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5ème session de l’Instance Permanente des Nations
Unis pour les Peuples Autochtones
mercredi 28 juin 2006
Naït Sid Kamira est de tous les combats, elle est, à la fois, membre
du Collectif des Femmes du Printemps Noir (C.F.P.N.), du Mouvement
pour l’Autonomie de la Kabylie (M.A.K.), du Congrès Mondial Amazigh (C.M.A.)
et du Bureau exécutif du Comité de Coordination des Peuples
Autochtones d’Afrique (I.P.A.C.C.).
Elle vient de rentrer de New York (U.S.A.), où elle a eu à participer
aux travaux de la cinquième cession de l’Instance Permanente des
Nations Unis pour les Peuples Autochtones mais aussi à plusieurs
réunions et activités se rapportant aussi bien aux droits des Amazighs
qu’à ceux des autres peuples autochtones.

Naït Sid Kamira : Siège des Nations Unis, New York,
U.S.A., Mai 2006
Kabyle.com : Vous rentrez de New York (U.S.A.) où
vous avez participé aux travaux de l’Instance Permanente des Nations
Unies pour les Peuples Autochtones, qu’en est-il au juste ?
Naït Sid Kamira : J’ai effectivement
participé à la cinquième session de l’Instance Permanente des Nations
Unies pour les Peuples Autochtones qui s’est déroulée à New York du 15
au 26 mai 2006, en tant que membre du Collectif des Femmes du
Printemps Noir (C.F.P.N.) de Kabylie et du Congrès Mondial Amazigh (C.M.A.).
J’ai également participé à cette session en tant que membre du Bureau
exécutif du Comité de Coordination des Peuples Autochtones d’Afrique (I.P.A.C.C.),
élue au mois d’avril de cette année.
Qu’est-ce que l’Instance Permanente et quel est
son rôle exactement ?
Pour prendre en charge la question des droits spécifiques des peuples
autochtones, les Nations Unies ont créé, en 1982, le Groupe de Travail
sur les Peuples Autochtones (G.T.P.A.) qui se réunissait chaque année
à Genève, l’assemblée générale des peuples autochtones du monde.
Il existe également un autre Groupe de Travail, créé en 1995, composé
de représentants des peuples autochtones et des États, qui traite,
précisément, du projet de Déclaration sur les droits des peuples
autochtones. C’est en 1993, à la Conférence mondiale sur les droits
humains, à Vienne, que l’idée d’une Instance Permanente dédiée aux
Peuples Autochtones dans le système des Nations Unies a été proposée,
idée finalement concrétisée en 2002.
Cette instance est composée de 16 membres élus pour une durée de 3 ans
(8 représentants des Peuples Autochtones et 8 les États). La région
Afrique est actuellement représentée par M. Hassan Id Balkassm, un
amazigh du Maroc.
L’Instance Permanente se réunit une fois par an, à New York et son
rôle est de :
1 - Examiner les rapports présentés par les organisations des peuples
autochtones et soumettre des recommandations aussi bien aux États
concernés qu’aux organes compétents des Nations Unies.
2 - Promouvoir et réaliser des programmes en faveur des peuples
autochtones.
3 - Diffuser l’information sur les droits des peuples autochtones.
Au cours de votre séjour, vous avez eu à
rencontrer beaucoup de représentants d’organismes et d’ONG, quel bilan
en faites-vous ?
Eu plus des travaux de la plénière, il y avait plusieurs activités
culturelles et événements en parallèle et auxquels j’ai pris part.
J’ai assisté aux réunions du coccus africains, réunions de l’IPACC, de
la délégation amazighe, des réunions avec le Haut-commissariat aux
Droit de l’Hommes, le Centre documentaire, le Congrès des Peuples
Autochtones Francophones, et différentes réunions avec les ONG
autochtones de plusieurs pays.
Comme j’ai eu la chance de rencontrer les membres de l’association
ACCA, les amazighs de l’Amérique, que je remercie du fond du cœur pour
leur accueil chaleureux et l’aide qu’ils m’ont apporté, mais aussi,
pour le travail qu’ils font là-bas pour la cause amazighe.
L’essentiel de ces rencontres et réunions était de partager les
expériences des uns et des autres, leur manière de s’organiser,
surtout qu’ils sont en avance par apport à nous dans ce domaine. Lier
des relations et partenariats avec des organisations internationales
qui travaillent pour les droits et le développement des peuples
autochtones, maintenant il faut se mettre au travaille avec les
association locales pour faire avancer la cause et développer notre
région.
Vous en avez profité pour leur remettre un
rapport sur la situation des Amazighs, en général, et sur les
événements de Kabylie, en particulier, que contient-il en substance ?
