Mémorandum pour lutter contre toutes les formes de
discriminations contre les Amazighs
1er janvier 2008
Depuis la nuit de temps, le peuple amazigh (berbère) a toujours vécu en
Afrique du Nord. C’est le peuple autochtone de cette partie monde. Même si
celle-ci a vu l’arrivée de communautés humaines aussi diverses que variées
(phéniciennes, roumaines, vandales, arabes, portugaises, françaises,
espagnoles…) pour des raisons coloniales, commerciales ou religieuse ou tout
simplement pour s’y établir ou s’y réfugier.
En fait, ce peuple, vieux comme le monde, a toujours vécu avec elles en
bonne intelligence en préservant, coûte que coûte, sa culture et son
identité. Malgré les vicissitudes de la fortune, le peuple marocain est,
jusqu’au jour d’aujourd’hui, majoritairement amazigh.
Pour autant, depuis l’accession du Maroc à l’indépendance en 1956, la donne
a changé radicalement. En raison de la présence massive des nationalistes
extrémistes arabes dans les différentes sphères de l’État, l’existence du
peuple amazigh est carrément mise à mal. Car il est systématiquement l’objet
de toutes sortes de discriminations que ce soit dans sa vie quotidienne ou
d’un point de vue législatif.
1- Niveau législatif :
a)- La Constitution marocaine stipule que seul l’arabe est la langue
officielle du pays ignorant, totalement, la langue amazighe et refusant,
catégoriquement, tout autre langue officielle. Tout cela en contradiction
flagrante avec les engagements internationaux pris par le Maroc pour
promouvoir la culture des droits de l’homme. On peut en citer : les
recommandations prises par la Conférence mondiale de Vienne en 1993, le
Pacte mondial de l’éducation et la motion onusienne 41/187 incitant à
reconnaître la dimension culturelle dans les droits de l’homme et à élargir
la participation à la vie culturelle.
b)- Il est formellement interdit à la justice, l’administration et tout
autre institution publique d’utiliser la langue amazighe en vertu d’une loi
d’arabisation promulguée le 25/01/1965.
c)- Il est interdit aux Amazighs de donner des prénoms amazighs à leur
progéniture. Et cela en vertu d’une circulaire du Ministère de l’intérieur
datant du 12/05/1997 et adressée à tous les walis et tous les gouverneurs
dans toutes les régions du royaume. Une circulaire qui vient rectifier et
compléter le 6e article du dahir émis le 08/03/1950(...)
d)- Le État marocain continue à appliquer les lois datant de l’époque du
Protectorat. Elles concernent tout ce qui a trait à la propriété, les forêts
et les mines. C’est au nom de ces mêmes lois que sont expropriées les tribus
autochtones de leurs terres qui regorgent de toutes sortes de richesses
minières ou forestières.
2- La vie quotidienne :
a)- Médias :
La
folklorisation systématique de la culture amazighe dans les médias
officiels ;
Le
temps consacré dans les médias officiels à l’amazighité est extrêmement
court, contrairement aux autres langues et cultures ;
Dans
le cas où des émissions amazighes sont programmées, ce qui est extrêmement
rare, c’est toujours à des heures extrêmement tardives ou à des moments où
peu de gens regardent ou écoutent leur radio ou leur télévision ;
Le
refus d’accorder tout soutien financier public aux journaux amazighs comme
cela se fait avec les autres journaux arabes et français.
Les
atermoiements continuels de l’État marocain à créer une chaîne de télévision
amazighe ;
Les
propos de Fayçal El Araichi, le président de la société nationale de la
radio et de la télévision marocaine, par lesquels il a refusé,
catégoriquement, lors d’un point de presse, l’utilisation de la langue
amazighe dans la chaîne sportive, créée récemment.
b)- Enseignement :
L’inexistence
d’une réelle volonté pour faire intégrer la langue amazighe dans le système
éducatif marocain malgré la signature d’un accord en bonne et due forme
entre l’Institut royal de la culture amazighe (IRCAM) et le Ministère de
l’Éducation nationale ;
La
rareté des séances de formation au profit des professeurs de la langue
amazighe ;
La
non disponibilité des supports pédagogiques dans pratiquement toutes les
écoles ou la langue amazighe est enseignée ;
Le
marché n’est pas alimenté d’un nombre suffisant de livres amazighs ;
Le
peu de cadres à même de suivre et évaluer la qualité de l’enseignement de la
langue amazighe ;
Les
propos racistes à l’adresse des Amazighs émis par certains responsables de
l’Éducation nationale (ceux de Ouarzazate et de Khémisset).
c)- Droit à une personnalité légale :
Que ce soit sur tout le territoire national ou dans les consulats à
l’étranger, les autorités locales et les services de l’état civil marocains
continue de pratiquer la discrimination à l’endroit de plusieurs familles
amazighes. Leur crime : elles ont manifesté leur volonté de donner des
prénoms amazighs à leurs nouveau-nés. Pour preuve, les cas de la famille
Sifaou Ouâmmi à Figuig, Sifaou Bouhouche à Casablanca, Anir El-Idrissi à
Rabat, Numidia Tin Ass à Lîlle en France et, enfin, Sifaou Aâzouz à Beni
Tajit...
d)- Droit de s’organiser et de fonder des associations :
Plusieurs organisations amazighes sont toujours en attente des récépissés de
légalisation en raison des atermoiements du ministère de l’Intérieur.
