dignité, la justice, la paix et jouissant équitablement de ses droits et ce, conformément aux principes énoncés aussi bien par la Charte des Nations Unies, que la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ou le Pacte International des Nations Unies relatif aux droits économiques, sociaux et culturels.

La situation économique de la Kabylie les droits socio-économiques.

Alors que l’Algérie est un pays riche grâce notamment à ses ressources pétrolières et gazières, le niveau de vie de la grande majorité de la population ne cesse de se détériorer car la rente énergétique est monopolisée par les clans qui se partagent le pouvoir au sommet de l’Etat. La paupérisation touche particulièrement les zones montagneuses comme les régions des Aurès et la Kabylie où le taux de chômage est largement supérieur à la moyenne nationale (30% en moyenne nationale, 50% en Kabylie). Dans la wilaya de Tizi-Ouzou par exemple, aucun investissement industriel d’envergure n’a été réalisé depuis 20 ans. Au contraire, les deux principales usines Cotitex (textile) et Eniem (électroménager) ont vu fondre leurs effectifs de façon vertigineuse. Les investissements privés sont particulièrement découragés en Kabylie par un grand nombre de barrières Juridico administratives dans le but de préserver certains monopoles tout en les détournant vers d’autres régions du pays. Le chômage et les privations de toutes sortes qu’il engendre touche avec plus d’acuité les jeunes qui tentent de « fuir » la douloureuse réalité en s’adonnant à la consommation d’alcool, la drogue, l’exil et en dernier recours, le suicide. Dès lors que l’état est le seul patron et banquier du pays, il est à même d’exercer à loisir un chantage économique et financier sur n’apporte quel groupe, n’importe quelle collectivité de son territoire. C’est ainsi que la Kabylie se trouve dans une situation de grave désinvestissement économique due au désengagement de l’état qui refuse, d’injecter des capitaux dans notre région qui lui reste politiquement hostile. Cette situation s’est aggravée avec la révolte de la Kabylie en 2001 . La provocation d’avril 2001(révolte de Kabylie : le printemps noir), manœuvre, visant à déstabiliser la région reste une preuve consistante de la volonté du pouvoir centrale de noyer la Kabylie dans un bain de sang. Cette diabolique stratégie est sanctionné par un bilan des plus macabres ; plus de 126 jeunes assassinés et des milliers de blessés . En plus de ce génocide, il y a eu, aussi d’autres conséquences qui ne sont pas moindres ; entre autre la paralysie totale du développement économique dans notre région. Cette volonté politique de l’administration centrale est exprimée par un retard record dans les annales des programmes de réalisation d’équipement publics. Au moment ou la réalisation du programme normal d’équipement publics dans notre région est caractérisé par les blocages suscités, le gouvernement dote le reste du pays de multiples programme spéciaux financés par des enveloppes conséquentes qui reflètent l’importance des recettes pétrolières (richesses naturelles qui appartiennent normalement à tous les algériens) avec ses recettes, le gouvernement à lancé un programme « spécial grand sud » : un programme « spécial haut plateaux » et un autre « spécial grand Alger ». Si on tente de situer ces programmes géographiquement, nous remarquons qu’il n’y a pratiquement que la Kabylie qui est exclue. Le gouvernement ne s’est pas contenté uniquement de négliger et de 0bloquer l’investissement en Kabylie, il a même délocalisé des grand projets destinés dans un premier temps pour la Kabylie ; à titre d’exemple : l’usine d’insuline, le complexe sportif de Tizi-Ouzou en Kabylie est remis au calendes grecs malgré les performances de notre équipe le JSK(jeunesse sportif kabyle) sur le plan national et continental, une autre grave discrimination est le tracé de l’autoroute est- ouest qui a à peine effleuré la kabylie et vue l’annulation de certains échangeurs et brettelles qui existaient dans l’étude préliminaire notamment au niveau de la vallée de la soummam. Une stratégie du gouvernement destinée à neutraliser le port de Bgayet : principal pole économique.

L’autonomie de la Kabylie comme solution à la crise

Pour remédier à tous les blocages des autorités algériennes au développement de la Kabylie, aujourd’hui nous pensons à la solution de l’autonomie à travers laquelle notre peuple récupérera l’initiative économique garante de son essor. L’autonomie de notre région nous permettra d’éviter les entraves et les incompréhensions des autorités algériennes dont nous avons eu à souffrir depuis des décennies. Elle nous permettra aussi de mettre nos enfants à l’abri de la violence de l’état et à prendre en charge notre langue, notre culture et notre identité. Nous demandons aussi :
- Le jugement des assassins des 126 martyrs du printemps noir.
- Arrêt des intimidations et harcèlement des militants Kabyles et Amazighs.
- Cessation de la politique de pourrissement de la Kabylie.
- Partage équitable des richesses de notre pays (les recettes pétrolières et gaz et autres)
- Arrêt des blocages des projets d’investissements en Kabylie.