Dans le rapport nous avons dénoncé la politique de négation et
d’exclusion à l’encontre de l’identité amazighe, la marginalisation
des Amazighs, les violations des droits politiques, économiques,
sociaux et culturels des populations amazighes. Le peuple amazigh
autochtone ne bénéficie d’aucune forme de reconnaissance légale ou
institutionnelle en Algérie. Et c’est cette négation du fait amazigh
qui permet à l’État algérien de bafouer, en toute impunité, les droits
fondamentaux des Amazighs, notamment le droit de « disposer
d’eux-mêmes » et le droit « de façonner leur propre développement
social, économique et culturel et de modeler leur identité
culturelle ».
Sur les récents « événements de Kabylie » qui ont éclaté en avril
2001et qui ont fait plus de 128 victimes et des centaines de blessés
avec des séquelles à vie, depuis, la région de Kabylie est
complètement abandonnée à elle-même. Les difficultés de la vie
quotidienne y sont exacerbées notamment par la totale désertion de
l’État qui laisse monter les tensions liées à l’absence de l’autorité
publique et à l’insécurité. Cette attitude du Gouvernement algérien,
qui pousse au pourrissement de la situation, est porteuse de graves
dangers pour la population qui n’en peut plus d’être confrontée,
quotidiennement, aux besoins immédiats de survie.
Ces violations graves, permanentes et systématiques des Droits de la
personne, le mépris à l’égard des principes démocratiques et des
libertés fondamentales, la violation par l’État algérien des Textes de
la Déclaration universelle des Droits de l’Homme et des Conventions
internationales, le code de la famille qui porte gravement atteinte
aux droits moraux, économiques, sociaux et à la liberté de la femme
algérienne, fondé sur une base religieuse, il place, délibérément, la
femme dans une situation d’infériorité, de dépendance et de
soumission. Cela est parfaitement contraire à l’idéal humain de
justice, d’égalité des droits et de liberté.
Quelles sont les recommandations essentielles que
vous avez émises et qu’espérez-vous en retour ?
Il y a des recommandations émises au nom de tous les Amazighs faites
par la délégation amazighe présente, puis, il y a des recommandations
au nom des Amazighs d’Algérie que j’ai présenté dans mon rapport et
que je résume ainsi :
La
reconnaissance du peuple amazigh de l’Algérie comme peuple autochtone.
La
reconnaissance de langue amazighe comme langue officielle et lui
donner les moyens pour sa promotion.
La
reconnaissance des droits des Amazighs, notamment le droit à leur
langue et culture, ses droits à la terre et ses ressources naturelles.
L’arrêt
des intimidations, harcèlements et poursuites juridiques à l’encontre
des militants amazighs.
Le
jugement des assassins des jeunes de Kabylie et des Aurès ainsi que
l’application des conventions internationales ratifiées par l’Algérie.
La
Kabylie demande aujourd’hui une large autonomie en tant que solution à
son problème, d’autres régions de Tamazgha optent pour un système de
décentralisation des pouvoirs, en Algérie ou Maroc.
Enfin
il reste que la décentralisation ou le fédéralisme restent des
solutions inévitables pour régler les problèmes des Amazighs
d’Algérie.
Qu’apportera au peuple amazigh sa reconnaissance
en tant que peuple autochtone de l’Afrique du Nord et de qui
dépend-t-elle ?
La qualité de Peuple Autochtone pour les Amazighs doit être reconnue
par les instances officielles internationales et nationales,
c’est-à-dire par les Nations Unies et par les États d’Afrique du Nord.
Au niveau des Nations Unies, il n’y a aucun problème, les Amazighs
sont, naturellement, reconnus comme le peuple autochtone de l’Afrique
du Nord. Ce sont les États qui refusent cette reconnaissance car cette
question les embarrasse énormément. S’ils disent, comme ils le font,
qu’ils sont « Arabes », ils reconnaissent de fait qu’ils ne sont pas
autochtones, s’ils disent qu’ils sont Amazighs, alors ils doivent
reconnaître toutes les dimensions de l’amazighité de l’Afrique du Nord
et les traduire dans les faits.
Concernant ce que nous apporterait la reconnaissance de la qualité
d’autochtone, c’est tout simplement la reconnaissance de nos droits
fondamentaux, tels qu’ils sont définis par les Nations Unies,
particulièrement le droit à la souveraineté sur nos terres, nos
territoires et les richesses naturelles qu’ils renferment.
La définition du « peuple autochtone » a été
modifiée dernièrement, pouvez-vous nous donner celle en vigueur
actuellement ?
Il n’y a pas vraiment de nouvelle définition du concept d’autochtonie,
ce qu’il y a de nouveau, c’est l’exigence internationale de leur
reconnaissance et de la reconnaissance de leurs droits en tant que
« peuples » ou « nations ». Cela signifie, pour eux, comme pour tout
peuple, le respect de leur droit à l’autodétermination et en
particulier le droit de préserver leurs spécificités politiques,
socioculturelles, juridiques, linguistiques et de disposer de la
pleine souveraineté sur leurs terres, sur leurs territoires et sur
leurs ressources naturelles.
