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Maroc : Imazighen claquent la porte de l'institut royal de la culture Amazigh
Communiqué de retrait du Conseil d'Administration de l'IRCAM
Nous, soussigné, membres du conseil d'administration de l'Institut Royal de la
Culture Amazighe, portons à la connaissance de l'opinion publique notre décision
de nous retirer de ce conseil pour les raisons suivantes:

Le 30 juillet 2001, à l'occasion de la fête du trône, S.M. le Roi annonçait la
décision, applaudie par l'ensemble du peuple marocain, de reconnaître
l'amazighité dans ses dimensions de langue, de culture et d'histoire, en tant
que composante essentielle de l'identité et de la civilisation marocaines. Ce
saut qualitatif visait l'intégration de la langue et de la culture amazighes
dans le système éducatif, dans l'audiovisuel et dans les différents secteurs de
l'espace social, comme il résidait dans la création de l'IRCAM chargé auprès de
S.M. le Roi de veiller à la réalisation de ces grandes et nobles missions.
Le 17 octobre 2001, S.M. le Roi prononçait le discours d'Ajdir qui confirmait de
façon concrète l'orientation du discours du trône. Lors de cette cérémonie
historique, à laquelle était conviée toute l'élite politique et culturelle du
pays, le Dahir portant création et organisation de l'IRCAM a été promulgué. Il
précisait dans son préambule comme dans ses différents articles, toute la
finalité du discours du trône et les missions qui en découlent pour l'institut.
Le 27 juin 2002, nous avons été reçus et nommés par S.M. le Roi, membres du
conseil d'administration de l'institut. En dépit du scepticisme exprimé par une
partie des militants du mouvement amazigh, nous avons accepté cette lourde
mission, convaincus que tous les responsables du pays étaient décidés à tourner,
une fois pour toute, la douloureuse page d'un passé fait de marginalisation, de
mépris et de génocide culturel dont l'ensemble du peuple marocain a souffert
depuis 1912.
Notre adhésion à cette
nouvelle orientation, impulsée par la création de l'IRCAM, se voulait le signe
de notre contribution consciente à la construction d'une société moderne et
démocratique, fondée sur la tolérance, la reconnaissance de la diversité, de la
différence et résolument tournée vers l'avenir.
Aujourd'hui, plus de deux années et demie se sont
écoulées depuis notre nomination. Et notre action, en tant que membres actifs du
conseil d'administration, demeure sans effet palpable dans la réalité
quotidienne de l'amazighité qui se retrouve toujours dans son état d'avant 2001.
Et l'immense espoir soulevé par le discours du trône s'estompe de jour en jour
malgré des promesses sans lendemain de quelques ministères: Éducation Nationale
et Communication en particulier.
Le ministère de l'Éducation Nationale qui avait annoncé avoir établi, au terme
de 2008-2009, un programme de généralisation de l'enseignement de l'amazigh à
tous les élèves et à tous les niveaux de l'enseignement du primaire au
secondaire, continue à déclarer officiellement son attachement au «livre blanc»
et à «la charte nationale», documents élaborés avant 2001 qui assignent à la
langue amazighe la fonction humiliante de support d'apprentissage de l'arabe
durant les deux premières années du primaire. Quant à la qualité de
l'enseignement, aucune logistique fiable (formation des enseignants, moyens
pédagogiques, moyens matériels…) n'a été mise en œuvre.
Au niveau de l'université, la réforme de l'enseignement supérieur ne réserve
aucune place à l'amazigh.
Dans le domaine de la communication, l'amazigh est le parent pauvre des médias
audiovisuels publics. A titre d'exemple, la radio continue à diffuser ses
programmes sur la base du système des dialectes instauré en 1938. Et ses
émissions sont difficilement captées dans la majeure partie du territoire
national, Quant à la TV, le journal télévisé des dialectes en est presque au
même point que lors de son lancement en 1994. Rien de significatif n'a été
entrepris, sinon quelques soirées artistiques de temps à autre. Le ministère de
tutelle impute la raison au manque de moyens… Pourtant ce prétexte ne l'a point
empêché de lancer deux nouvelles chaînes publiques arabophones et une troisième
est en cours.
Dans l'espace social, aucune initiative n'est à signaler. La formation des
cadres de la communication, des magistrats, des agents d'autorité… se fait
exclusivement en arabe. Dans la vie publique, les caractères Tifinaghes ne sont
pas autorisés à dépasser l'enceinte de l'IRCAM.
A l'État Civil, les parents sont privés de donner le nom de leur choix à leurs
enfants. De même, la reconnaissance juridique des associations amazighes dépend
dans bien des cas de l'humeur des autorités compétentes…
Ce constat, d'ailleurs vérifiable sur le terrain, démontre clairement, que les
forces opposées à l'amazighité, surprises au lendemain de la création de
l'IRCAM, se sont ressaisies et ont décidé de bloquer toute initiative visant la
réalisation des objectifs définis dans le Dahir du 17 octobre 2001.
A la lumière de notre expérience de plus de deux années et demie à l'IRCAM, nous
avons acquis la conviction que la reconnaissance véritable de l'amazighité en
tant que langue, culture, civilisation, histoire… requiert que la constitution
du royaume stipule expressément que la langue amazighe est officielle, comme
elle requiert une protection juridique, par le biais de la loi, de l'intégration
de l'amazigh dans tous les cycles de l'enseignement, dans l'audiovisuel public
et dans tous les centres de formation des cadres. Sans cette consécration
constitutionnelle et sans lois s'imposant à tous et abrogeant tous les textes et
documents contraires en la matière (tels que le Livre Blanc et la Charte
Nationale invoqués par le MEN contre l'amazigh), sans cela, l'amazighité ne
recouvrera aucun de ses droits justes et légitimes.
Tant que ces conditions ne sont pas remplies, notre présence au Conseil
d'Administration de l'Institut n'est d'aucune utilité. Nous annonçons par
conséquent, notre retrait de ce conseil.
Fait à Rabat le 21/02/05
Signatures :
Dr Abdelmalek Houcine OUSADDEN
Mohamed BOUDHAN
Hassane BANHAKEIA
Mohamed AJAAJAA
Mimoun IGHRAZ
Ali BOUGRINE
Ali KHADAOUI
voir l'article ci-dessous sur l'IRCAM
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source :
http://amazighworld.org/human_rights/morocco/index_show.php?Id=81
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