Enfin, je tiens à rendre un vibrant hommage à tous les martyrs du printemps noir de Kabylie , à toutes les victimes et à tous ceux et celles qui continuent la résistance citoyenne pacifique.

Je vous remercie.

 

 
   

Interview de Naït Sid Kamira, membre du Bureau exécutif de l’IPACC

 

 

5ème session de l’Instance Permanente des Nations Unis pour les Peuples Autochtones

mercredi 28 juin 2006

Naït Sid Kamira est de tous les combats, elle est, à la fois, membre du Collectif des Femmes du Printemps Noir (C.F.P.N.), du Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie (M.A.K.), du Congrès Mondial Amazigh (C.M.A.) et du Bureau exécutif du Comité de Coordination des Peuples Autochtones d’Afrique (I.P.A.C.C.).

Elle vient de rentrer de New York (U.S.A.), où elle a eu à participer aux travaux de la cinquième cession de l’Instance Permanente des Nations Unis pour les Peuples Autochtones mais aussi à plusieurs réunions et activités se rapportant aussi bien aux droits des Amazighs qu’à ceux des autres peuples autochtones.

 

Naït Sid Kamira : Siège des Nations Unis, New York, U.S.A., Mai 2006

Kabyle.com : Vous rentrez de New York (U.S.A.) où vous avez participé aux travaux de l’Instance Permanente des Nations Unies pour les Peuples Autochtones, qu’en est-il au juste ?

Naït Sid Kamira : J’ai effectivement participé à la cinquième session de l’Instance Permanente des Nations Unies pour les Peuples Autochtones qui s’est déroulée à New York du 15 au 26 mai 2006, en tant que membre du Collectif des Femmes du Printemps Noir (C.F.P.N.) de Kabylie et du Congrès Mondial Amazigh (C.M.A.). J’ai également participé à cette session en tant que membre du Bureau exécutif du Comité de Coordination des Peuples Autochtones d’Afrique (I.P.A.C.C.), élue au mois d’avril de cette année.

Qu’est-ce que l’Instance Permanente et quel est son rôle exactement ?

Pour prendre en charge la question des droits spécifiques des peuples autochtones, les Nations Unies ont créé, en 1982, le Groupe de Travail sur les Peuples Autochtones (G.T.P.A.) qui se réunissait chaque année à Genève, l’assemblée générale des peuples autochtones du monde.

Il existe également un autre Groupe de Travail, créé en 1995, composé de représentants des peuples autochtones et des États, qui traite, précisément, du projet de Déclaration sur les droits des peuples autochtones. C’est en 1993, à la Conférence mondiale sur les droits humains, à Vienne, que l’idée d’une Instance Permanente dédiée aux Peuples Autochtones dans le système des Nations Unies a été proposée, idée finalement concrétisée en 2002.

Cette instance est composée de 16 membres élus pour une durée de 3 ans (8 représentants des Peuples Autochtones et 8 les États). La région Afrique est actuellement représentée par M. Hassan Id Balkassm, un amazigh du Maroc.

L’Instance Permanente se réunit une fois par an, à New York et son rôle est de :

1 - Examiner les rapports présentés par les organisations des peuples autochtones et soumettre des recommandations aussi bien aux États concernés qu’aux organes compétents des Nations Unies.

2 - Promouvoir et réaliser des programmes en faveur des peuples autochtones.

3 - Diffuser l’information sur les droits des peuples autochtones.

Au cours de votre séjour, vous avez eu à rencontrer beaucoup de représentants d’organismes et d’ONG, quel bilan en faites-vous ?

Eu plus des travaux de la plénière, il y avait plusieurs activités culturelles et événements en parallèle et auxquels j’ai pris part. J’ai assisté aux réunions du coccus africains, réunions de l’IPACC, de la délégation amazighe, des réunions avec le Haut-commissariat aux Droit de l’Hommes, le Centre documentaire, le Congrès des Peuples Autochtones Francophones, et différentes réunions avec les ONG autochtones de plusieurs pays.

Comme j’ai eu la chance de rencontrer les membres de l’association ACCA, les amazighs de l’Amérique, que je remercie du fond du cœur pour leur accueil chaleureux et l’aide qu’ils m’ont apporté, mais aussi, pour le travail qu’ils font là-bas pour la cause amazighe.

L’essentiel de ces rencontres et réunions était de partager les expériences des uns et des autres, leur manière de s’organiser, surtout qu’ils sont en avance par apport à nous dans ce domaine. Lier des relations et partenariats avec des organisations internationales qui travaillent pour les droits et le développement des peuples autochtones, maintenant il faut se mettre au travaille avec les association locales pour faire avancer la cause et développer notre région.