En clair, cela veut dire que les richesses naturelles du pays
reviennent d’abord aux Amazighs, cela est valable pour les extractions
minières (y compris pétrole et gaz par exemple), pour l’eau, pour les
forêts, etc.
Les Amazighs marginalisés et appauvris à cause de la spoliation de
leurs terres et territoires, récupéreraient ainsi leurs ressources et
assureraient leur développement. C’est pourquoi nous attendons avec
impatience la prochaine adoption définitive de la Déclaration des
Nations Unies sur les Droits des Peuples Autochtones, probablement dès
ce mois de juin 2006, car elle constituera le premier instrument
réellement contraignant pour les États.
Je recommande d’ailleurs très vivement la lecture du dernier rapport
de Mme Erica DAES, rapporteur Spécial des Nations Unies pour les
Droits des Peuples Autochtones, intitulé : « La souveraineté
permanente des Peuples Autochtones sur leurs terres, territoires et
ressources naturelles. »
Quelles attitudes vos différents interlocuteurs
ont eu par rapport à tout ce que vous leur avez exposé, notamment lors
de votre intervention ?
J’ai été écoutée, nos recommandations sont inscrites au niveau du
Secrétariat de l’Instance Permanente.
Pourquoi, selon vous, les « gouvernants »
nord-africains s’opposent à la classification du peuple amazigh comme
étant le peuple autochtone de l’Afrique du Nord ?
C’est pour les raisons précédemment citées. Ces gouvernants ont mis
main basse sur les ressources des Amazighs et grâce à nos richesses,
ils achètent des armes pour nous combattre et nous dominer. Nous
voulons que cela cesse par le moyen du Droit international et de notre
détermination, nous allons restaurer notre souveraineté sur notre pays
et notre liberté.
Quelle suite allez-vous donner à votre démarche,
des rendez-vous ou des dates à retenir ?
La prochaine réunion de l’IPACC aura lieu au Kenya, du 03 au 07
juillet 2006. Le Groupe de Travail des Peuples Autochtone se réunira à
Genève du 29 juillet au 04 août 2006. La Conférence des Peuples
Autochtones Francophones aura lieu à Agadir en novembre 2006. Le
Congrès Mondial Amazigh (C.M.A.), en relation avec les Nations Unies,
tiendra incessamment une série de conférences et séminaires sur ce
thème en Kabylie et dans la région des Aurès.
Au niveau local, nous avons eu une subvention du Fond Monétaire
Mondial pour les Droit de l’Homme, pour la création d’une cellule
d’écoute pour les femmes et les enfants en détresse, comme nous avons
signé une convention avec le Forum des Femmes Méditerranée pour un
projet de tourisme solidaire en Kabylie, pour des raison que je ne
citerai pas ici, nous étions obligés de céder ces deux projets pour
l’Association AMUSNAW de Tizi Ouzou, comme on dit chez nous : Awid kan
anwa ara ayxedemen (L’important est qu’il y est des gens pour
travailler).
Dans le cadre du programme du Collectif des Femmes du Printemps Noir
et du Congrès Mondial Amazigh, nous avons des projets pour les femmes,
les enfants, les jeunes et l’environnement, aussi qu’une série de
conférences qui se dérouleront cet été dans plusieurs villages de
Kabylie.
Une question personnelle, comment arrivez-vous à
vous en sortir avec vos multiples casquettes : Collectif des Femmes du
Printemps Noir (C.F.P.N.), Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie (M.A.K.),
Congrès Mondial Amazigh (C.M.A.) et Comité de Coordination des Peuples
Autochtones d’Afrique (I.P.A.C.C.) ?
J’aime la Kabylie, et je suis convaincu que la cause est juste, le
reste est facile. Je travaille avec toutes et tous ceux qui oeuvrent
pour faire avancer le combat identitaire, les Droits Humains,
l’égalité entre l’homme et la femme, la démocratie et la justice
sociale.
A la fin je remercie l’équipe de Kabyle.com qui fait un travail
extraordinaire, et je saisi cette occasion pour rendre hommage aux
martyrs du Printemps Noir, à Matoub Lounès, à Meziane Mehenni, à
Nabila Djehnine et à Karima Nait Sid.
IPACC :
Indigenous Peoples of Africa Co-ordinating Committee (Comité de
Coordination des Peuples Autochtones d’Afrique).
Pour Kabyle.com – Rédaction de Tizi Ouzou –
Dimanche 18 Juin 2006
Entretien et transcription : Djamel BEGGAZ
Reproduction interdite sans
autorisation
source: kabyle.com
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