Exemples : le parti démocratique amazigh marocain (PDAM) et toutes ses
sections, l’association Andaz amazigh à El-Hajeb, l’association Imal à Masst,
Association Izuran à Lakhsas....
c)- Droit de manifester et de se regrouper :
L’interdiction
à Marakech le 3 février 2007 du congrès constitutif du parti démocratique
amazigh marocain (PDAM). Ce qui a fait que les congressistes se sont réunis
dans la rue ;
L’interdiction
non justifiée faite à l’association d’Afra d’organiser à Tiznit un colloque
portant sur l’amazighité et le développement humain ;
L’intervention
musclée des forces de l’ordre contre une manifestation spontanée et
pacifique organisée suite à l’interdiction arbitraire du colloque d’Afra. Ce
qui a fait plusieurs blessés plus ou moins graves parmi les manifestants ;
L’interdiction
le 18 mars 2007 d’une rencontre à Agadir, cette fois-ci, organisée par
l’association Usman pour débattre d’ un livre, Un kidnappé sans adresse, de
son auteur Said Bajji.
d)- Droit dans une vie digne :
L’État
continue toujours dans sa politique d’exclusion des régions amazighes ;
Les
victimes du tremblement de terre, qui a frappé El-Houceima dans le Rif,
continuent toujours à souffrir dans le dénuement total ;
La
mort de plusieurs personnes âgées, d’enfants et de femmes (37 personnes en
tout) et 15 avortements en raison du froid et de la faim dont a été victime
plusieurs villages dans le Moyen Atlas (Anfgou, Tirghsin, Tighdwin...) ;
La
tentative de meurtre dont a été victime, Me Ahmed Adghirni, le secrétaire
général du parti amazigh démocratique marocain (PDAM) à Rabat.
e)- droits liés à la terre :
Les
mafias de l’immobilier, avec la complicité avérée de quelques services de
l’État marocain, s’approprient injustement et illégalement les terres des
tribus autochtones dans plusieurs régions amazighes du Maroc.
f)- droit de s’exprimer librement :
Les
poursuites lancées par les mafias de l’immobilier contre le militant
amazigh, Abdelaziz El-Ouzani (membre de la ligue amazighe des droits
humains, président de l’association Ouzkan pour le développement), en raison
de son intervention lors du colloque international organisé, collectivement,
par la Ligue amazighe des droits humains (LADH), le Congrès mondial amazigh
(CMA) et l’association Ouzkan pour le développement le 10 février 2007. Et
ce pour discuter encore et toujours de la question épineuse de la terre.
Le
procès inique intenté à M. Brahim Ouzid, le correspondant du journal Agraw
Amazigh et coordinateur du collectif Khaïr-Eddine des associations et des
activistes amazighes dans le Sud. Et ce en raison d’un article publié dans
le journal Annahar et traitant de la situation de l’habitat insalubre dans
la commune rurale de Regada dans la région de Tiznit.
Revendications et recommandations :
1- La reconnaissance officielle des droits du peuple amazigh par la mise en
place d’une constitution démocratique qui admet, ouvertement et clairement,
l’amazighité du Maroc et l’officialisation effective de la langue amazighe ;
2- Respect des libertés fondamentales, liberté d’opinion et d’expression,
droit de fonder des associations, de se rassembler, de manifester et de se
déplacer librement ;
3- Mettre en place des politiques médiatiques, éducatives, judiciaires et
administratives se basant sur l’égalité des langues nationales et respectant
le droit des Amazighs et de l’amazighité, dans ses différentes expressions,
dans tous les domaines de la vie ;
4- L’adaptation des lois de l’état civil avec les traités et les conventions
internationaux et mettre fin à la politique d’interdiction des prénoms
amazighs ;
5- L’annulation de toutes les législations, mises en place pendant la
période du Protectorat français et toujours en vigueur, que les mafias de
toutes sortes utilisent pour s’emparer des terres, des forêts, des mines des
autochtones amazighs ;
6- La révision de toutes les législations pour les faire adapter avec toutes
les conventions internationales sur les droits de l’homme et les ratifier,
le cas échéant, tout en expurgeant tous les textes de lois de tout ce qui
incite aux comportements discriminatoires.
source:
www.afrque-du-nord.com |