Vous en avez profité pour leur remettre un rapport sur la situation des Amazighs, en général, et sur les événements de Kabylie, en particulier, que contient-il en substance ?

Dans le rapport nous avons dénoncé la politique de négation et d’exclusion à l’encontre de l’identité amazighe, la marginalisation des Amazighs, les violations des droits politiques, économiques, sociaux et culturels des populations amazighes. Le peuple amazigh autochtone ne bénéficie d’aucune forme de reconnaissance légale ou institutionnelle en Algérie. Et c’est cette négation du fait amazigh qui permet à l’État algérien de bafouer, en toute impunité, les droits fondamentaux des Amazighs, notamment le droit de « disposer d’eux-mêmes » et le droit « de façonner leur propre développement social, économique et culturel et de modeler leur identité culturelle ».

Sur les récents « événements de Kabylie » qui ont éclaté en avril 2001et qui ont fait plus de 128 victimes et des centaines de blessés avec des séquelles à vie, depuis, la région de Kabylie est complètement abandonnée à elle-même. Les difficultés de la vie quotidienne y sont exacerbées notamment par la totale désertion de l’État qui laisse monter les tensions liées à l’absence de l’autorité publique et à l’insécurité. Cette attitude du Gouvernement algérien, qui pousse au pourrissement de la situation, est porteuse de graves dangers pour la population qui n’en peut plus d’être confrontée, quotidiennement, aux besoins immédiats de survie.

Ces violations graves, permanentes et systématiques des Droits de la personne, le mépris à l’égard des principes démocratiques et des libertés fondamentales, la violation par l’État algérien des Textes de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme et des Conventions internationales, le code de la famille qui porte gravement atteinte aux droits moraux, économiques, sociaux et à la liberté de la femme algérienne, fondé sur une base religieuse, il place, délibérément, la femme dans une situation d’infériorité, de dépendance et de soumission. Cela est parfaitement contraire à l’idéal humain de justice, d’égalité des droits et de liberté.

Quelles sont les recommandations essentielles que vous avez émises et qu’espérez-vous en retour ?

Il y a des recommandations émises au nom de tous les Amazighs faites par la délégation amazighe présente, puis, il y a des recommandations au nom des Amazighs d’Algérie que j’ai présenté dans mon rapport et que je résume ainsi :

-  La reconnaissance du peuple amazigh de l’Algérie comme peuple autochtone.

-  La reconnaissance de langue amazighe comme langue officielle et lui donner les moyens pour sa promotion.

-  La reconnaissance des droits des Amazighs, notamment le droit à leur langue et culture, ses droits à la terre et ses ressources naturelles.

-  L’arrêt des intimidations, harcèlements et poursuites juridiques à l’encontre des militants amazighs.

-  Le jugement des assassins des jeunes de Kabylie et des Aurès ainsi que l’application des conventions internationales ratifiées par l’Algérie.

-  La Kabylie demande aujourd’hui une large autonomie en tant que solution à son problème, d’autres régions de Tamazgha optent pour un système de décentralisation des pouvoirs, en Algérie ou Maroc.

-  Enfin il reste que la décentralisation ou le fédéralisme restent des solutions inévitables pour régler les problèmes des Amazighs d’Algérie.

Qu’apportera au peuple amazigh sa reconnaissance en tant que peuple autochtone de l’Afrique du Nord et de qui dépend-t-elle ?

La qualité de Peuple Autochtone pour les Amazighs doit être reconnue par les instances officielles internationales et nationales, c’est-à-dire par les Nations Unies et par les États d’Afrique du Nord.

Au niveau des Nations Unies, il n’y a aucun problème, les Amazighs sont, naturellement, reconnus comme le peuple autochtone de l’Afrique du Nord. Ce sont les États qui refusent cette reconnaissance car cette question les embarrasse énormément. S’ils disent, comme ils le font, qu’ils sont « Arabes », ils reconnaissent de fait qu’ils ne sont pas autochtones, s’ils disent qu’ils sont Amazighs, alors ils doivent reconnaître toutes les dimensions de l’amazighité de l’Afrique du Nord et les traduire dans les faits.

Concernant ce que nous apporterait la reconnaissance de la qualité d’autochtone, c’est tout simplement la reconnaissance de nos droits fondamentaux, tels qu’ils sont définis par les Nations Unies, particulièrement le droit à la souveraineté sur nos terres, nos territoires et les richesses naturelles qu’ils renferment.

La définition du « peuple autochtone » a été modifiée dernièrement, pouvez-vous nous donner celle en vigueur actuellement ?

