C’est depuis plus de neuf mois que Mohya se bat contre la maladie. En
effet, il est atteint d’une tumeur de cerveau. C’est à l’hôpital
parisien de la Pitié Salpêtrière qu’il est hospitalisé et qu’il a
suivi des soins avant d’être transféré à la Maison Medicale Jeanne
Garnier (Paris XVe) fin septembre.
Mohya, connu également sous le nom de Mohand Ouyahya, est très célèbre
non par ses œuvres littéraires mais plutôt par ses traductions /
adaptations en kabyle de plusieurs dizaines d’œuvres universelles.
Lycéen à Tizi-Ouzou, en 1967 Mohya est marqué par le système scolaire
de l’époque : des traces indélébiles y figureront dans son œuvre. Dans
les années 1970, Mohya entame des études universitaires en
mathématiques à Paris. Il côtoie l’Académie berbère à Paris : un de
ses premiers articles est écrit en tifinagh et est publié dans "Imazighen",
bulletin de l’Académie berbère. Il rejoint le "Groupe d’Etudes
Berbères" de l’Université de Vincennes où il était une des chevilles
ouvrières des publications du Groupe : Bulletin d’études berbères, la
Revue Tisuraf et plusieurs suppléments à ces deux publications.
Dès le début des années 1970, Mohya commence à traduire les œuvres
théâtrales universelles. Plusieurs œuvres d’auteurs étrangers à la
société kabyle sont adaptées en kabyle. Ceci, quand elles ne le sont
pas encore jouées en kabyle. Près d’une quarantaine de pièces de
théâtre se sont ainsi "incrustées" dans l’espace littéraire et
artistique kabyle.
Grâce à Mohya un nouveau mouvement théâtral en langue kabyle a vu le
jour au début des années 1980 : plusieurs troupes ont repris ses
adaptations pour les mettre en scène te les interpréter. Ainsi, lors
de festivals de théâtre berbère organisés très souvent en Kabylie, la
majorité des pièces présentées sont des œuvres adaptées par Mohya.
Si Mohya a brillé par ses adaptations théâtrales, il s’est aussi
attelé à l’adaptation d’œuvres poétiques : ainsi, des poèmes de Nazim
Hikmet (opposant turc), de Boris Vian et d’autres encore sont adaptés
en kabyle. Mais Mohya a également écrit des poèmes. Comment ne pas
citer le fameux "Ah ! ya ddin qessam" composé en 1981 en hommage aux
détenus berbéristes croupissant dans les geôles des prisons
algériennes, un poème chanté par plusieurs artistes dont Ali Ideflawen,
Bahi, le groupe Imuzagh,...
De toutes les œuvres de Mohya peu sont connues. Hormis les quelques
œuvres éditées sous forme livresque ou en cassettes audio et/ou vidéo,
le reste de l’œuvre de Mohya est manuscrit au mieux tapuscrit. Les
amis de Mohya comme les responsables de troupes de théâtre kabyles
disposent d’au moins une trentaine de photocopies de manuscrits
inédits.
"Tamazgha.fr" consacrera une série d’articles sur Mohya et présentera
des extraits de ses adaptations kabyles. Ainsi, nous permettrons la (re)découverte
des œuvres manuscrites et/ou orales de la littérature universelle,
adaptées en kabyle par Mohya.
Nous souhaitons un rapide rétablissement à Mohya et qu’il puisse enfin
rejoindre sa famille, ses proches et ses amis.
La Rédaction
Lire l’entretien de Mohya à
Tafsut (1985)
www.tamazgha.fr
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