Il n’y a pas vraiment de nouvelle définition du concept d’autochtonie, ce qu’il y a de nouveau, c’est l’exigence internationale de leur reconnaissance et de la reconnaissance de leurs droits en tant que « peuples » ou « nations ». Cela signifie, pour eux, comme pour tout peuple, le respect de leur droit à l’autodétermination et en particulier le droit de préserver leurs spécificités politiques, socioculturelles, juridiques, linguistiques et de disposer de la pleine souveraineté sur leurs terres, sur leurs territoires et sur leurs ressources naturelles.

En clair, cela veut dire que les richesses naturelles du pays reviennent d’abord aux Amazighs, cela est valable pour les extractions minières (y compris pétrole et gaz par exemple), pour l’eau, pour les forêts, etc.

Les Amazighs marginalisés et appauvris à cause de la spoliation de leurs terres et territoires, récupéreraient ainsi leurs ressources et assureraient leur développement. C’est pourquoi nous attendons avec impatience la prochaine adoption définitive de la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des Peuples Autochtones, probablement dès ce mois de juin 2006, car elle constituera le premier instrument réellement contraignant pour les États.

Je recommande d’ailleurs très vivement la lecture du dernier rapport de Mme Erica DAES, rapporteur Spécial des Nations Unies pour les Droits des Peuples Autochtones, intitulé : « La souveraineté permanente des Peuples Autochtones sur leurs terres, territoires et ressources naturelles. »

Quelles attitudes vos différents interlocuteurs ont eu par rapport à tout ce que vous leur avez exposé, notamment lors de votre intervention ?

J’ai été écoutée, nos recommandations sont inscrites au niveau du Secrétariat de l’Instance Permanente.

Pourquoi, selon vous, les « gouvernants » nord-africains s’opposent à la classification du peuple amazigh comme étant le peuple autochtone de l’Afrique du Nord ?

C’est pour les raisons précédemment citées. Ces gouvernants ont mis main basse sur les ressources des Amazighs et grâce à nos richesses, ils achètent des armes pour nous combattre et nous dominer. Nous voulons que cela cesse par le moyen du Droit international et de notre détermination, nous allons restaurer notre souveraineté sur notre pays et notre liberté.

Quelle suite allez-vous donner à votre démarche, des rendez-vous ou des dates à retenir ?

La prochaine réunion de l’IPACC aura lieu au Kenya, du 03 au 07 juillet 2006. Le Groupe de Travail des Peuples Autochtone se réunira à Genève du 29 juillet au 04 août 2006. La Conférence des Peuples Autochtones Francophones aura lieu à Agadir en novembre 2006. Le Congrès Mondial Amazigh (C.M.A.), en relation avec les Nations Unies, tiendra incessamment une série de conférences et séminaires sur ce thème en Kabylie et dans la région des Aurès.

Au niveau local, nous avons eu une subvention du Fond Monétaire Mondial pour les Droit de l’Homme, pour la création d’une cellule d’écoute pour les femmes et les enfants en détresse, comme nous avons signé une convention avec le Forum des Femmes Méditerranée pour un projet de tourisme solidaire en Kabylie, pour des raison que je ne citerai pas ici, nous étions obligés de céder ces deux projets pour l’Association AMUSNAW de Tizi Ouzou, comme on dit chez nous : Awid kan anwa ara ayxedemen (L’important est qu’il y est des gens pour travailler).

Dans le cadre du programme du Collectif des Femmes du Printemps Noir et du Congrès Mondial Amazigh, nous avons des projets pour les femmes, les enfants, les jeunes et l’environnement, aussi qu’une série de conférences qui se dérouleront cet été dans plusieurs villages de Kabylie.

Une question personnelle, comment arrivez-vous à vous en sortir avec vos multiples casquettes : Collectif des Femmes du Printemps Noir (C.F.P.N.), Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie (M.A.K.), Congrès Mondial Amazigh (C.M.A.) et Comité de Coordination des Peuples Autochtones d’Afrique (I.P.A.C.C.) ?

J’aime la Kabylie, et je suis convaincu que la cause est juste, le reste est facile. Je travaille avec toutes et tous ceux qui oeuvrent pour faire avancer le combat identitaire, les Droits Humains, l’égalité entre l’homme et la femme, la démocratie et la justice sociale.

A la fin je remercie l’équipe de Kabyle.com qui fait un travail extraordinaire, et je saisi cette occasion pour rendre hommage aux martyrs du Printemps Noir, à Matoub Lounès, à Meziane Mehenni, à Nabila Djehnine et à Karima Nait Sid.

IPACC : Indigenous Peoples of Africa Co-ordinating Committee (Comité de Coordination des Peuples Autochtones d’Afrique).

Pour Kabyle.com – Rédaction de Tizi Ouzou – Dimanche 18 Juin 2006

Entretien et transcription : Djamel BEGGAZ

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source: kabyle.com

 

 
   
   
   

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